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29 septembre 2010 3 29 /09 /septembre /2010 12:19

Extrait du dossier "Mythes&Codes"

 

 Horloge prague et squeletteSi la confrontation à la mort donne une forme au mythe et articule les multiples acceptions du temps entre elles, c’est parce que la mort pose une limite absolue et inscrit cet Absolu sur la trame qu’elle parachève. Le philosophe Vladimir Jankélévitch écrit : « La mort est la condition de la vie en tant qu’elle est paradoxalement la négation de cette vie ; cette négation positive, rappelons qu’elle est la fonction de la limite, la limite donnant une forme à ce qu’elle limite… »*. En cela, c’est la totalité du risque que l’homme est prêt à prendre (devant la mort) qui lui permet de s’accomplir. Le sacrifice étant le point optimum du don, il implique le sens même que l’homme donne à la vie. Qu’il survienne pour une cause, pour un être aimé ou pour garantir un ordre, le sacrifice suppose une échelle de valeurs ; c’est pourquoi nous le retrouvons à la base de toute société. Certes, il n’est pas toujours le fait d’un don…

 

*Voir La Mort, page 449

  

 La mobilisation des pulsions de vie et de mort se retrouve toujours à la source des institutions humaines quelles qu’elles soient, ou quelle que soit la forme qu’elles empruntent. L’historien Raoul Girardet, spécialiste des sociétés militaires et du nationalisme, a notamment travaillé sur la place de l’imaginaire dans l’histoire des idées horloge-republicainepolitiques. Il identifia quatre mythes récurrents dans son ouvrage Mythes et Mythologies politiques : "la conspiration, le sauveur, l’âge d’or et l’unité". C’est ainsi qu’il distingua la répétition de certains processus d’héroïsation, de diabolisation, de nostalgie et de rejet en période de crise ou de bouleversements…  

Toutefois, les formes du mythe ne se limitent pas à des schémas déterminés, et révèlent parfois des phénomènes sous-jacents à d’autres phénomènes. Ainsi, dans les années 1920, le courant expressionniste allemand fut le véhicule d’imageries inquiétantes projetées sur les écrans de cinéma. Caractérisé par des jeux d’ombres et de lumières, des créatures ambiguës, des automates et des morts vivants dans des décors labyrinthiques, ce genre cinématographique fut souvent perçu comme l’expression des angoisses et des rancoeurs accumulées depuis la première guerre mondiale, dans la période intermédiaire à l’émergence du nazisme...

 Si le mythe circule en filigrane au cœur des courants artistiques, des phénomènes socio politiques, mais aussi de l’intime et des névroses collectives, il constitue une réserve d’« énergies » qui appellent en permanence des formes et des supports renouvelés.

 Le sociologue Edgar Morin, après avoir identifié le cinéma de la première moitié du XXe siècle à une machine à fabriquer des dieux, mit en évidence l’adéquation du star system avec le grand capital industriel, marchand et financier. Dans son ouvrage Les Stars, il écrit : « l’admirable coïncidence du mythe et du capital, de la déesse et de la marchandise, n’est ni fortuite ni contradictoire. Star déesse et Star marchandise sont les deux faces d’une même réalité : les besoins de l’homme au stade de la civilisation capitaliste du XXe siècle ».*

 

 *Voir Les stars, page 102



Au début des années soixante, le cinéma cesse d’être la clef de voûte de la culture de masse pour devenir une distraction parmi d’autres. Est-ce à dire que le star system est mort ? Voyons-y plutôt un morcellement et une démultiplication à tous les niveaux de la société où il appartient désormais à chacun de modéliser son image afin d’acquérir un poids sur le marché, quelle que soit la discipline… Dans L’ère du vide, le philosophe Gilles Lipovetsky évoque la mort des notions sacrificielles, au profit d’une hyper individualisation narcissique. Le narcissisme en question n’est pourtant pas dénué d’esprit de sacrifice, et les processus de divinisation demeurent bien actifs à travers le culte de l’exploit, de la réussite, de la jeunesse, de la beauté, de la richesse, de la séduction, de la notoriété, etc... De plus, cette quête de l’image a un prix, et correspond plus que toute autre quête à une « descente aux enfers » du fait même de son évanescence…

