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Je ne parle que par images... Il faut chercher le fil d'Ariane. Humm oui, le retrouver, ce n'est pas gagné. Mais enfin, bonne route ! S'il en est ... 

     

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IMAGES ALEATOIRES. LES THEMATIQUES DU LABYRINTHE...

Visages mythiques et têtes de morts... Passage initiatique... Femmes fatales et vilains messieurs... Textes sacrés et chants profanes...

Lègendes vivantes et moribondes... Icones passées, présentes, à venir... Mirages... Eden céleste et stars terrestres... Mythes et codes...

Cycles de vie et de mort... Schizophrènes et déesses reptiliennes... Soleils noirs... Envers des décors... Déluges... Irruptions... Feux, fièvres et sang... Jardins de Chine... Faunes humaines... Mondes engloutis... Energies fossiles et âmes fossilisées... Oeuvres divines et mortelles...




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31 décembre 2009 4 31 /12 /décembre /2009 18:56


365px-Hypatia %28Charles William Mitchell%29Evoquons aujourd’hui l’histoire de cette femme philosophe qui vécut au IVème siècle de notre ère, au temps où les conflits entre païens et chrétiens s’inversèrent… A cette époque, c’est donc la culture antique qui se vit persécutée, interdite ou renversée, tandis que le christianisme endossait pleinement son rôle de religion d’état, quitte à s’éloigner quelque peu du message originel…


Hypatie d’Alexandrie est entrée dans la légende pour son intelligence hors du commun,sa beauté, sa virginité, son rôle particulier à la tête de l’école platonicienne dans ces temps troublés et, par-dessus tout : pour sa mort dramatique, puisqu’elle fut lapidée, dénudée et mise en pièces dans une église par un groupe de chrétiens fanatiques… Le complot, semble-t’il, fut imaginé par des moines cénobites, désireux de purifier le monde de ce reste d’influence héritée de l’ancienne culture.

Aucun texte ne nous reste de la mathématicienne et philosophe Hypatie ; ouvrages disparus avec tant d’autres dans l’incendie de la grande bibliothèque. Bien qu’on ne sache pas exactement à quelle époque la bibliothèque d’Alexandrie prit feu, il est probable que cette destruction corresponde aux conflits évoqués plus haut, sous le règne de l’empereur Théodose.
Dernièrement, cette histoire a inspiré le réalisateur Alejandro Amenabar, laquelle est déjà un succès en Espagne. Un succès polémique, évidemment, puisque l’Espagne est un pays très catholique, et que le visage arboré par le christianisme dans le film n’est pas très beau à voir. Agora sortira en France le 06 Janvier 2010…

Il semblerait que le réalisateur oppose la sagesse à la foi dans son film.
D’un côté : le doute, la recherche, l’étude et l’observation. De l’autre : le fanatisme, la certitude aveugle et la passion dévastatrice. J’ignore si le film est aussi manichéen que le laisse entendre sa bande annonce. Quoi qu’il en soit (pour ceux qui connaissent un peu la théologie), il n’existe pas réellement d’opposition entre foi et sagesse. En effet, les écritures reconnaissent trois chemins pour atteindre la «  vérité »  :

-          par la nature

-          par la connaissance

-          par la foi

 

Evidemment, dans les faits, il faut bien reconnaître que ces trois voies ne font pas toujours bon ménage et que ceux qui y cheminent jettent bien souvent les uns sur les autres un regard horrifié. Celui qui fait les choses naturellement, sans les avoir apprises, guidé par un instinct fondamentalement droit, est souvent regardé de travers par celui qui cherche à tout expliquer par des raisonnements et des théorèmes, tandis que celui qu’une vocation  mystérieuse anime, se fonde parfois sur un charisme fatalement exclusif, lequel annihile tout esprit critique…

Et pourtant non ! ce sont là des déviances, car  il n’y a pas d’opposition entre ces trois chemins. Les gens qui sont parvenus à la fin de leur parcours ne chipotent pas sur l’itinéraire qu’ils ont emprunté. L’opposition n’existe que pour les gardiens de ces voies respectives – de ceux qui font payer le prix du passage et qui interdisent toute autre route…

