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Je ne parle que par images... Il faut chercher le fil d'Ariane. Humm oui, le retrouver, ce n'est pas gagné. Mais enfin, bonne route ! S'il en est ... 

     

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16 juillet 2010 5 16 /07 /juillet /2010 14:24

 La sorcière de Michelet Je viens de relire La sorcière... Paru en 1862, ce livre fut la première étude historico-psycho-sociologique à expliquer la naissance et les métamorphoses de cette femme (je dis cette femme, car Jules Michelet ne voit dans les sorciers mâles que de pâles simulateurs ou d'habiles illusionnistes). Assez mal accueilli à l'époque, le livre mérite pourtant l'attention.

Michelet pose son décor d'ouverture au moyen âge. Il nous présente d'abord une jeune femme, une serve maigrelette, prôche de la nature, encore fidèle à l'ancienne religion. Ces dieux passés, elle les cache dans son coeur, au pied des arbres, aux sources, dans un coffret près de son lit où veille le lutin du foyer... Elle charme et guérit déjà, mais nul maléfice là dedans. Ce n'est que la survivance des croyances anciennes, la transmission des mystères de la nature de mère en fille. Or cette nature est déjà diabolique aux yeux de l'Eglise. Elle inquiète, mais nombre d'anciens dieux seront intégrés à la communauté des saints, tant le peuple tient à sa mémoire.

 Dans la suite de l'ouvrage, nous retrouvons notre petite sorcière (si voisine de la fée) humiliée, enlaidie par les famines et les grandes vagues d'épidémie, abandonnée de son époux, enfuie à travers la lande ou la forêt, le coeur gros de rage et de rancune. Elle aperçoit soudain le remède et le poison, unis au sein d'une même herbe -- juste une question de dosage... Elle parle maintenant avec les morts et les démons. Elle devient le dernier secours des lépreux, des pestiférés, des filles perdues. Elle vit seule, affranchie, mais elle effraie. Et chaque fois qu'elle use de son pouvoir (à tort ou à raison), elle risque gros. C'est la révoltée. Une victime qui se prend soudain à jouer au bourreau.

Le diable est invoqué, parceque Dieu semble être dans le camp des princes avides, du cruel seigneur ou du prêtre hypocrite qui répond : "souffrez pour le salut de vos âmes" au malade qui vient réclamer de l'aide.

 

esprits de la nature

 

 Encore plus tard, nous retrouvons le Diable lui-même installé dans les couvents et les monastères. Un petit peuple de femmes s'y languit et s'y entretue pour l'amour de leur confesseur (le seul homme qu'elles voient passer, et qui lui-même succombe souvent à la fascination de se voir maître de ces troupeaux de vierges). Elles s'enflamment, se jalousent, se disent possédées, s'accusent de sorcellerie, accusent des prètres. La calomnie va bon train. La machine s'emballe. Le diable est désormais partout. C'est l'inquisition. Chacun tremble de s'entendre appelé "hérétique". La sorcellerie devient le prétexte à tous les abus, tous les réglements de compte, tous les débordements.

Puis surgit l'homme de science, le médecin, l'incrédule à dieu comme au diable. Il examine ces nonnes, ces mendiantes, et n'y voit que maladie, dérangement du cerveau, échauffement de la matrice... Affaire classée ? Point de sorcière ?

 

Bientôt en effet, les campagnes seront désertées (en même temps que les églises) et la Nature cessera d'être la grande adversaire de Dieu. Elle sera remplacée par l'argent. Exploitée et salie de toutes parts, nul n'y verra le moindre esprit jusqu'à la fin du vingtième siècle. Avec le courant écologiste renaitront alors les ombres des anciens cultes, la pensée d'autres cultures, la quête d'autres mondes. Cela reste des ombres.

La fée du logis refait son apparition dans l'imaginaire collectif, dans les années soixante, à travers la série tv "Ma sorcière bien aimée". C'est une femme au foyer qui se cache de son mari pour user de ses pouvoirs grâce auxquels elle le sauve toujours des mauvais pas, bien malgré lui. Leur union déplait à la famille de l'épouse immortelle, et la vraie nature de Samantha se dérobe aux simples humains. Le mari travaille pour une agence de pub (tout un programme). La jolie sorcière fournit les idées au mari qui les fournit à l'agence qui les fournit aux clients qui refourgent leur marchandise aux braves ménages : summum du rêve américain ! L'air du temps en fait une série culte, mais la suite ne marchera pas. Samantha a une fille, sorcière également. Mais la série nommée "Tabatha" qui débute à la fin des années soixante dix, sera boudée par le public et ne durera qu'une saison. La sorcière s'échappe quelque temps du grand ordre marchand. Elle éclate dans la révolution sexuelle, les psychotropes et le new age. Mais elle est toujours récupérée par l'immense machinerie des fantasmes collectifs, tendant à produire et à consommer des icônes.