copie-1-1937---la-metamorphose-de-narcisse---dali- Certes, il s’agit là de substituts, mais ce petit jeu dérivatif prend valeur de réalité. Prenons par exemple les aspirants aux lumières de la télé réalité. D’un côté, nous avons la sphère imaginaire, pleine de projections ou d’images de soi, de rêves et de combinaisons de mémoires disparates. De l’autre, nous avons la sphère symbolique, positionnée comme un accélérateur médiatique ou une véritable machine de production d’icônes. Entre les deux, bien sûr, il y a la sphère du réel, de l’acte vécu, de l’expérimentation et de la durée – mais on montre rarement cette sphère là. Le réel reste opaque afin de favoriser l’illusion d’un passage immédiat de l’imaginaire au symbolique (ou plutôt, d’un passage dûment médiatisé). C’est l’irréversibilité du temps linéaire qui pose la mort comme limite absolue sans contrepartie, et qui induit la nécessité d’une jouissance optimale pendant qu’il en est temps, voire contre le temps, en passant outre l’épreuve du temps. Mais la jouissance immédiate ne va jamais sans angoisse, ni arrière goût, car si l’éphémère est sacralisé, c’est l’unité du temps qui se trouve sacrifiée. Du reste, la « sphère du réel » dans son acception matérielle et engluée, écrasée par la fulgurance de symboles habiles, ressurgit de plus en plus souvent avec brutalité, à travers des actes de violence (apparemment) gratuite et des tensions diverses. Si le mythe s’inscrit dans la ritualisation des phases du temps, son éclatement coïncide avec la désacralisation du monde et de l’individu lui-même, au profit d’évènements fugitifs. Sur ce thème, Mircea Eliade écrit : « l’homme moderne areligieux se reconnaît uniquement sujet et agent de l’Histoire, et il refuse tout appel à la transcendance. Autrement dit, il n’accepte aucun modèle d’humanité en dehors de la condition humaine telle qu’elle se laisse déchiffrer dans les diverses situations historiques. L’homme se fait lui-même, et il n’arrive à se faire complètement que dans la mesure où il se désacralise et désacralise le monde. »*  Cette affirmation pourrait être plus nuancée, car l’homme moderne, s’il ne se réfère à aucun modèle constant, ne s’en réfère pas moins à une multitude de modèles fugitifs et pour ainsi dire, jetables. Ce constat se retrouve également chez le philosophe Heidegger qui a beaucoup travaillé sur l’être, le temps et le devenir, dans un langage parfois abscons. Chez lui, la volonté de l’homme à se vouloir lui-même équivaut plus sensiblement à la chosification du monde, de son être et des autres : « l’homme qui se veut compte partout avec les choses et avec les hommes comme avec l’objectif. L’ainsi compté devient marchandise. Tout est constamment transformé en ordonnances autres et nouvelles (…) L’homme Dali tempss’imposant vit des enjeux de son vouloir. Il vit essentiellement en un risque de son essence, risqué à l’intérieur de la vibration de l’argent et du valoir des valeurs. En tant que perpétuel changeur et médiateur, l’homme est « le marchand ». Il pèse et évalue constamment, et pourtant ne connaît pas le poids des choses. Il ne sait pas non plus ce qui en lui a vraiment du poids »**.

 Le sacré perd donc sa dimension absolue à la faveur des libertés individuelles (lesquelles n’existent ironiquement que dans la sphère imaginaire), mais il demeure présent dans une fragmentation indéfinie qui le fait ressurgir de façon ponctuelle à travers tel ou tel objet, lieu, idée, mode, évènement ou personnalité. Ces débris de sacré (dont l’éclatement semble délivrer l’homme de ses anciens modèles) peuvent être combinés et recombinés sans limite, dans une suite d’instants éphémères. D’où l’omniprésence du mythe en tant que valeur ajoutée, indispensable à la marchandisation, et son absence quasi-totale en tant qu’outil de transmission.  Pour comprendre l’absolu renversement qu’il y a là, il faut se souvenir de la fonction initiale du mythe, et rappeler que le processus de modélisation (ou de formulation) est un moyen de cohésion et d’interconnexion entre les divers éléments d’un champ d’existence, bien avant d’être un mode de projection ou de standardisation.