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15 juin 2009 1 15 /06 /juin /2009 13:29

Qualifié de "plus grand homme de tous les temps" par Voltaire, l'empereur Julien (331-363) survécut presque miraculeusement au massacre de sa famille par une autre branche de cette même famille récemment convertie au christianisme comme religion d'état... Telle était l'époque.
 Plus qu'aucun autre, cet homme est resté une énigme. Mystique, philosophe, fin stratège, conquérant, homme de guerre ou de paix ? Homme de l'unité religieuse ou de l'apostasie ? Homme de raison ou de l'occultisme ? Julien était doué pour la rhétorique autant que pour les mystères (Eleusis, Orphée, Mythra...), la dialéctique de la raison pure, tout comme l'intuition onirique... Un paradoxe ambulant ! Il reprochait aux chrétiens d'avoir aboli la quête de la connaissance, et d'avoir remplacé cette quête par une foi aveugle dans le christ.
 Devenu empereur, presque malgré lui, proclamé comme tel par ses hommes en Gaule après d'étonnants succès militaires, il restaura le culte des dieux antiques et prôna la tolérance de toutes les formes de manifestations du divin... Il ne persécuta jamais les chrétiens mais demeura condescendant avec eux et ne leur permit pas d'occuper de hautes fonctions administratives, de peur qu'ils ne contrent la renaissance qu'il préparait. Son oeuvre fut stoppée nette par un coup de javelot dans le dos.
Il mourut presque au même âge que le christ (qu'il nommait, non sans sarcasme "le nazaréen")... Après tout, ce que ce jeune empereur exécrait, c'était (ironiquement) l'hypocrisie des chrétiens dont il eut à subir la violence et la rigidité, tout comme Jésus exécra l'hypocrisie des pharisiens et des gardiens des temples transformés en boutiques...
 Quoi qu'il en soit, les injures pleuvèrent bientôt sur sa mémoire, et l'église prit grand soin de ternir la figure d'un homme dont le cheminement initiatique ressemblait pourtant si étrangement à celle d'un prophète. Mais le prophète d'un monde révolu... Il n'eut pas la force ou le temps de renouveler ce monde perdu... Sans doute faut-il déplorer le retour en arrière qu'il amorça, car on ne restaure jamais ce qui est mort. Il faut pouvoir poursuivre ce qui est, et englober ce qui advient. Son erreur fut de se faire un ennemi redoutable de ce qu'il nommait "le charnier des galiléens", soit l'Eglise chrétienne... Mépris chèrement payé.
Il faut dire également que Julien raisonnait de façon élitiste. La nature l'avait comblé. Il était noble et légitime. Mille obstacles furent renversés sur son chemin avant qu'il ne soit lui-même renversé. Lui qui s'offusquait de voir les chrétiens emprunter chaque jour davantage les codes de l'hellenisme, il ne perçut pas l'esprit en acte, ni la grandeur de cette figure (qu'il réduisait à un petit prêtre pharisien). Passa-t'il à côté de sa véritable mission ? L'orient et l'occident furent un instant entre ses mains, sans qu'il ne déploie jusqu'à ses "ennemis" son pénétrant esprit de synthèse...
Il avait autour de lui une cour de devins fantasques qui lui prédisaient un long règne, et qui obscurcirent peut être sa clairvoyance... Et puis, il avait des ennemis dans sa propre maison, qui se courbaient bien bas sur son passage, la bouche remplie de miel et de venin.

Que ceci soit le fil d'Ariane...


L'auteur américain Gore Vidal imagina les mémoires de Julien. S'étant glissé dans sa peau, voici ce qu'il dit, quelque temps avant de devenir empereur d'Occident. Avant de devenir cet éphémère maître du monde, lorsqu'il pénétra dans la Forêt Noire, à la tête de son armée :


" ...Quelles ombres! Même à midi, il règne une telle obscurité dans la forêt que l'on a l'impression d'être noyé dans une profonde mer aux eaux vertes et murmurantes. Tandis que nous chevauchions le long des pistes silencieuses, les légions en rang par deux se déroulaient comme un long serpent de mer sur le fond de l'océan. Par bonheur, nous avions de bons guides qui connaissaient tous les détours de la forêt. Je ne sais pas comment ils s'y prenaient car il n'y avait pas le moindre signe; cependant, ils retrouvaient leur chemin à travers ce labyrinthe vert. Pendant des jours, nous ne vîmes jamais le soleil et j'en vins à désespérer de revoir un jour mon dieu..."



