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Mythologies, sociologies, théologies, littératures, philosophies, arts... Si les voies sont multiples, il n'y a qu'une seule issue ...

Qui suis-je ?

  • Elisabeth
  • LABYRINTHE
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  • 24/07/1978
  • Qui suis-je ? Où vais-je ? Hum... Ici, je suis la maîtresse du Labyrinthe... Ceux qui souhaitent en savoir plus (ou bénéficier de mes humbles compétences rédactionnelles et documentaires) peuvent me contacter ici: elisa.mbaye@hotmail.fr

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      AVERTISSEMENT

Les règles de ce jeu ne sont jamais déterminées à l'avance, mais le labyrinthe n'est intéressant que dans la mesure où il a une issue.

En fait, je ne connais rien de pire ni de plus atroce qu'un labyrinthe, surtout lorsqu'on s'est arrêté devant un mur et qu'on décide de s'installer bien confortablement dans cette charmante prison.

Je connais des gens qui la décorent, qui y diffusent de la musique et invitent leurs amis à visiter tous les recoins de leur mignonne impasse...

Mais ne nous y trompons pas, car après en avoir sondé le centre, le but du labyrinthe consiste à en sortir.

Autres pistes

IMAGES ALEATOIRES. LES THEMATIQUES DU LABYRINTHE.
Visages mythiques et têtes de morts... Mythologies... Femmes fatales et vilains messieurs... Textes sacrés et chants profanes...Lègendes vivantes et moribondes... Icones passées, présentes, à venir...
Mirages... Envers des décors... Eden celeste et Stars terrestres... Schizophrènes et déesses reptiliennes... Energies fossiles et âmes fossilisées...
Oeuvres divines et mortelles...
Passage initiatique... De voie en voie, de phase en phase, de sphères en sphères, de mondes en mondes... Mais encore, mais quoi d'autre...

Avant de partir ...

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Merci de votre visite dans mon labyrinthe... J'ignore si cela vous aura procuré un moment de détente ou de vague angoisse (?) mais j'espère bien que vous n'aurez pas perdu le fil... A bientôt ! 

Samedi 7 avril 2012 6 07 /04 /Avr /2012 19:26

Nouvel extrait de la machine démonologique...

 

V – 3. La galerie des miroirs. 

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 Tout un monde d’images projetées acquiert de la valeur à mesure que s’élaborent de nouvelles techniques de médiatisation. C’est d’abord le cinéma qui va permettre à l’industrie du rêve de montrer toute sa puissance. En 1895, le cinématographe se présente comme une curiosité, un phénomène de foire, un art « bâtard » tenant à la fois du théâtre, du cirque, de l’illusionnisme, du music hall, etc…). Mais en quelques années, il va devenir l’art total. Régis Debray écrit : « Dominant est l’art des arts, celui qui a la capacité d’intégrer ou de modeler les autres à son image. Le mieux connecté à l’évolution scientifique et aux techniques de pointe. Celui qui assure la plus forte communion des contemporains en synthétisant le plus de sens et en ouvrant au maximum le champ physique des sensations possibles (…) Dans la reconnaissance du cinéma comme art, les philosophes ont eu cinquante ans de retard sur les poètes. Apollinaire, Aragon, Desnos, Brecht, Cendrars, Prévert ont d’emblée compris les enjeux du procédé (jusqu’à travailler pour lui). Les théoriciens tombaient des nues mais les écrivains ont été assez peu dépaysés par l’invention visuelle, tant cet hybride forain et littéraire, à la fois populiste et élitiste, a baigné dès sa naissance dans l’écrit et l’imprimé. Y trouvant à la fois ses conditions techniques  (script et découpages), ses moyens de divulgation (affiches et critiques), et surtout sa légitimation et ses mythes de fondations, via le théâtre, le roman et le feuilleton[1] ». pub coca 03 m

  C’est aussi un art dont on ne soupçonnera pas tout de suite les vertus « divinisantes ». Le nom des acteurs des premiers films muets n’apparaissait même pas au générique. Le star-system naîtra presque accidentellement – du fait de l’engouement du public pour ces mystérieuses figures jaillies de l’obscurité. Du côté des foules, on écrira massivement aux studios pour réclamer les noms. Du côté des producteurs, on exploitera ce fabuleux potentiel d’identification en mettant en scène les artistes, brouillant habilement les frontières entre la personne réelle et le personnage de fiction. Dès lors, le cinéma cible le public en usant des stéréotypes appropriés, jusqu’à y enfermer certains artistes. Marilyn Monroe nous apparait encore aujourd’hui comme l’archétype de la star fabriquée, luttant désespérément pour sa reconnaissance en tant qu’actrice – en tant qu’être à part entière... Or, Marilyn est justement la dernière créature déifiée d’une machine déclinante. Si la magie du cinéma se dissipe à partir des années soixante, le star-system n’en poursuivra pas moins  sa route en d’autres lieux (par le biais de la télé et des nouveaux médias), offrant désormais au public des reflets toujours plus crus… Quant à Marilyn, parfaite incarnation du sex-symbol, c’est déjà une copie – laquelle aura à son tour des copies dans un univers où les copies de copies se succèdent indéfiniment. La première blonde platine (sensuelle et délurée) n’est autre que Jean Harlow. Dans les années 1930, c’est elle qui fit que des générations de femmes se décolorèrent les cheveux pour lui ressembler – et ce fut d’ailleurs l’une des seules vraies blondes platine du cinéma (sa carnation étant quasiment comparable à celle d’un albinos). Après Jean, il y en aura beaucoup d’autres. Puis il y aura Norma Jean : la fillette éblouie par son idole, et dont le destin obéira presque fatalement aux lois du mimétisme... Si Jean est déjà la seconde partie du vrai prénom de Marilyn (de par une étrange prédestination), le prénom Norma nous renvoie quant à lui à une norme (de par son étymologie latine, Norma signifie : la règle – ici : la loi implicite des séries). Cette nouvelle Jean standardisée prendra le nom de sa mère comme pseudonyme (à l’instar d’Harlow). Après deux décennies, Monroe nous fournira une copie miraculeusement plus vraie que l’originale...