  

  

 *Voir Le Sacré et le Profane, page 172 

**Voir Chemins que ne mènent nulle part, page 377

 

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commentaires

C
<br /> <br /> Blog(fermaton.over-blog.com)No.14-THÉORÈME DE L'ÉDEN.<br /> <br /> <br /> PARADIS TERRESTRE C'EST MATHS ?<br /> <br /> <br /> <br />
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L
<br /> <br /> je m'aperçois qu'il manquait la fin de mon commentaire :<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Je pense qu’aujourd’hui nous sommes à un point critique à l’égard de la modernité, ou plutôt de la postmodernité : ou bien on s’enfonce dans la muséalisation en cours, qui est une<br /> pratique de restaurations et de simulations héritée du 19e siècle (dont le pouvoir en France joue pleinement, mais également ses détracteurs, par exemple quand certains traitent Sarkozy<br /> de nazi), ou bien on se lance dans une approche et une construction du monde que nous vivons depuis notre sensibilité contemporaine.<br /> <br /> <br /> Et j’ajoute pour terminer que peut-être les mythes d’aujourd’hui ne sauraient trouver une représentation, et seraient plutôt formels.<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> ***<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> j'ai eu un vague sentiment de déjà vu, mais non je me rappelle pas l'avoir lu. je ne sais pas si ce sont mes travaux en muséologie, c'est plus simplement qu'il me faut pouvoir énoncer ce que tu<br /> dis.<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> cette histoire de valeurs n'est pas sans intérêt. peut-être pourrait-on reprendre par là cette idée de simulation et de medium is message. c'est qu'il y a une opacité qui est faite du contenu, de<br /> l'image, du message, dans les produits de l'industrie capitaliste : il n'y a pas de message, il n'y a pas de sens - le message de l'image sur le pot de yaourt, c'est le pot de yaourt. il n'y a<br /> pas forcément du sens dans les images, regarde duchamp ou warhol (même si duchamp s'amuse de jeux de mots). si par "modèle synthétique généré par le mythe" tu entends la forme, en quelque sorte<br /> le dispositif, alors si, force est de constater que c'est quand même important. tu dis que ça ne compte pas (si c'est bien ça) : mais au regard de quoi ?<br /> <br /> <br /> mais il risque peut-être d'y avoir un malentendu sur le mot valeur. c'est intéressant si par valeur on n'entend pas le sens, le poids ou l'inclinaison d'une représentation, mais les valeurs<br /> qu'elle suscite chez qui s'y attache - ce qui peut sembler la même chose lorsqu'il y a communion sur le sens de l'image (à cet égard une statue représentant une valeur serait un exemple type...),<br /> sauf que c'est rarement le cas : parce que le lien à l'image ne fonctionne pas forcément sur la base d'une compréhension, il s'agit plutôt d'une proximité disons affective, et parce qu'il n'y a<br /> pas forcément d'acquiescement aux valeurs transmises par l'image - dans ce dernier cas aussi bien il peut y avoir une distance bien consciente, par exemple tu peux aimer georges clooney, ben<br /> arfa, soeur emmanuelle ou beyoncé sans forcément adhérer à leurs valeurs comme à celles qu'ils représentent, et aussi bien il y a néanmoins une participation, qui je crois est rendue par la<br /> théorie de merleau-ponty du "voir selon" (qui témoigne aussi du rapport disons affectif à l'image plutôt que frontal et compréhensif), et alors là les idoles sont utilisées tant par le public que<br /> par les communicants (la pub surtout) en fonction des valeurs qu'elles transportent et il n'y a donc pas d'acquiescement à avoir ou pas, d'adhésion consciente et revendiquée, puisqu'il y a une<br /> diffusion, une contamination. la valeur concerne donc à mon sens les récepteurs de telle ou telle image - moins ce que l'image transportent que ce qu'elle produit (car elle peut aussi produire<br /> des réactions de gens touchés par des valeurs qui leur sont insupportables et qui vont détruire l'image et monter par exemple un mouvement revendicatif pour des valeurs concurrentes).