Julien avait le Soleil pour dieu. La lumière du monde physique. Il était toutefois assez fin pour y percevoir une lumière d'une autre sorte. Du moins, il aurait pu... Mais de ce labyrinthe, il ne trouva jamais l'issue.


 

 

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11 mars 2009 3 11 /03 /mars /2009 18:25

La gorgone, dans sa première acception, s'inscrit dans la descendance des divinités primordiales du panthéon grec. Dans la lignée de Pontos, c'est à dire : la mer noire...
Au nombre de trois, les gorgones sont des créatures reptiliennes aux chevelures serpentines, immortelles (sauf une !), et ont pour particularité de transformer en statues tous ceux qui croisent leur regard. Ceci est la première définition. Le premier type, en somme. Mais il faut raconter la légende. 
Parmi les trois gorgones, seule Méduse est mortelle. Celle ci se fit trancher la tête par Persée, un jeune héros qui en profita pour délivrer Andromède d'un monstre qui voulait l'avaler. Au commencement, un roi voulant éloigner le jeune Persée du royaume, l'envoya un beau matin dans le domaine des  ombres  avec pour mission d'en rapporter la tête de ladite Méduse. Certes, il n'était pas prévu que le jeune homme survive à ce défi... Mais la déesse Athena prit notre jeune héros sous son aile. Elle lui fournît un casque et un bouclier magiques, et lui expliqua comment s'y prendre avec la créature sans se faire pétrifier. D'une part, le casque rendait invisible (c'est déjà fort pratique). D'autre part, le bouclier devait servir de miroir. Ainsi le jeune homme ne regarda jamais vraiment la Méduse mais seulement son image à travers le bouclier, avançant discrètement sous son casque sans être vu par les deux autres. Voilà comment se fit la "décapitation". Notons aussi que, même morte, les yeux de la gorgone conservèrent leur pouvoir, et que Persée s'en servit contre nombre d'ennemis, sortant toujours fort à propos la tête coupée d'un sac.

Maintenant, abordons la gorgone dans son acception psychanalytique. Une autre version du mythe fait état de l'extrême beauté des trois gorgones. Dans ce cas, il serait question de jeunes filles si narcissiques, si fières de leurs beaux cheveux, qu'un dieu les aurait punies en y mettant des serpents, et en transformant en pierres chacun de leurs admirateurs. Cette seconde acception existe d'ailleurs en germe dans la première. Il s'agit là de jeux de regards et de reflets qui se heurtent au mur de l'orgueil. Enfin, un truc dans ce goût là... On trouve d'ailleurs certaines images très plantureuses de la gorgone, ou autre femme serpent. De somptueux corps féminins se terminant en queues de reptile... quoiqu'il y ait confusion avec d'autres divinités, fort anciennes, elles aussi...
Klimt a représenté les gorgones dans un tableau où la Mort, la Démence et la Maladie figurent à l'arrière plan. Humm...

Mais abordons enfin la gorgone du troisième type. C'est à dire : le pur processus de pétrification. Ici, point de serpents. Et là, c'est la gorgone qui est invisible. Elle s'introduit on ne sait comment dans les échanges entre les êtres. Chacun croit regarder l'autre, celui d'en face, mais elle se trouve entre les deux, dans chaque rapport, chaque relation, chaque transmission. Et dès que le regard se porte vers elle, même par inadvertance, elle pétrifie les deux partis. C'est ainsi. Elle fige et crée des murs. Elle collectionne les statues. Et elle en a beaucoup, beaucoup, beaucoup...
 N'est il pas étrange qu'on ait si peu étudié le mythe de la gorgone ? On connait celui de Prométhée, d'Oedipe, de Narcisse... On connait le rôle qu'ils jouent dans nos rapports avec l'histoire, le destin, le progrès, le psychisme... Et rien sur la gorgone qui est pourtant partout ? Celle à laquelle je fais allusion, comme la plus insidieuse des monnaies d'échange... Celle qui échange la chair contre la pierre, et enferme l'esprit dans le marbre. Elle n'est jamais très loin.