 

  Au-delà d’une simple industrie du spectacle, le septième art sera aussi une délicieuse machine idéologique. A travers elle, Hollywood diffusera davantage qu’un style de vie. Partout dans le monde, le mythe américain rayonnera avec plus de force qu’aucun corpus doctrinal ou religieux ne l’aurait fait. Arrêtons-nous un instant sur le plus grand succès commercial de l’âge d’or (et même de tous les temps) à travers lequel s’incarnera une fois de plus la figure du self-made-man. Il s’agit d’ailleurs plus précisément d’une self made woman : la Scarlett O’Hara d’Autant en emporte le vent, réalisé en 1939. Un succès tout aussi populaire que critique, puisque le film recevra dix oscars. L’histoire se présente d’abord comme la fin d’un monde (celui où des maîtres prospéraient parmi leurs esclaves). De ce monde balayé (emporté par le vent) après une guerre fratricide entre nordistes et sudistes, naitra la nouvelle réalité américaine. L’héroïne est une sudiste, une fille de grands propriétaires, qui va se retrouver ruinée après l’abolition de l’esclavage. Une fois tombée au plus bas, réduite à déterrer des racines dans le sol pour apaiser sa faim, l’ancienne enfant gâtée jurera solennellement devant Dieu de ne plus jamais connaitre une telle misère – quels que fussent les moyens dont elle devrait user pour se refaire une fortune... Vénale, fière et manipulatrice, Scarlett ne se montre pas moins adorable tout au long de son ascension en tant que femme d’affaires. Des générations entières n’y verront pas davantage que l’histoire d’amour (dans un décor grandiose avec scènes de guerre en technicolor, dentelles et crinolines) mais la romance n’a rien de neutre. En effet, l’héroïne passe tout le film à courir après un amant illusoire (l’homme noble et effacé de l’ancien monde), jusqu’au moment où elle se découvre amoureuse de l’homme cynique qu’elle a épousé pour son argent... Au fond, rien n’est plus explicite que le passage de notre Scarlett (la vivante incarnation de l’Amérique) d’un modèle à un autre. Envolé le temps de privilèges : voici l’ère de l’autoréalisation. Tiré du best-seller de Margaret Mitchell, le film est infiniment plus « politiquement correct » que le livre (dont toutes les scènes seront adaptées de sorte à gommer les allusions racistes). A cette époque, le film synthétise toutes les perfections : technique, esthétique, scénique, jusqu’à la genèse mythico-philosophique de l’American way of life. Tout y est. Mais après avoir atteint le sommet de sa puissance fantasmatique, le cinéma perdra progressivement sa dimension d’Art total…

 

  Dans le courant des années soixante, une contre-culture se hisse bientôt à la visibilité. Celle-ci donnera lieu à la « révolution sexuelle ». Ce sera le mouvement hippie (utopique, égalitariste et résolument opposé à la société de consommation) qui prônera la libération de l’individu à travers la libération des mœurs. Un retour à la nature sera amorcé. La musique et la danse y arboreront leurs vertus dionysiaques, puis dériveront fatalement vers des paradis artificiels. De fait, la société de consommation n’aura aucun mal à récupérer ces mouvements. Dans les années soixante-dix, le Disco fera dans la surenchère, la caricature, le clinquant, l’absolue légèreté, et stylisera toutes les strates de la société à son image, jusqu’à l’overdose.

  Dans le même temps, de nouveaux médias évoluent. Désormais, le cinéma n’a plus le monopole de la star. Avec l’avènement du petit écran au sein même des foyers, le septième art perd sa suprématie et redevient une distraction parmi d’autres. Il aura même bientôt besoin de la télé pour continuer à se financer (notamment en France). Si le cinéma fut un art sacré, dans le sens où il donnait encore à voir autre chose que lui-même (étant moins au service d’un public que d’une pensée. Ouvrant une porte vers un au-delà, un ailleurs…), la télévision sera plus pragmatique : « l’œuvre de cinéma se communique mais n’est pas faite, comme le produit télé, pour communiquer. L’opérateur d’une chaine (privée ou publique) vend un public à des publicitaires. C’est pourquoi, dit-il, le public est notre seul juge (…) Une œuvre a des spectateurs… Un produit, des consommateurs[2] ». La distinction entre les deux n’en finit plus de se réduire.