La sorcière poursuit sa route, sans jamais bien saisir quelle femme elle devrait être. Du reste, c'est parfois un homme, car le sorcier a plus de poids que ce qu'en dit Michelet (c'est le mage, l'ancien druide, le prophète incompris, éternellement reniés par les gardiens du temple). Ceux-ci vont à l'école des sorciers ; celle-là forme une trinité avec ses soeurs dans le grenier d'un manoir, protectrice des innocents... L'imaginaire collectif s'en délecte toujours autant. Il y reconnait quelque chose d'intemporel, de profond... Rien ne se perd, tout se transforme, comme on dit. Et demain, que sera-t'elle ? Une poire, une fouine, un ange ? La question reste entière.

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commentaires

Sergueï 19/07/2010 01:17



L'homme inquiète plus que la femme, il semble, oui. Même pour la burqa, c'est plutôt l'homme qui est derrière (ahah) qui inquiète (ou l'extrêmisme dans son ensemble).


Les femmes ont tellement de modèles positifs qui leur sont proposés, de la mère à la jeune fille, de la gentille grand-mère à la pin-up, de la salope à la travailleuse acharnée... Tous les
modèles seraient intégrés au projet sociétal, en somme.


Il faut aller chercher du côté de l'anorexique et autres pathologies, de certaines formes de lesbianisme (encore que, comme les punks et les crânes rasés dans leur ensemble, ce n'est plus trop
ça), pour trouver autre chose. Quelque chose tourné vers soi, dans un combat contre soi-même, un rejet de soi. Si sorcellerie il y a, c'est plutôt dans l'utilisation de toutes les ressources de
la psychologie et des institutions thérapeutiques, notamment. - Rien qui soit tourné vers des puissances extérieures dont la femme serait médiatrice : elle appartient plutôt tout entière au
projet sociétal.


Il y a les filles perdues, après, mais elles semblent tellement vides, des sortes de zombies... C'est dangereux, tous ces rapports, ces obligations d'inscription, ces rapports à soi marqués par
la négativité, ces appropriations impossibles, et ça questionne la condition féminine beaucoup plus que n'importe quel féminisme.


(Je ne connais pas les histoires de la gentille sorcière, mais il est significatif qu'elle soit gentille, déjà...)


Tu dis : "Elle s'attribue elle-même des droits et des pouvoirs que la société refuse à la
femme". C'est justement un peu le problème. Ce que la société refuse à la femme, ce n'est pas d'être pompier, éboueur, charpentier, de faire de longues études, de porter la
moustache, d'aimer les autres femmes, de se livrer à la débauche, que sais-je encore, c'est de ne pas tenir leur "rôle de femme" en gros ; à part les infanticides et les suicides (et ses
variantes), je ne vois pas où la femme peut s'attribuer des droits et des pouvoirs que la société lui refuse, ie où elle peut mettre en danger la société, et plus encore où les femmes le font
réellement (on n'entend jamais parler de femme trader, c'est drôle, et rarement de femme kamikaze, mais ce sont peut-être là aussi des figures bien masculines en elles-mêmes).


 


Sur le rapport fée/sorcière, la fée certes n'était pas gentille du tout, mais maintenant c'est plutôt la tisseuse de jolies histoires.


Mais c'est déjà une autre perspective, plus interactionniste.


Liée aux conventions, la fée dépasse en attentes un projet sociétal : elle en rend l'intensité. Séduction des conventions portées émotionnellement, séduction de la surface, de la vitesse. La
sorcière elle bricole avec on ne sait trop quoi, c'est assez obscur, séduction des profondeurs, de l'alchimie. Fée/sorcière, c'est un peu comme princesse/reine, ça appartient à une même famille
mais c'est opposé. Ce n'est même pas une question de bien et de mal (la sorcière peut être dans le bien, la femme fatale est un peu une sorcière) ; blanc/noir, rose/rouge.



Elisabeth 19/07/2010 11:59



De ton "analyse", il ressort qu'à peu près tout est permis à la femme, et que de fait, la sorcière devient impossible (ou bien dans le domaine de la psychologie et des institutions thérapeutiques
?)... Humm les domaines de l'image et du psychisme restent assez féminins, et pas spécialement inquiétants, donc, si sorcière il y a, elle n'est pas là...


Quand je parle de la sorcière, je ne parle pas de la femme d'aujourd'hui. La sorcière est datée. Elle n'existe que dans l'opposition Nature/Eglise. Dans un monde séculier, la sorcière est un
gadget de l'imaginaire collectif, une thématique recurrente, l'illusion d'une voie transgressive, toujours récupérable. Quand tu dis qu'une multitude de rôles positifs sont proposés à la femme,
il faut souligner l'aspect "simulacres" que tu évoques si souvent. Sommes nous vraiment dans un monde féminin dont l'homme serait le seul dépossédé ? Au contraire, la femme ne règne que sur un
territoire fictif.


L'image et le symbole semblent tout puissants, mais ils n'ont jamais été si vides. Même les sciences du psychisme n'explorent souvent qu'une petite bulle assez grotesque.


Je comprends ton descriptif de la fée comme une sublimation de la société proposée. La sorcière, elle, (outre les imageries projetées qui fonctionnent encore sur l'imaginaire) a absolument
disparu du monde.