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8 juin 2008 7 08 /06 /juin /2008 15:07

Le plus ancien mythe féminin, c'est celui de la Lilith : la première femme...

Cette légende est vraisemblablement née d'un accident et d'un malententdu, quoique. La Bible étant un ensemble de récits compilés à diverses époques et dans diverses traductions, il se trouve que la génèse relate deux fois la création de la femme : une première fois où celle ci est créée en même temps qu'Adam, à partir de la terre, et à l'image de Dieu. Une seconde fois où la femme est créée à partir de la côte de l'homme, et nommée Eve par Adam.

Si la chose n'est pas un simple accident de traduction, ni une compilation de versions contradictoires, la Lilith a peut être un sens "exeptionnel".

Ainsi Lilith existait avant Eve, et résidait dans l'Eden, non pas en tant qu'aide de l'homme (c'est ainsi qu'Eve est désignée dans la génèse), mais comme l'égale d'Adam. La Lilith n'était donc pas un complément, mais bien la femme complète. Un conflit éclata cependant dans le couple, car Adam revendiquait la domination pendant l'acte sexuel. Irritée contre son époux, Lilith quitta l'Eden. Adam éperdu, alla se plaindre auprès de Dieu qui envoya une nuée d'anges vers la femme afin de la convaincre de revenir. Lilith refusa et préféra (selon le mythe) s'unir à un avatar de Satan, après avoir négocié un rôle égalitaire.
Dieu tenta alors d'amener chacun des animaux de la création vers l'homme afin de lui trouver un compagnon et de le consoler de sa peine. Mais rien n'y fit. Adam se sentait irrémédiablement seul. C'est alors que Dieu fit sombrer l'homme dans un profond sommeil...
Hmmm oui, ce sommeil nous interroge, et le rêve qu'il fit aussi, car il semblerait qu'Adam n'en finisse pas de rêver. Mais poursuivons.

Pendant qu'Adam dormait, Dieu préleva une côte sur son corps et la façonna à l'image d'une femme. Puis il éveilla Adam et fit venir la nouvelle créature devant lui. L'homme en fut enchanté et la prénomma Eve.
Cependant, la Lilith, flottant sur l'onde obscure, découvrit cette nouvelle union et ne trouva pas la chose à son goût. On raconte qu'elle prit elle-même la forme du serpent tentateur afin de provoquer la perte d'Eve qui devint à son tour une pêcheresse aux yeux de l'humanité.
Plus tard, ce fut la vierge Marie que l'évangile nomma "nouvelle Eve"... Ainsi tournent et se suivent les femmes, s'annulant les unes les autres (et lorsque l'homme se montre habile, elles rivalisent haineusement entres elles)...

Mais si on en croit l'ordre dans lequel les choses se produisirent, le fruit de la connaissance avec lequel Lilith tenta Eve concernait avant tout sa propre légitimité. Et le premier péché fut donc la tentative d'Adam pour abaisser son épouse primordiale. Mais là encore, passons.

D'un point de vue ethnologique, la Lilith nous renvoie aux anciennes figures de la Terre mère et d'un certain "matriarcat" que l'avènement du Dieu unique renversa. En cela, elle pourrait être assimilée aux déesses Ishtar, Isis, Tanit ou Astarté. Souvent, ces déesses archaïques ont un rapport avec la mort et les mondes souterrains, quoique leur culte soit d'abord celui de la fertilité. Mais ne nous étonnons pas des contradictions. Lilith ne serait alors que la trace persistante d'un ordre révolu. Du reste, selon un autre mythe, c'est Pandora qui fut la première femme (armée d'une petite boite pleine de fléaux, car il faut décidément que la femme soit coupable de toutes les calamités).