 

  Au commencement, les arts de la représentation furent toujours au service de l’Invisible : dieu omniscient ou divinités multiples, ordre cosmique ou puissances naturelles, esprits des morts ou du progrès – générant autant de modèles pétrifiés les uns après les autres… Théâtre, danse, sculpture, musique, peinture, jeux olympiques, architecture : tout fut d’abord sacré. Mais à mesure que l’homme s’affranchit de ses croyances, cet Au-delà cesse d’être questionné. Au final, l’homme se regarde lui-même dans un miroir géant.

  Après que le dernier miroir ait éclaté, l’individu continuera à se laisser hypnotiser par la déferlante de ses reflets : fragments toujours plus petits, mais toujours plus grossissants… De tout cela, Debray nous dit : « Vertige du miroir : de plus en plus les médias nous parle des médias. Et dans les journaux la page « communication » grandit en diminuant d’autant les informations (du monde extérieur), tant il est vrai que dans un monde intégralement médiatisé, les médiations ne peuvent plus que se médiatiser elles-mêmes, jusqu’à gommer cette case vide, ce manque extérieur qui avait jusqu’ici structuré comme un remords notre for intérieur et qu’on appelait le « réel »[3] ».

miroir

  Dans les années 1980, il n’est même plus utile de recourir à l’art pour fasciner le public. La mode et la publicité s’en chargent directement. De fait, c’est la mode qui deviendra bientôt l’art total. Du phénomène de rue spontané à la stratégie marketing hautement réfléchie : tout s’achemine vers la mode. Chaque marque y élabore son image du moment. Toute icône du spectacle ou des arts (quels qu’ils soient) est potentiellement aussi une icône de la mode. Et toute figure charismatique endosse tôt ou tard la fonction de vitrine ambulante. D’où que vienne la notoriété, la mode s’occupe de la capter et de l’intégrer à ses mouvances. Mais la muse professionnelle n’est ni chanteuse, ni actrice, ni danseuse, ni sportive, ni aventurière ; elle n’exprime aucun autre univers que celui de la marque qu’elle représente. C’est un mannequin. Une image sur papier glacé. Une créature éthérée qui défile sur un podium, et dont le corps élancé, parfaitement harmonieux, ne doit jamais attirer l’attention sur une particularité. Tout doit être lisse, de sorte à pouvoir incarner l’image commanditée. Dans les années 1990, les tops models seront les stars par excellence. Les seules vraiment lointaines, vraiment inaccessibles… En fait, certaines d’entre elles attireront quand même notre attention sur des particularités plus ou moins contre-indiquées ; mais qu’il s’agisse du grain de beauté d’une Cindy Crawford, de la (petite) silhouette androgyne d’une Kate Moss ou des courbes (trop) généreuses d’une Laetitia Casta, les exceptions ne feront que confirmer la règle. Dans le monde de la mode,  c’est la parure qui doit être mise en valeur, et non les corps. Encore moins l’être… Les corps et les êtres n’ont qu’à se conformer à la parure. L’honneur suprême du corps consiste à incarner une marque ou un grand nom de la couture. Ainsi transfiguré, le corps émerge parfois de l’anonymat. De simple corps, il devient légende. Mais un gouffre immense sépare le mannequin promu au rang de star, du mannequin commercial que rien ne distingue d’un autre. Et pourtant, c’est ici que viendra se nicher le rêve. La nouvelle puissance fantasmatique… Désir d’une pure image. Et plus tard : désir d’une pure notoriété. On désirera être vu, connu, magnifié, révélé au monde par des projections de soi, générant ainsi sa propre valeur marchande.

 

  Dans le même temps, on commence plus résolument à faire appel au narcissisme du public. Mélange de voyeurisme et de vulgarisation de l’image. Petit à petit, l’individu lambda s’aventure sur les plateaux. Avec le reality show, puis la télé-réalité, voici qu’un dispositif (à double tranchant) permet d’accéder à la visibilité, pour le meilleur ou pour le pire. On peut désormais choisir ou éliminer les aspirants à la lumière. Les stars ainsi produites seront souvent moquées, et s’éclipseront presque aussitôt sans le moindre prestige.  Dans le cas contraire, il faudra une justification à l’identification du public – si mince soit-elle. L’apprentie vedette devra mettre à nu autre chose que son désir de reconnaissance. Mais quoi donc ? Son talent, sa beauté, sa candeur, sa folie, sa déchéance, sa volonté, son intimité, ses faiblesses, ses blessures, sa vie… Il y a potentiellement un public pour tout, mais la fascination s’étiole vite. Les ficelles de la mise en scène transparaissent. Le genre se renouvelle en poussant toujours plus loin les limites du regardable. On regarde malgré tout avidement (mais honteusement) ces émissions – sans jamais tout à fait croire à leur « réalité »…

 

  Au vu de ce type de programmes, certains médias tenteront leur propre auto-critique, sans parvenir à briser la logique du miroir déformant.