Sergueï 17/07/2010 00:57



En fait, plutôt que trois ou quatre époques, ce sont plutôt autant de modes de l'image, dont tu parles, le dernier, celui avec la culture téloch, étant celui de la simulation : où le locuteur se
fait, on ne sait trop pourquoi, médiateur des images plutôt qu'analyste de leurs productions, de leurs médiations, etc. ; comme une manière de se détendre, de dire stop les choses vraies et un
peu lourdes, comme au jt sourions un peu, c'est fun c'est gentil et ça coûte rien, alors hop... A l'exposition sur l'imaginaire alpin, où il était question des fées, des cauchemars, etc., au
musée dauphinois à grenoble, ça se terminait comme ça, avec des pots de yaourts sur lesquels on voyait des fées, et autres trucs et bidules du magasin de jouet. Ce qui est très étonnant avec la
simulation c'est que jusque là le terme valait moins que ce qu'il décrivait, et les transformations de ce que le terme recouvre, alors que dans la simulation seul le terme importe, et ce qu'on
suivait jusque là est parti on ne sait où ; en gros aujourd'hui c'est disneyland + mcdonald's + bisounours. C'est dommage, et participe pleinement d'un régime particulier de l'image, et croyant
valoriser une dimension anthropologique ou imaginaire de premier ordre, l'occulte tout à fait. (Dans le régime de la simulation, il faudrait voir l'effet qu'a eu l'imagerie d'Epinal, les belles
images des colporteurs au 19e.)


 


C'est intéressant comment la sorcière au fond demeure l'antithèse de la femme moderne dans ses différentes versions. Et les vieilles images sont tellement ressassées qu'elles composent une sorte
de protection.


 


Il faudrait se livrer à une analyse du terme sorcière : qu'est-ce qu'on entend par là aujourd'hui et quelles en sont les potentialités, quels domaines est-ce que ça touche. Les résonances du
terme plutôt que sa répétition dans toutes les vidéothèques. Toi et tes labyrinthes, par exemple.


 


Par exemple il y a un côté sorcière chez toutes les femmes qui n'obéissent pas aux conventions, peuvent faire des trucs qui peuvent paraître logiquement comme conventionnellement surprenants
voire inquiétants, et que pourtant ça marche, c'est précisément ça qui marche.


 


Hypothèse qu'après la nature et la religion, ce qui est touché ce sont les techniques en matière de sociologie et de psychologie : rapport aux autres et rapports à soi. Ce qui peut aller loin
dans l'ésotérique parfois (les femmes qui élèvent des génies dans leur jardin, toutes celles qui font dans la magie, vaudou, etc.) mais reste le plus souvent dans des sphères bien plus banales.


 


A une époque où il n'y a même plus de contestation, ou si peu, tellement la culture bourgeoise libérale a tout emporté sur son passage, les conventions nous écrasent un peu. Les "sorcières"
puisent dans "l'irrationnel", dans "l"illogique" (pas nécessairement dans l'imagination), et ont un rôle salvateur (quand les "fées", sortes de princesses - ce qu'elles n'étaient pas du tout du
tout pendant très longtemps -, puisent leur charme dans une intensification des conventions).



Elisabeth 18/07/2010 13:10



Je ne sais pas si la sorcière est l'antithèse de la femme moderne... Peut-être dans le sens où la sorcière est associée à un monde orginel de superstition et d'archaïsme. Je dirais plutôt que la
sorcière s'inscrit toujours hors cadre, hors champ, hors temps. Elle s'attribue elle-même des droits et des pouvoirs que la société refuse à la femme (ou aux hommes qui n'appartiennent ni au clan
ni à la caste). Et elle se les attribue au nom d'un univers ou d'une nature plus vaste. Par exemple, elle enseigne, elle enflamme, elle guérit, elle prédit, elle influence, sans que nul
ne le lui ait permis. Autrefois, il y eut un décret qui déclarait sorcière toute femme qui guérissait quelqu'un sans avoir étudié la médecine (comme si la femme allait être admise à
l'université)... Bien des remèdes de grands mères ont dû griller sur le bûcher...


A la fin de ton commentaire, on dirait que tu opposes la sorcière à la fée (la fée étant, pour toi, liée à l'intensification des conventions ?). Pour le coup, ce serait donc la fée, l'antithèse
de la sorcière ? Il faudrait que tu donnes des exemples... A priori, ce ne sont que deux appellations; l'une péjorative et l'autre pas, qui désignent la même créature. Les magiciennes, les arbres
aux fées, les esprits de l'eau ou du vent, les prêtresses antiques ou les druidesses : tout cela est rangée péle mèle dans la case des diableries au moment où apparait le terme
sorcière. Quant à avoir un rôle salvateur aujourd'hui, on dirait que seule l'image a survécu. Ce qui inquiète la société maintenant, c'est l'extrêmiste religieux d'un côté, et le cynique
homme d'affaire de l'autre, chacun dans sa petite case. Dans tout ça, la sorcière ne semble pas encore parvenue au champ holistique qui lui sied tant...