Bref. En vérité, il se peut que tout ne soit qu'un rêve. Lilith, Eve et Marie sont éternellement le même principe féminin, et rien ne sert de le fragmenter en figures paradoxales. Les mondes souterrains n'ont sans doute rien à voir avec des mondes infernaux, mais ne sont vraisemblablement qu'un espace occulté (l'inconscient, comme dirait l'autre). Une totalité oubliée. Un équilibre des forces, sans cesse remis à plus tard.

Et Lilith attend peut être simplement qu'Adam se réveille.

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8 novembre 2007 4 08 /11 /novembre /2007 15:38

Le mythe a coutume de glisser sur la fine lame du rasoir, entre mensonge et vérité. En somme,  c'est une vérité signifiée par un artifice.  Une habile machinerie dont chacun des rouages participe d'un symbole révélateur... C'est une vieille manie, toute personnelle au genre humain.
 
En premier lieu, il y a le mythe de l'Eternel retour, cher aux stoïciens et à Nietzsche. En somme : le mythe agraire du retour à la vie, du cycle des saisons et du passage à travers la mort. Ce mythe englobe tous les autres en lui-même, mais il ne revêt jamais la même forme. En effet, qu'y a t'il de commun entre la fête du printemps, la descente aux enfers, la nuit des morts, ou la traversée du désert ?

L'ultime tentation de l'homme, c'est d'en fabriquer un. Un mythe. Or, le mythe ne se fabrique pas. Il jaillit tout armé, tout beau et tout brillant, sans prévenir de son entrée en scène. Ses armes sont d'une autre nature que les nôtres. Pendant longtemps, on ne le perçoit pas... Bien sûr, il appartient toujours aux premiers qui le flairent et qui s'en emparent. C'est d'ailleurs là qu'il se pétrifie, car il ne brille jamais tant que lorsqu'il  a cessé de vivre.

Aujourd'hui, il convient de fabriquer son propre mythe. En d'autres termes, il convient de mentir. Et même, disons franchement qu'il convient de pourrir (pourrir vivant, comme dirait l'autre).  Faisons une minute de silence, puis ouvrons grands les yeux. Car, où est il passé ? Le mythe. Le significatif... Il est partout, oui. C'est donc qu'il n'est nulle part. Il emprunte des formes successives, certes. Il s'habille du flux des temps. Oui mais...

 Le mythe n'arrive pas n'importe comment, et il ne revêt pas n'importe quelle forme. Parmi tant d'imageries diverses, tant de masques enchevêtrés, il commence toujours par venir nu. Nu et seul. Sans autres échos. Infiniment lointain de tout ce qui braille. Voilà sur quoi je médite en ce moment. Je tends l'oreille et les narines. Probablement... sans doute... après la longue parade des mythomanes en lunettes noires, quelque chose va jaillir, comme Vénus surgissant de l'écume.

Simple intuition.

 

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7 juillet 2006 5 07 /07 /juillet /2006 21:54

Une nymphe s'appelait Echo. Echo aimait Narcisse... Narcisse aimait Narcisse... Echo était captive de l'écho d'autres voix ; Narcisse était captif de son propre reflet. Tel est le mythe. Il faut saluer les grecs antiques pour leur génie de la personnification. Pour chaque recoin de l'âme humaine (tendance, complexe, passion, haine, jusqu'aux névroses mêmes...) ils surent trouver un personnage illustrant "dans sa chair" l'état d'âme en question. Mais qu'en est il de nous aujourd'hui ?

Oui, nous avons bien des ressemblances avec Narcisse. Comme lui (figé au bord des eaux, l'oeil scrutant une image) nous percevons machinalement la voix d'une petite nymphe, postée juste à côté. Nous ne savons pas son nom, mais nous savons qu'elle nous répète toujours les mêmes slogans : ondes sonores pour ondes visuelles. Quels sont-ils, ces slogans ? Hum... Il y a le choix. Ca ressemble à des sentences tyranniques. Mais des sentences enveloppées de la plus extrême douceur, stratégiquement orientées vers notre beau nombril. Par exemple : "Prends soin de toi ; Tu le vaux bien ; N'imite pas, innove ! ; Just do it !" ... Oui oui, la pub m'indispose.