 En 2010, France 2 diffusera le jeu de la mort : un test scientifique déguisé en jeu télévisuel, ou plutôt, un docu-fiction se donnant pour un test scientifique. Inspiré de l’expérience de Stanley Milgram, le jeu met en scène un candidat (ligoté dans une sorte de capsule), sensé mémoriser des associations de mots, tandis qu’un autre candidat lui inflige une décharge électrique à chaque mauvaise réponse, sous l’œil froid de l’animatrice. Au fur et à mesure du jeu, les décharges augmentent, jusqu’à atteindre une dose mortelle… L’expérience est sensée révéler l’autorité aliénante du dispositif télévisuel. De fait, 80% des cobayes iront au bout du jeu, malgré les cris déchirants de l’acteur ligoté – car il s’agit bien d’un acteur. L’expérience part du principe que les joueurs qui infligent la décharge électrique prennent au sérieux la douleur du candidat, tout comme le dispositif en question. Il est toutefois difficile de savoir si les 80% de tortionnaires sont véritablement sous l’emprise dépersonnalisante du média, ou s’ils se prêtent à la convention implicite du simulacre. Dans le premier cas, le candidat aurait conscience de la gravité de son acte, mais il s’effacerait passivement devant le dispositif ; tandis que dans le second cas, le joueur saurait qu’il joue – tacitement conscient caractère artificiel du dispositif. Au final, est-ce parce que les individus croient en l’autorité de la télévision (jusqu’à pouvoir infliger la mort en direct) qu’ils vont au bout du jeu ? – ou justement parce qu’ils n’y croient pas ? Les choses restent floues.  Au terme de l’expérience, les candidats ayant délibérément mis un terme au jeu, parce qu’ils craignaient réellement pour la vie de l’acteur, reçoivent des félicitations. C’est alors qu’on leur révèle que le dispositif est faux et que l’acteur faisait semblant. Quant aux candidats qui sont allés jusqu’à l’exécution finale (qu’ils y aient cru ou pas), le documentaire ne nous livre pas leurs réactions, mais ils seront stigmatisés. La principale critique que soulèvera cette émission réside dans le procédé – lequel consiste à dénoncer le cobaye qui vient de tomber dans le piège qu’on lui a tendu. Le programme n’en dénonce pas moins les dérives d’une télé-réalité toujours plus trash ou toujours plus vulgaire, mais par une étrange pirouette, seul l’individu se retrouve responsabilisé. A la fois juge et manipulatrice, pédagogue et corruptrice, cette télévision finit par se mordre la queue. Au final, le système dénoncé s’efface. Etape par étape, il se déconstruit, laissant l’individu face aux projections les plus avilissantes de lui-même – seul coupable de les avoir alimentées.



[1] Régis Debray, Vie et mort de l’Image (1992) Editions Gallimard, pages 374, 375.

[2] Ibid., page 422.

[3] Ibid., page 416.

 

Par Elisabeth - Publié dans : Dossiers privés
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Mercredi 14 mars 2012 3 14 /03 /Mars /2012 13:18

En guise d'introduction aux deux extraits de "La machine démonologique" déjà publiés sur le site...

 

II – Les déclinaisons du diable.

 

  Tout d’abord, ne confondons pas diable et démon. Si le démon joue (généralement) le rôle de l’adversaire ou de l’obstacle qu’il faut combattre en soi afin de gravir les échelons de la sagesse, le diable est quant-à lui luciferune divinité plus ancienne – un dieu ou un modèle que la nouvelle religion a prudemment diabolisé. Le mythe de l’ange déchu est sans doute le motif de cette confusion entre les deux. Dans l’Apocalypse de Jean, Satan est assimilé au « serpent ancien ». Quant à l’ange rebelle, nous n’en retrouvons la trace que dans le Livre d’Hénoch (lequel est un texte apocryphe distillé dans la tradition). Le terme Lucifer – porteur de lumière – a simultanément qualifié l’orgueil des rois de ce monde (dans son acception négative) et la lumière christique, dans son (acception positive). Il en résulte là encore une confusion. La tradition finira par associer ce terme à l’ange déchu, à Satan, puis au serpent… Mais l’ange est autre que le serpent ; et le serpent est autre que le tentateur. Ici, le diable correspond à d’anciennes forces telluriques ; là, le démon s’associe à la subversion prométhéenne… Initialement, dans la religion juive, le « satan » tient le rôle d’un accusateur. Satan soumet l’homme à l’épreuve de l’absence de Dieu et plaide pour le néant. Il est celui qui sépare l’homme de l’Eternel, et le place face à lui-même. Telle est sa fonction ; il ne possède aucun pouvoir en propre, si ce n’est celui de la négation et de l’autodestruction… Diable, démon, Satan, Lucifer : chacun de ces termes renvoie à des acceptions différentes – qui finiront pourtant par désigner la même chose dans l’imaginaire collectif. Mais examinons le diable de plus près…

  Le plus souvent issu de croyances et de mythologies obsolètes, le diable est un contre modèle. Il est toujours dérivé d’un symbole mort ou étranger… Dia-bolique est tout ce qui divise. Sym-bolique, tout ce qui rapproche[1]. Il surgira aussi bien d’une idée, d’une mouvance, d’une image, d’une mémoire – toutes choses débordant le cadre du modèle dominant. Dans bien des cas, les croyances anciennes seront recyclées. Mais si l’ancien modèle est trop contradictoire, c’est sa diabolisation qui adviendra. Par exemple, les dieux à cornes ou à sabots du paganisme ont fourni des images du diable en abondance. Quant aux antiques philosophies, elles se sont muées en hérésies. C’est donc toujours en deçà ou par delà les cadres normatifs que nous croisons le diable…

 



[1] Régis Debray, Vie et Mort de l’image (1992), Editions Gallimard, page 82.