<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> J'ai volontairement pas évoqué la médiologie : il s'agit plutôt de l'infocom. Le champ interdisciplinaire n'est donc pas si large que ça du tout. Seulement, ce n'est pas d'abord théorique mais<br /> fondé sur des situations concrètes, les premières questions, qui sont pratiques, sont de cadrage et de méthode.<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Je ne comprends pas trop ce que tu dis sur le rapport entre mythe et rencontre que j'établirais. Tu peux préciser s'il te plaît ce que tu as lu, cet aperçu dont tu parles ?<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Et tes lecteurs ne sont pas sortis du bois, je suis déçu. Peut-être parce que ce n'était pas le message en tête de blog. Mais y a personne qui vient là (et ceux qui passent restent le temps de<br /> lire tes articles ?) ou ils ne laissent pas de commentaire ? Je t'ai déjà dit ce que je pensais de ta communication, n'est-ce pas (au sens du rapport forme-contenu), n'est-ce pas ;)<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> voilà voilà. bisous bisous<br /> <br /> <br /> <br />
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E
<br /> <br /> Non, je ne sais pas ce que tu penses de ma communication au sens du rapport forme-contenu°°° Qu'est-ce à dire ?<br /> <br /> <br /> Revoici donc le lucaniste, avec un ton plus habituel. Hum...<br /> <br /> <br /> Tu ne comprends pas ce que je dis sur le rapport entre mythe et rencontre que tu établis. Que dire ? Relis toi. Il semble que la rencontre te soit apparut comme un mythe au sens où je l'entends<br /> (mais qu'à tu donc entendu ?) : soit une certaine façon d'être au monde et de formuler une cohésion entre divers éléments (je te cite). Ceci, je l'ai donc compris comme la<br /> personnification, ou l'incarnation, d'un ensemble de "valeurs" jusqu'ici informulées, à travers un être ou un évènement particulier que l'on rencontrerait.<br /> <br /> <br /> Comment (et à quel endroit) ai-je dit que le dispositif qui donne une forme au mythe (voire le mythe lui-même, l'image, le modèle) ne comptait pas ? Le fait d'attribuer une valeur au contenu<br /> n'occasionne pas chez moi une négation de la forme. Tu sembles penser que la forme crée effectivement son contenu chaque fois différement selon le psychisme du recepteur (si je puis dire), et<br /> qu'au fond c'est donc le contenu qui n'a pas d'importance -- parceque d'une subjectivité absolue. Certes, c'est là le principe de la pub, jusqu'à un certain point, mais on sent déjà le<br /> revirement venir. Un peu comme à l'époque pré-moderne où l'homme pensait que la nature et le sol lui offriraient éternellement d'inépuisables ressources, infiniment exploitables et<br /> transformables, sans qu'il ait à prendre en compte un faisceau de lois inhérent au renouvellement de la vie... Hé bien, il en est de même des cultures et des symboles qu'elles produisent, à mes<br /> yeux... Il y a un moment où le bricolage idéologique ou commercial se heurte à la réalité de la rupture entre le signe et son objet. Or voici qu'il faut choisir son camp entre la<br /> forme et le contenu, comme si l'un n'existait qu'en assujetissant l'autre ? Il n'y a pas de dualisme pareil dans ma petite cervelle... Il faut un minimum d'équilibre, quand bien<br /> même on constate plusieurs strates d'interprétations dans le temps, pour la même symbolique (ou à l'inverse : plusieurs couches symboliques différentes dans l'agencement d'une même idée).<br /> <br /> <br /> Mais si j'en viens à nouveau à m'expliquer sur des choses qu'il me semble avoir répétées cent mille fois sous dix mille formes, c'est que mon "dispositif" doit avoir quelques failles, alors je<br /> m'en retourne silencieusement méditer dans mon désert.<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Bisous bisous, c'est ça^^<br /> <br /> <br /> <br />