C'est dommage, d'ailleurs, cette intime connaissance des mécanismes du désir, si habilement déployée pour en arriver là (un vulgaire marchandage). Il y aurait là tout un théâtre des profondeurs à explorer... Mille personnages jaillissant de leurs ondes immobiles et échappant à la noyade. Je dis ça parce qu 'on s'ennuie ferme au bord de l'eau (cette eau là), coincé entre Echo et Narcisse. La vie s'anime au gré des rencontres, mais ces deux là ne rencontrent jamais qu'eux mêmes, quelle que soit la matière où ils posent le regard... Et quel que soit l'espace où retentit leur voix.

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29 juin 2006 4 29 /06 /juin /2006 08:47

Dieu n'est pas mort de mort naturelle ; quelqu'un l'a tué... Tel est le diagnostic de Nietzsche. Ce quelqu'un est un homme particulièrement pudique. Hideux, de surcroît. Mais pudique avant tout.

 

En abordant ce sujet là, Nietzsche déploiera des trésors de mise en scène. Etrangement, ce héros, ce triomphateur de Dieu, ce conquérant de lui même, nous est donné à voir comme une vague créature, une chose honteuse, ayant à peine figure humaine, une chose assise au bord du chemin, dans un lieu vide et désolé...


Lentement, progressivement, Nietzsche décrira le paysage où surviendra la créature :

 " Lorsque le chemin de nouveau contourna un rocher, voici que changea d'un coup le paysage, et dans un royaume de mort Zarathoustra fit son entrée. Là se dressaient des roches noires et rouges ; ni herbe, ni arbre, ni chant d'oiseau. C'était là un val que fuyaient toutes bêtes, même de proie, sauf qu'une sorte de serpents hideux, épaix et verts, venaient là pour mourir..."

Voilà donc le décor posé. Et voilà que la "chose" interpellera le philosophe en lui lançant une devinette : " Zarathoustra ! Zarathoustra ! Devine mon enigme ! Parle ! Parle ! Qu'est-ce que la vengeance sur le témoin ? (...) Sagace tu te crois ô fier Zarathoustra ! Devine donc l'enigme ô dur casseur de noix. L'enigme que je suis. Parle donc. Qui suis-je, Moi ?"

Non sans avoir rougi, non sans avoir tremblé et repris ses esprits, le philosophe lui répondra : "Je te reconnais bien; tu es le meurtrier de Dieu. (...) Tu n'as souffert celui qui te voyait, toi, -- qui te voyait toujours et tout entier, ô toi le plus hideux des hommes ! Sur ce témoin tu t'es vengé !"

Quant à moi je ne puis retenir ma surprise devant une telle révélation. Ainsi la pudeur de l'homme serait la cause de la mort de Dieu ? En fait, si nous le regardons à la lumière contemporaine, je me demande de quoi il pourrait avoir honte,  ce pâle négateur, en ce siecle de grand étalage... Aujourd'hui, plutôt qu'un Dieu, nous avons des idoles. Nous avons "le plus froid de tous les monstres froids" et quelques autres agréments... Nous avons de belles images de nous mêmes, des jeux et des écrans où projeter nos "identités", de sorte qu'aucun de nous n'a honte de se laisser voir. Au contraire, l'exhibition est de rigueur ; tout le monde se montre ou voudrait se montrer. Tout le monde a quelque chose à jeter sur la place publique (ou à mettre en ligne). Avec plaisir, parfois, nous répandons nos entrailles sous le nez des passants. Alors comment expliquer la pudeur du plus hideux des hommes ? Quoi ?  Parce qu'il est hideux ? Mais il y en a partout, des hideux qui s'exhibent sans pudeur, sans la moindre conscience de leur propre hideur... Hum, ce serait donc à nouveau un problème de conscience. Homme lucide, je suppose. Capable de se voir en face. Capable de sentir même un oeil surhumain. Face à Zarathoustra, voilà l'explication qu'il donne  :

"Lui ne pouvait que mourir : il voyait avec des yeux qui voyaient tout. Il voyait de l'homme les fonds et fondements, toute son ignominie et sa hideur cachées. Sa compassion ne connaissait aucune pudeur ; il se glissa dans mes plus sales recoins. De tous le plus curieux, le trop indiscret, le trop compatissant, celui là ne pouvait que mourir. Il me voyait toujours : sur ce témoin j'ai voulu me venger, ou bien moi même ne pas vivre. Le Dieu qui voyait tout, même l'homme, ce Dieu ne pouvait que mourir ! Point ne tolère l'homme que vive pareil témoin."