Par Elisabeth
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Mercredi 14 mars 2012 3 14 /03 /Mars /2012 12:06

Un nouvel extrait de "La machine démonologique"... Manuscrit qui, je pense, restera à l'état de manuscrit... Que ceux que ça intéressent en profitent donc ici !

 

angers bete dragon 

 

II – 2. Le nombre de la bête.

 

  Si le serpent n’est pas explicitement associé au diable dans l’Ancien Testament, c’est en revanche bien le cas dans l’Apocalypse de Jean. L’introduction de ce texte dans le canon de l’Eglise semble avoir posé des problèmes jusqu’au IVème siècle en Occident. Quant à l’Eglise orthodoxe d’Orient, le texte y suscitera des discussions polémiques jusqu’au Xème siècle...

  Le récit de l’Apocalypse n’est pas seulement une prophétie de la fin des temps ; il récapitule également l’histoire de la chrétienté depuis la naissance de Jésus (dans un langage fort imagé). La vierge Marie y est décrite dans les douleurs de l’enfantement, guettée par un dragon rouge – impatient de dévorer son nouveau né. Peu après cette naissance, Satan et ses anges nous sont montrés tombant du ciel : «  Et il y eut guerre dans le ciel. Michel et ses anges combattirent contre le dragon. Et le dragon et ses anges combattirent, mais ils ne furent pas les plus forts, et leur place ne fut plus trouvée dans le ciel. Et il fut précipité, le grand dragon, le serpent ancien, appelé le diable et Satan, celui qui séduit toute la terre, il fut précipité sur la terre, et ses anges furent précipités avec lui [1]».

  Or, si nous avions déjà bien du mal à définir le serpent, le diable et les démons, voilà que l’Apocalypse nous pose des difficultés supplémentaires – notamment à travers la figure de la bête. En effet, une bête surgit et subjugue bientôt le monde entier. Dans le texte, cette bête est légitimée par le dragon, de même qu’elle reçoit le trône et la puissance. Jean nous la décrit comme suit : « Puis je vis monter de la mer une bête qui avait dix cornes et sept têtes, et sur ses cornes dix diadèmes, et sur ses têtes des noms de blasphème. La bête que je vis était semblable à un léopard; ses pieds étaient comme ceux d'un ours, et sa gueule comme une gueule de lion. Le dragon lui donna sa puissance, et son trône, et une grande autorité, et je vis l'une de ses têtes comme blessée à mort; mais sa blessure mortelle fut guérie. Et toute la terre était dans l'admiration derrière la bête. Et ils adorèrent le dragon, parce qu'il avait donné l'autorité à la bête; ils adorèrent la bête, en disant: qui est semblable à la bête, et qui peut combattre contre elle ? Et il lui fut donné une bouche qui proférait des paroles arrogantes et des blasphèmes; et il lui fut donné le pouvoir d'agir pendant quarante-deux mois, et elle ouvrit sa bouche pour proférer des blasphèmes contre Dieu, pour blasphémer son nom, et son tabernacle, et ceux qui habitent dans le ciel, et il lui fut donné de faire la guerre aux saints, et de les vaincre. Et il lui fut donné autorité sur toute tribu, tout peuple, toute langue, et toute nation[2] ».

 

  Et comme si les choses n’étaient pas assez compliquées, voici qu’une seconde bête vient bientôt rejoindre la première. Au terme de cette nouvelle description, Jean lance un défi à ses lecteurs – celui de calculer le nombre de la bête. Il écrit : « Puis je vis monter de la terre une autre bête, qui avait deux cornes semblables à celles d'un agneau, et qui parlait comme un dragon. Elle exerçait toute l'autorité de la première bête en sa présence, et elle faisait que la terre et ses habitants adoraient la première bête, dont la blessure mortelle avait été guérie. Elle opérait de grands prodiges, même jusqu'à faire descendre du feu du ciel sur la terre, à la vue des hommes, et elle séduisait les habitants de la terre par les prodiges qu'il lui était donné d'opérer en présence de la bête, disant aux habitants de la terre de faire une image à la bête qui avait la blessure de l'épée et qui vivait. Et il lui fut donné d'animer l'image de la bête, afin que l'image de la bête parlât, et qu'elle fît que tous ceux qui n'adoreraient pas l'image de la bête fussent tués. Et elle fit que tous, petits et grands, riches et pauvres, libres et esclaves, reçussent une marque sur leur main droite ou sur leur front, et que personne ne pût acheter ni vendre, sans avoir la marque, le nom de la bête ou le nombre de son nom. C'est ici la sagesse. Que celui qui a de l'intelligence calcule le nombre de la bête. Car c'est un nombre d'homme, et son nombre est six cent soixante-six[3] ».

 

  Au cours de l’histoire, on a cru percer le secret de ce nombre en de multiples occasions, mais l’énigme reste ouverte. Puisque la suite du texte nous confirme que les bêtes en question sont une allégorie des royaumes de la terre, l’histoire nous fournit une profusion de noms de souverains, de chefs ou de tyrans. On proclama tour à tour que le fameux nombre renvoyait à César, à Néron, à la papauté romaine, à Mahomet, à Luther... Certains découvrirent le nom d’Hitler dans le nombre 666. D’autres allèrent même jusqu’à y voir Jésus lui-même.