S
<br /> <br /> Je crois que j'ai envie de dire : enfin une définition ! Je me trompe peut-être mais il me semble que c'est la première fois que j'ai le sentiment d'approcher de pas trop loin ce que tu entends<br /> par "mythe" : ce processus de modélisation dont tu parles.<br /> <br /> <br /> Pour moi la modélisation a surtout à voir avec la simulation, en fait, et sinon en lisant ta phrase j'ai d'abord pensé au symbolique, par exemple la capacité qu'a un mot ou une expression de<br /> ramasser une pluralité d'éléments dont il rapporte les interconnexions.<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Ensuite j'ai pensé qu'on pourrait relire la modernité à la lumière du processus de muséalisation. ce qui participe du postmodernisme comme en parlait Eco lorsqu'il disait qu'aujourd'hui (enfin y<br /> a déjà 50 ans) on ne peut plus dire "je t'aime" parce que ça faisait trop cliché et référence à telle scène dans telle œuvre, et qu'à la limite il faudrait dire "comme Machin dans telle pièce de<br /> Bidule : je t'aime".<br /> <br /> <br /> Il y a une chose qui me dérange, c'est cet implicite perpétuel qui consiste à penser qu'avant il y avait des mythes et du sacré, et que maintenant il n'y en a plus. Ce n'est pas certain,<br /> peut-être que ce n'étaient que des conventions auxquelles les gens ne croyaient pas mais qu'ils relayaient quand même ; il faudrait voir par exemple ce que dit Vernant des dieux chez les grecs,<br /> auxquels ceux-ci ne croyaient pas, dit-il je crois. ce qui est plus sûr, c'est que notre degré de connaissance et de réflexivité augmente, et avec lui un recul vis-à-vis de ce qui nous traverse,<br /> ou plutôt : vis-à-vis des images trop grossières qui peuvent nous traverser. mais c'est aussi le même mouvement (de muséalisation, donc) qui 1) collecte et entretient toutes les images auxquelles<br /> on ne "croit" plus, 2) projette en arrière des fantasmes de croyance, permettant de décrire le passé tour à tour comme en proie à l’horreur et à la violence (la transcendance du sacré qui<br /> n’épargnait personne, les mythes qui capturaient tout le monde, l’absence de la moindre distance entre les hommes et ce qui les traversait) et comme un paradis où chacun était lové dans ses<br /> croyances comme dans une bulle matricielle. C’est au point que maintenant les courants sont nombreux qui agissent en faveur de restaurations, ce qui est totalement aberrant.<br /> <br /> <br /> Le capitalisme ne fait rien d’autre que jouer de la simulation et puiser dans le catalogue d’images et de codes disponible à loisir. Il y a une chose importante dans ce que tu racontes : il<br /> s’agit de messages, par exemple sous forme de produits industriels ou d’émissions télé. Et la règle de Mac Luhan, medium is message, prévaut sur ces productions.<br /> <br /> <br /> C’est pour ça par exemple que ; à l’exposition « Etres imaginaires dans les Alpes » au musée dauphinois il y a quelques années, ça parlait par exemple des fées et des cauchemars,<br /> comment c’était vécu et exprimé de différentes façons dans les Alpes, c’était très intéressant, mais à la fin ils avaient cru bon de mettre une vitrine avec pleins d’objets, de jouets surtout,<br /> d’aujourd'hui, qui incorporaient des images traitées par l’exposition, comme les fées, et ils avaient aussi suspendu une série de pots de yaourts qui jouait avec ce genre d’images ; j’avais<br /> trouvé cette initiative très conne. Parce que c’est un raccourci qui ne prend pas en compte la structure (pour le dire vite, c'est-à-dire le rôle, la réception, la production et les moyens de<br /> communication) de l’imaginaire ou du symbolique, et inscrit une égalité qui pour moi n’a pas lieu d’être. Ou qui plutôt est révélateur de ceci : aujourd'hui, les produits