Mais est-ce vraiment d'un Dieu, ce regard insidieux qui s'insinue partout ? On croirait qu'il parle de la presse, avec tout son arsenal émotif et sensationnel (faudra-t'il donc l'assassiner, elle aussi ?)... Je m'égare, peut-être. D'ailleurs pareille impudeur est fort bien tolérée de nos jours. Et puis, qui peut descendre en lui même, à ce niveau de profondeur ? A ce niveau intolérable où nul autre n'est autorisé à descendre avec soi ?

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14 juin 2006 3 14 /06 /juin /2006 22:27

Il était une fois un jardin nommé Eden... Qui ignore cette histoire ?

Partout, à chaque époque, chacun de nous peut observer ce jardin des délices, souvent préfabriqué, parfois reconstitué, naturellement artificiel... C'est un lieu bien délimité où le mot d'ordre consiste à être heureux, innocent, satisfait (repu comme une bête, dirais-je)...


Ce jardin des délices finit toujours par virer au jardin des supplices, mais en attendant l'heure fatidique où se déchire le voile, il convient de fermer les yeux et de ruminer.

Il y a des gens qui pensent que le fruit défendu fait allusion au sexe. Mais non, pas du tout ! Rappelons qu'il s'agit de l'arbre de la connaissance (certes, le mot "connaître" au sens biblique prête à confusion... C'est à dessein, d'ailleurs,  mais revenons à notre arbre). Voilà donc le premier fruit transgressif. Ce fruit s'accorde de concert avec celui du jugement et de la conscience de soi, sans masque ni fard, dans notre entière nudité (quelle horreur !)... C'est une manière bien habile d'asservir les esprits que de brandir l'épouvantail de la culpabilité, de sorte qu'il est difficile de savoir si la trangression est une réaction saine ou perverse... Cela dépend de l'Eden en question. Certes, après avoir croqué le fruit, avide de mille et un savoirs neufs, on se trouve bien attrapé quand on apprend qu'on est tout nu, et qu'il n'y a rien d'autre à connaître (si ce n'est la maladie, la vieillesse et la mort). Ou alors, c'est précisément CELA qu'il faut connaître...


A quoi bon revenir sur cette vieille histoire ? me dira t'on. Mais l'histoire est toute jeune et n'en finit pas de passer.

Aujourd 'hui, bien sûr, le jardin a changé de nom. On s'y balade en costume et lunettes noires. Il convient d'y rêver et d'y gesticuler sur des airs de musique savamment composée. Le rêve aussi est composé sur certains petits airs. Mais le tour de force des "maîtres des lieux", c'est qu'on a même le droit de gratter le vernis de ce beau décorum, d'en critiquer l'ambiance, d'y blasphémer et de s'y battre. Délices ou sévices : c'est au choix, pourvu qu'on reste dans le cadre, et qu'on s'y sente bien enveloppé, vêtu, paré, masqué...

 Mais il demeure une limite à ne pas transgresser (sous peine d'être banni). Cette limite, c'est toujours la même : ô fruit de la connaissance !



Après avoir dit ça, il reste à définir ce qu'est cette connaissance, exactement. Non pas un amoncellement de savoirs érudits. Non pas un art dialecticien. Non pas une longue introspection de type psychanalytique... Alors quoi ? Je l'avais pourtant presque dite... Elle m'est restée sur le bout de la langue. Dommage. 

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4 juin 2006 7 04 /06 /juin /2006 20:48

S'il est vrai que l'art consiste à harmoniser les choses entre elles,  on peut dire que l'éloquence est l'art de la parole, que la musique est celui des fréquences sonores, que la représentation est celui des images, etc... Enfin, tout ça pour en conclure que la danse est l'art du geste. Du mouvement...