  Essayons toutefois de nous en tenir à des références cohérentes avec la tradition dans laquelle s’inscrit Jean. Car bien qu’il prophétise sur les temps à venir, il s’adresse à ses contemporains dans une époque troublée. Pour autant que ce texte ait vraiment une signification (il est permis d’en douter), les solutions les plus convaincantes se réfèrent le plus souvent au corpus biblique. Nous nous bornerons ici à trois hypothèses.

 

  La tradition chrétienne a longtemps identifié l’auteur de l’Apocalypse à Jean l’évangéliste. Et quoique la chose soit aujourd’hui difficile à soutenir, certains théologiens pensèrent découvrir la clef de l’énigme dans le verset 66 du chapitre 6 de l’évangile de Jean. Or, le verset en question décrit une apostasie. En effet, nous y découvrons un Jésus abandonné par une grande partie de ses disciples : « A partir de ce moment, beaucoup de ses disciples s'en allèrent et cessèrent de marcher avec lui [4]». Quelques versets plus haut, Jésus proclamait qu’il fallait manger sa chair et boire son sang pour avoir la vie éternelle. Prenant la chose au sens littéral, de nombreux disciples s’en trouvaient choqués et dégoûtés. C’est donc pour cette raison qu’ils s’éloignèrent de lui.

  Mais si le verset 66 du chapitre 6 relate à la fois une action réprouvée (le reniement du messie), une incompréhension ou à un défaut de sagesse (quant à la signification de la chair et du sang dans la bouche de Jésus), on se demande quand même en quoi tout cela correspond à la bête – laquelle est décrite comme un véritable système permettant d’acheter, de vendre et d’identifier chaque individu par sa marque. A défaut d’une réponse pleinement satisfaisante, passons à la seconde hypothèse.

  The number of the beast is 666, William Blake

 

 Dans le livre des Rois I, nous retrouvons le nombre 666 associé à la sagesse et la prospérité de Salomon : « Le poids de l'or qui arrivait à Salomon chaque année était de six cent soixante-six talents d'or, outre ce qu'il retirait des négociants et du trafic des marchands, de tous les rois d'Arabie, et des gouverneurs du pays[5] ». Le nombre de la bête se présente alors comme un « chiffre d’affaire » ou un impôt.

 Plus précisément dans ce chapitre, le fils de David vient de recevoir la visite de la reine de Saba –  curieuse de voir l’étendue de sa sagesse par elle-même et de l’éprouver par des énigmes. Salomon ayant répondu à toutes les questions de la reine, cette dernière s’écrie : « C'était donc vrai ce que j'ai appris dans mon pays au sujet de ta position et de ta sagesse! Je ne le croyais pas, avant d'être venue et d'avoir vu de mes yeux. Et voici, on ne m'en a pas dit la moitié. Tu as plus de sagesse et de prospérité que la renommée ne me l'a fait connaître. Heureux tes gens, heureux tes serviteurs qui sont continuellement devant toi, qui entendent ta sagesse!  Béni soit l'Éternel, ton Dieu, qui t'a accordé la faveur de te placer sur le trône d'Israël! C'est parce que l'Éternel aime à jamais Israël, qu'il t'a établi roi pour que tu fasses droit et justice[6] ». Sur ce, elle lui fait de somptueux présents et s’en retourne dans son pays – non sans avoir elle-même reçu quelques bienfaits du roi. Dans la suite du texte, les richesses de Salomon sont décrites en détail. On y apprend aussi que ce souverain fut le plus grand de la terre, tant par la fortune que par l’intelligence, et qu’il rendit l’argent aussi abondant que les pierres à Jérusalem[7]

  Ces descriptions semblent d’abord se présenter comme des louanges, mais dans le chapitre suivant, l’Eternel s’irrite contre Salomon et lui suscite des ennemis. Quelle en est la raison ? Il nous est expliqué que Salomon aima beaucoup de femmes étrangères (le texte mentionne sept cent épouses et trois cent concubines), et que celles-ci détournèrent son cœur vers leurs idoles. Après avoir bâti un temple pour son Dieu, le roi réduisit à néant son œuvre en bâtissant également des lieux de culte pour Moloch, Kemosch et Astarté sur la montagne qui fait face à Jérusalem. L’Eternel avait pourtant rendu Salomon prospère parce que, de tous les dons qu’Il se proposait d’accorder au jeune homme, celui-ci n’avait demandé que la sagesse. A cela, l’Eternel avait répondu : « Puisque c'est là ce que tu demandes, puisque tu ne demandes pour toi ni une longue vie, ni les richesses, ni la mort de tes ennemis, et que tu demandes de l'intelligence pour exercer la justice. Voici, j'agirai selon ta parole. Je te donnerai un cœur sage et intelligent, de telle sorte qu'il n'y aura eu personne avant toi et qu'on ne verra jamais personne de semblable à toi. Je te donnerai, en outre, ce que tu n'as pas demandé, des richesses et de la gloire, de telle sorte qu'il n'y aura pendant toute ta vie aucun roi qui soit ton pareil[8] ». Mais une fois la sagesse de Salomon dévoyée, l’Eternel ne tiendra plus le même discours : « Puisque tu as agi de la sorte, et que tu n'as point observé mon alliance et mes lois que je t'avais prescrites, je déchirerai le royaume de dessus toi et je le donnerai à ton serviteur[9] »...