industriels, quel<br /> qu’ils soient, des gadgets du paquet de smacks aux superproductions hollywoodiennes, seraient le lieu d’inscription de notre imaginaire, de notre symbolique. Avec en soutien la croyance des bons<br /> anthropologues (l’expo avait été faite des anthropologues) que ça c’est populaire : le peuple y croit à ces machins, et quand bien il n’y croirait pas le ‘‘grand public’’ qu’il est<br /> appréciera le clin d’œil – peut-être justement une communion dans l’observation d’une non-croyance qui pourrait être croyance mais justement nous n’y croyons pas parce que nous sommes modernes<br /> et…<br /> <br /> <br /> … et ça a surtout pour résultat de limiter, de contenir, l’imaginaire et le symbolique dans ces productions. Voilà qui est bien rassurant ! Dans le pire des cas, c’est un peu comme lorsque<br /> le principal suspect d’un meurtre est innocenté, il faut un temps avant que les protagonistes se rendent compte que le coupable court toujours… Il s’agit donc de faire comme si l’imaginaire et le<br /> symbolique s’étaient réfugiés dans les productions industrielles, fuyant des dimensions comme le politique, l’amour, le droit, la vie professionnelle, la construction de soi, etc. etc.<br /> <br /> <br /> Autant dire que l’imaginaire et le symbolique ne concerneraient plus personne : rassurons-nous, nous vivons dans un monde pacifié où nous sommes des sortes d’ectoplasmes purs esprits,<br /> existant par le contact avec des objets manufacturés donc sans danger pour la consommation qui incorporent tout le répertoire d’images et de symboles de l’histoire humaine. – Je trouve ça un peu<br /> dangereux, en plus d’être complètement faux ; faux ou plutôt ça relève de la prophétie autoréalisatrice, une performativité appartenant à l’idéologie du progrès. Et dangereux parce que, bien<br /> sûr, nous sommes des corps vivants, le politique n’est pas une gestion technicienne du monde, le droit n’inscrit pas les règles de la nature cultivée dans le marbre, etc.<br /> <br /> <br /> Si medium is message, il me semble qu’il faut mettre en avant une histoire et une anthropologie des médias [non médiologie], c'est-à-dire du rapport production-réception-support-fonction. Il n’y<br /> a rien de comparable entre la fée qui permettait de mettre un nom sur la mort du nourrisson et quelques autres phénomènes, et donc de les expliquer, de les accepter et de trouver des moyens de se<br /> défendre, avec un jouet Kellogg’s représentant une fée qui a plus à voir avec la découverte d’un trésor en la figure d’une image importante de notre imaginaire qui ne représente plus<br /> qu’elle-même !<br /> <br /> <br /> Et parallèlement, il faut valoriser les forces imaginaires et symboliques concrètes qui alimentent nos vies ; sans revenir à la ‘‘croyance’’ fantasmée de nos ancêtres, évidemment (Tobie<br /> Nathan introduit un peu à réfléchir à ça, suivi par Latour dans une perspective plus sociologique, dans le bouquin dont t’as parlé et qui se base sur une étude du centre Devereux où œuvrait<br /> Nathan. On pourrait dire Barthes aussi, le seul problème c’est que justement sa sémiologie a valorisé ce que j’ai dénoncé jusque là). C’est dans cette perspective-là que la rencontre m’est<br /> apparue comme un mythe, pour en revenir à cette notion, en partie au sens où tu le définis. C’est qu’un mythe ainsi compris permet d’exprimer une manière d’être au monde : des déterminations<br /> de l’étant, ici en particulier l’individualisme et la disparition de la coercition des origines, des structures du désir, des modes d’agir, etc. : il permet de formuler la cohésion entre ces<br /> éléments. Mais il a aussi un autre aspect, la dimension du signifié qu’utilise le structuraliste Gilbert Durand : dès qu’on veut le nommer, le décrire, le définir, on produit du signifiant,<br /> c'est-à-dire une version, dont l’intérêt n’est pas dans son adéquation au signifié (à cet égard le relativisme prime, c’est toujours une version parmi d’autres) mais dans le sens et la fonction<br /> qu’elle a pour qui l’énonce et l’utilise – et ça c’est patent avec la rencontre.