Plus que du geste ou du mouvement, il s'agit même de l'art de l'Acte. Pourquoi le dieu Shiva est-il représenté dansant, créant et et détruisant les sphères à chacun de ses pas ? Chacun de ses mouvements est sensé avoir d'infinies répercussions. Il y a là quelque chose qui ressemble à un rituel (où chaque geste vient méthodiquement s'encastrer dans le symbole qui lui correspond) mais aussi quelque chose qui insinue un magnétisme...  Quand je dis magnétisme, je veux parler d'une loi élémentaire : la force de gravité.

Chaque corps (terrestre, celeste ou que sais-je ?) se déplace selon son poids et va tourner autour d'un autre, lequel ira lui même graviter autour d'un astre plus grand, formant ainsi des systèmes solaires, une galaxie, des univers... N'est-ce pas ainsi à tous les niveaux ?

Et que dire des météorites qui servent de témoins aux étoiles éclatées dont les poussières viennent s'abattre sur les rondes harmonieuses des astres en ordre ? (car celui qui ne trouve pas sa place dans la ronde, s'élance dans le vide et tombe). Bref, contempler la danse des corps est toujours instructif.

Parfois, on met un peu de temps à comprendre la chorégraphie qui nous incombe. Il y a toujours une heure pour le chaos, mais tout ce qui  s'accomplit repose sur un rythme et une harmonie. C'est pourquoi (à l'instar du lapsus) un faux pas est rarement innocent.

Et le Maître du Temps doit raffoler des farandoles.

 Il est vrai que ce cher Shiva se fait aussi régulièrement piétinner par son énergique épouse, Kali. La déesse de la mort, danse aussi à sa façon... Que tourne la ronde!

 

 

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10 mars 2006 5 10 /03 /mars /2006 20:36

Après avoir beaucoup tergiverser, badiner et thésoriser sur la nature de l'homme, la société nous ramène presque toujours à une loi toute simple (cette bonne vieille constante) : j'ai nommé la loi de la jungle. 

Après ça, il n'y a plus qu'à trouver à quel animal s'identifier. Parfois, pour se rendre compte de l'espèce de notre prochain, il suffit d'observer ses stratégies de chasse. Ainsi, le renard cherche des pigeons, le loup guette les moutons (de préférence en bons troupeaux  - le gibier des forêts étant une proie bien trop agile), la hyène raffole des bêtes blessées et autres moribonds, le vautour s'abat sur les cadavres, la cigale chante, la fourmi oeuvre, etc...

Et lorsque nous avons enfin décidé de notre rôle dans cette ménagerie, nous voilà étiqueté, pesé, emballé et fin prêt pour l'office.

Je me demande pourquoi Nietzsche a choisi la formule "Humain, trop humain". C'est d'autant plus étrange qu'il avait su relever, avec une acuité hors du commun, cet instinct animal (la fameuse volonté de puissance) à la base des religions et des systèmes de pensées, qu'ils soient moralistes, politiques ou esthétiques. On aurait plutôt envie de dire : "Humain, guère humain".

Nietzsche avait choisi l'aigle et le serpent pour emblème. Le symbole en dit long. Le charognard (que peut être l'aigle, si royal soit-il) semble ici destiné à dévorer l'antique connaissance sur laquelle reposait des dogmes obsolètes.

Bref, tandis que nous gesticulons au carnaval, parés de nos masques de chats ou de chauve souris, il y a peut être encore des hommes qui choisissent d'être des hommes.

Oui oui, voilà une parole bien naïve, mais il me semble que l'être humain est capable d'autre chose que d'obéir aux lois de la jungle.

Certes, ce n'est pas toujours au ciel qu'il faut chercher cette autre chose, sinon nous n'aurions plus qu'à chantonner à l'instar d'Alain Souchon : "Et si en plus, il n'y a personne ?"

Non, pas la peine d'aller chercher si loin, ni si haut. L'humain se forge lui même. A lui d'être exigeant et de prendre ses responsabilités afin de devenir autre chose qu'un insecte nuisible de plus à la surface du globe.

 

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