 

  Dans la mesure où le dragon correspond effectivement aux anciennes représentations de la sagesse, et que la prospérité qui en découle correspond à son tour à un système bien organisé dans lequel on peut acheter et vendre, alors, les 666 talents d’or du roi Salomon offrent une réponse intéressante à l’énigme de la bête.

  Néanmoins, l’auteur de l’Apocalypse ne nous demandait pas de retrouver le nombre de la bête dans les textes, mais de le calculer. Si nous n’avons toujours pas satisfait à sa demande, abordons maintenant une troisième hypothèse.

 

   De quoi le nombre 666 est-il la gloire, sur un plan purement mathématique ? Notons que la chose a déjà été remarquée bien souvent… Le nombre 666 est la gloire de 36 : nombre triangulaire. En effet, lorsqu’on additionne tous les nombres de 1 à 36 sans discontinuer, on obtient 666. Certes, mais quelle est la signification du 36 ? C’est le carré de 6. Sommes-nous plus avancés ? L’auteur de l’Apocalypse précise que 666 est un nombre d’homme. Or, dans la genèse, l’homme est créé le sixième jour. En poussant le raisonnement jusqu’au bout, nous pourrions dire 666 est la gloire de 6 x 6 – soit la glorification de l’homme par l’homme.

  A vrai dire, nous ne sommes pas à l’aise avec ce genre de calcul, mais nombre de théologiens ont soutenu que les textes avaient été codés et chiffrés à dessein ; il s’agit donc d’une piste qu’il nous faut explorer.

 

  Au sixième jour, Dieu créa les bêtes et les humains. Ce même jour, il commanda à l’homme de remplir la terre et de la dominer. Pourtant, il faut noter qu’à ce moment, la création n’est pas encore achevée et que le projet final de Dieu ne consiste nullement dans la domination de la nature par l’homme. Mais reprenons le texte mot à mot : « Dieu dit: Que la terre produise des animaux vivants selon leur espèce, du bétail, des reptiles et des animaux terrestres, selon leur espèce. Et cela fut ainsi (…) Puis Dieu dit : Faisons l'homme à notre image, selon notre ressemblance, et qu'il domine sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, sur le bétail, sur toute la terre, et sur tous les reptiles qui rampent sur la terre. Dieu créa l'homme à son image, il le créa à l'image de Dieu, il créa l'homme et la femme. Dieu les bénit, et Dieu leur dit: Soyez féconds, multipliez, remplissez la terre, et l'assujettissez; et dominez sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, et sur tout animal qui se meut sur la terre.  Et Dieu dit: Voici, je vous donne toute herbe portant de la semence et qui est à la surface de toute la terre, et tout arbre ayant en lui du fruit d'arbre et portant de la semence: ce sera votre nourriture. Et à tout animal de la terre, à tout oiseau du ciel, et à tout ce qui se meut sur la terre, ayant en soi un souffle de vie, je donne toute herbe verte pour nourriture. Et cela fut ainsi. Dieu vit tout ce qu'il avait fait et voici, cela était très bon. Ainsi, il y eut un soir, et il y eut un matin: ce fut le sixième jour[10] ».

 

  Au septième jour, il est écrit que Dieu acheva son œuvre et qu’il se reposa. Le 7 est le chiffre divin par excellence. Cet achèvement n’est pas une création supplémentaire, mais il révèle sa finalité. Chacun des jours de la création s’inscrit en fait dans une évolution dont chaque étape se chiffre en millénaires. Or, le septième jour, Dieu sanctifie sa création et la fait entrer dans son éternité. C’est le jour de la communion entre tous et tout. Le septième jour pourrait être un jour éternel, mais entre temps, nous avons vu que la terre a été maudite. L’homme se serait donc exclu du septième jour en rapportant sa connaissance à lui-même. Il ne parvient plus à saisir le sens de la vie en dehors de la domination de la terre et de ses productions. Dans ce système de domination inachevé, tout échange est nécessairement codifié par des rapports de pouvoir – toujours à la gloire de l’homme, et au prix qu’il décide. Mais en demeurant tributaire de tels rapports de force, l’homme s’abaisse au niveau de la bête, et passe à côté de sa véritable vocation.

  Telle est notre dernière interprétation du nombre de la bête (si tant est que cette bête ait un sens)…



[1] Apocalypse, chapitre 12 : 7.

[2] Ibid., 13 : 1.

[3] Ibid., chapitre 13 : 11.

[4] Evangile de Jean, chapitre 6 : 66.

[5] Rois, chapitre 10 : 14.

[6] Rois I, chapitre 10 : 9.

[7] Rois I, chapitre 10 : 27.

[8] Rois I, chapitre 3 : 11.

[9] Rois I, chapitre 11 : 11.

[10] Genèse, chapitre 1 : 26.

Par Elisabeth
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Jeudi 17 novembre 2011 4 17 /11 /Nov /2011 09:54

    

Voici maintenant un petit extrait des mes travaux actuels, sur un thème obsédant... Et parcequ'il faut aussi alimenter ce labyrinthe de temps en temps...

femme serpent naja 

II – 1. Les métamorphoses du serpent.