<br /> <br /> <br /> Les pseudos mythes qu’on brasse habituellement relèvent d’un musée dont la fonction est de composer un répertoire de choses que tout le monde connaît, un héritage collectif d’images qui ne<br /> renvoient qu’à elles-mêmes. Et c’est se méprendre que de croire parler du monde en ne se référant qu’à ce musée. Je pense qu’aujourd’hui nous sommes à un point critique à l’égard de la modernité,<br /> ou plutôt de la post<br /> <br /> <br /> <br />
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E
<br /> <br /> Hé ben ! ai-je bien perçu des nuances "impliquées" dans ce riche commentaire ? Oui oui, tu n'as jamais été si proche de mon interprétation du mythe. Je suis fort étonnée de ce retour, car en<br /> fait, il me semble que tu avais déjà lu ce chapitre (lorsque je t'ai envoyé le dossier complet "mythes&codes", il y a peut-être deux ans déjà !)...<br /> <br /> <br /> Ou bien, ce sont tes travaux en muséologie qui te rendent soudain plus ouvert à ma perception (?). Bref.<br /> <br /> <br /> Pour revenir à la croyance effective et sans recul aux mythes (tu donnes l'exemple des grecs en leurs dieux), elle n'est pas du tout nécessaire aux croyants, puisque une fois de<br /> plus, ce n'est pas le modèle synthétique généré par le mythe, qui compte, mais les valeurs sous-jacentes diffusées par ce biais. Dans le cas des grecs, s'ils ne croyaient pas forcément à la<br /> réalité d'Apollon, Aphrodite ou Athéna, ils attribuaient sans aucun doute une valeur suprème au génie poétique, à la beauté physique, à l'art guerrier et la sagesse civique (que personnifient<br /> chacun des dieux cités). "Medium is the message" c'est l'inversion de la donne, et l'insignifiance révélée du contenu sur la forme. Si tel était vraiment le cas, toute distinction entre<br /> le sens et le véhicule serait impensable. Mais la formule renvoie plutôt aux effets implicites du medium sur le message. <br /> <br /> <br /> Alors oui, le constat qu'on pourrait faire sur le terreau mythique (ou culturel ? ou symbolique ?) c'est que ces imageries ont de plus en plus tendance à ne renvoyer qu'à elles mêmes, stimulant<br /> au passage des émotions très fugitives, et très peu significatives...<br /> <br /> <br /> Cette exposition sur les fées dans les Alpes (à laquelle tu fais allusion pour la troisième fois) finit par beaucoup m'intriguer. Je le note au passage. Et aussi ce ton solennel que tu prends à<br /> la fin pour annoncer que nous sommes arrivés au point critique à l'égard de la post modernité. Là pour le coup, c'est le ton qui m'intrigue, parceque ce n'est pas ton ton habituel. Alors, que<br /> t'arrive-t'il ? Une idée vient de frapper ton esprit quant à la façon d'appréhender l'espace du musée, ou de le dépasser ?<br /> <br /> <br /> Tu disais : Mettre en oeuvre une histoire et une anthropologie des médias via le rapport production-action-support-fonction (si si, c'est un peu déjà l'objectif de la médiologie, mais bon...<br /> Le champ interdisciplinaire qui en résulte est si gigentesque qu'elle ne saurait déterminer un cadre stricte). Il s'agit plus d'une approche que d'une discipline en soi, je pense. Mais là je<br /> comprends mal où tu te situes... <br /> <br /> <br /> Le rapport que tu établis entre mythe et rencontre (c'est à dire, je suppose, l'incarnation soudaine et réactive d'un ensemble de "valeurs" jusqu'ici innommées) me donne quand<br /> même aussi un meilleur aperçu de cette thématique récurrente dans tes travaux (si c'est bien ça).<br /> <br /> <br /> Au bout du compte, merci du commentaire, car après m'avoir lancé à la gueule que je n'avais qu'à faire des articles au niveau (^^) de mes lecteurs, je n'en attendais pas tant ! :D<br /> <br /> <br /> <br />