 

 

  Presque aussi vieux que le tracé du labyrinthe, le serpent correspond d’abord aux cycles du temps. C’est un autre Eternel – celui de la nature, de la matière et du cosmos. L’Ouroboros est représenté se mordant la queue, toujours sur le point de se dévorer lui-même. En cela, il porte des valeurs destructrices, mais c’est également de lui que procède toute régénération. Nous l’avons déjà croisé sous le nom de Vrtra dans la mythologie védique. Nous le croiserons encore chez bien d’autres peuples…

 

  A l’origine, le serpent arbore un double visage ; il gardera surtout une acception maléfique en Occident. Déjà dans l’Egypte ancienne, le serpent Apophis est une personnification du chaos et des forces ténébreuses. Chaque jour, le dieu Rê lui livre un nouveau combat pour que le monde ne sombre pas dans la matière indifférenciée. Mais un serpent plus vieux précède Apophis : Atoum, le démiurge incréé qui, prenant conscience de lui-même, jaillit soudain des eaux. C’est aussi à travers lui que Rê doit se frayer un passage pour que le jour renaisse à nouveau le jour suivant. Sous le nom d’Atoum-Rê, il est à la fois solaire et chthonien. Au terme de sa course dans le ciel, il rejoint donc le monde invisible sous forme de serpent. Toujours associé aux eaux primordiales, le serpent géant apparaît dans la mythologie nordique, sous le nom de Jörmungand. Il est celui qui entoure le monde de son corps. Décrit comme un être monstrueux, il sera terrassé par Thor d’un coup de marteau.

Après la christianisation des scandinaves, ce même Jörmungand sera assimilé au Léviathan et au dragon de l’Apocalypse.

 

world serpent distribution ouroboros 

 

 

  Il semblerait donc que le caractère obscur du serpent ait largement précédé la Révélation, mais il ne sera purement maléfique qu’après elle. La Bible ne prend même pas la peine d’expliquer l’irruption de ce malin reptile dans l’Eden –  étant au monde depuis toujours…

 

Chez les peuples amérindiens, l’image du serpent se rapproche toutefois davantage de celle du sauveur que d’un dragon sanguinaire. En effet, Quetzalcóatl (le Dieu-Serpent à plumes que l’on retrouve chez les aztèques, les toltèques, les mixtèques et les mayas) serait descendu dans le monde souterrain pour y arroser les ossements des ancêtres de son propre sang afin de leur rendre la vie. Dieu de la résurrection et de la fertilité, Quetzalcóatl symbolise aussi la connaissance. Chez les aztèques, il était le patron des prêtres. C’est encore comme symbole de la connaissance que nous retrouvons le serpent dans le culte Vaudou africain. Originaire du Dahomey (Bénin), le serpent Damballah-Wedo est l’esprit de la sagesse et de la fertilité. Il est celui qui transmet les savoirs occultes. Chez le peuple Fon, le serpent Damballah correspond à Dan. Il s’agit ici du Python cosmique qui soutient l’univers... En Inde, parmi les serpents nagas, nous trouvons Ananta – lequel a également pour tâche de soutenir l’univers. Ayant renoncé à la nature maléfique des nagas, Ananta se tourne vers l’ascèse avant de devenir la couche de Vishnu. C’est effectivement sur le dos de l’éternel serpent que repose le dieu protecteur lorsque l’univers se dissout puis se régénère… Ni totalement cosmique, ni réellement terrestre, le serpent arc-en-ciel des aborigènes australiens, serait plus précisément une entité onirique et spirituelle dont les mouvements engendrèrent la matière. Survenu au « Temps du Rêve » ce serpent façonna le paysage et creusa les cours d’eau au fur et à mesure de ses ondulations sur la terre. Le serpent arc-en-ciel sommeille au plus profond des traces qu’il a laissées, mait il resurgit dans toute sa puissance créatrice lors des rites qui dévoilent l’interdépendance des êtres et des éléments…

 

serpent arc en ciel

 

Extrait de la partie II, Les déclinaisons du diable. Les métamoorphoses du serpent. Dans la Machine Démonologique.

Par Elisabeth - Publié dans : Dossiers privés
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Samedi 23 juillet 2011 6 23 /07 /Juil /2011 11:58

gene Tierney

 

 J'ai appris que Gene Tierney (étendue ci-dessus) fut surnommée la "folle d'Hollywood" à partir du moment où sa carrière déclina... Celle qui incarna l'inoubliable Laura d'Otto Preminger souffrait donc de troubles psychiques. Tout comme Rita Hayworth qui incarna Gilda avant de sombrer dans la maladie d'Alzheimer, tout comme Vivien Leigh qui incarna notamment Scarlett O'Hara et souffrait du syndrome bipolaire... Sans parler de l'extrême fragilité psychique de Marilyn...  Plus près de nous, il y a aussi Catherine Zeta Jones qui assume désormais publiquement d'être maniaco dépressive... La liste est sans doute bien plus longue. Le fait d'être un mythe ou un fantasme est-il totalement étranger à ces troubles de l'humeur et de la personnalité ? Certes, les anonymes ne sont pas un reste. Mais il semble que les métiers qui nécessitent de grandes exaltations, une conscience aiguisée des limites qui séparent la personne du personnage ou le réel de l'illusion, ont peut-être quelque chose de plus vertigineux qu'ailleurs...  

 

Mais puisqu'à ce jour (star ou pas star)  nous devons tous jouer avec notre image, la folie aura de quoi faire ...

 

  2012-04-07 13-09-30.726

 

 

Par Elisabeth - Publié dans : Labyrinthe cérébral
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