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Je ne parle que par images... Il faut chercher le fil d'Ariane. Humm oui, le retrouver, ce n'est pas gagné. Mais enfin, bonne route ! S'il en est ... 

     

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IMAGES ALEATOIRES. LES THEMATIQUES DU LABYRINTHE...

Visages mythiques et têtes de morts... Passage initiatique... Femmes fatales et vilains messieurs... Textes sacrés et chants profanes...

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Cycles de vie et de mort... Schizophrènes et déesses reptiliennes... Soleils noirs... Envers des décors... Déluges... Irruptions... Feux, fièvres et sang... Jardins de Chine... Faunes humaines... Mondes engloutis... Energies fossiles et âmes fossilisées... Oeuvres divines et mortelles...




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26 juin 2010 6 26 /06 /juin /2010 15:36

 

le jardin des délices de jerome Bosch

Quel peut être le dénominateur commun entre un peintre néerlandais du XVème siècle, un peintre afro cubain né d'un père chinois à l'époque des idéologies meutrières du dernier siècle, un peuple aborigène d'Australie cheminant déspérement à travers le Temps du Rêve, et un jeune artiste congolais inspiré par l'Espagne de Dali ?

wifredo lam jungle

Au fond, je l'ignore... Mais pour ce qui est de la forme, il y a là un symbolisme, un mysticisme, un hermétisme, un langage double ou triple qui ne se laisse pas saisir, un enchevètrement d'images, d'idées, de petits points. En somme : un labyrinthe.

 

RIVER OF LIFE

Un univers intimiste par touches, et collectif par nuances... Univers dont la beauté picturale est toujours prête à basculer dans une émotion ambigue. Etrangeté, angoisse, violence, enfers ? Je m'abstiendrai donc aujourd'hui de construire une critique et me contenterai de nommer les quatre auteurs des images qui tournoient dans ma tête depuis le levé du jour...

 Dans l'ordre d'apparition : Le jardin des délices de Jérome Bosch. Jungle de Wifredo Lam. La rivière de la vie du peuple aborigène (je n'ai pu trouver le nom de l'initié en question). Et la Bombe anatomique de Daddy Nganga Puati. A contempler sans modération...

 

Bombe anatomique Daddy Nganga Puati

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21 mai 2010 5 21 /05 /mai /2010 14:58

Michel-Onfray_Le-crepuscule-d-une-idole.jpgL'autre jour, je me suis rendue à la fnac, spécialement pour jeter un oeil à ce nouveau livre iconoclaste : Le crépuscule d'une idole.  Je n'ai jamais été fan de Freud (je préfère l'approche de Jung, peu apprécié en France), mais au final, je suis rentrée chez moi avec le petit traité d'athéologie d'Onfray...

A ceux qui attendraient une critique claire et construite, je fais par avance mes excuses, car mon impression sur le sujet est des plus mouvantes.

Briseur d'icones par vocation, Michel Onfray semblait plutôt favorable à la psychanalyse dans son traité d'athéologie (ouvrage antérieur au crépuscule d'une idole). Nulle parole venimeuse à l'égard de Freud n'y a effleuré mon tympan. En effet, Freud partage avec Onfray une même vision du "mythe" en tant que système infantilisant, mais aucun d'eux ne semble en percevoir toute les nuances... Mythe et Croyance sont aussi distincts l'un de l'autre que le signe et le sens, quoique éternellement susceptibles de s'amalgamer (Onfray ne ratera pas Freud là dessus). Or ces deux "philosophes" n'étudient que l'échafaudage mythique et se persuadent ensuite que l'appréhension consciente des structures symboliques est déjà une fin en soi. Mais revenons au traité d'athéologie. Ce petit ouvrage fort documenté dévoile surtout de hauts monticules de superstitions, de contradictions, d'invraisamblances historiques et de ruses aliénatrices. En somme, rien de nouveau, car partout où émerge le pouvoir par le savoir,  rôde aussi le détournement. Si la sagesse s'est d'abord transmise par tradition orale (même dans les régions où l'écriture était maitrisée), ce n'est peut-être donc pas par défaut d'outils rédactionnels, mais au contraire par choix. Les époques où l'oralité passe soudain à la transmission écrite, sont toujours des époques de trouble où domine la peur de l'oubli... On sauve alors ce qu'on peut : des mots, des gestes, des fables, mais l'essentiel est déjà hors de portée (ou bien, il se transmet ailleurs, dans l'intimité des expériences humaines). Sur ce terrain, on n'évite jamais les raccourcis, le mythe, les ornements, les fioritures, les personnages "conceptuels", sensés rémédier à l'amnésie...

Bref, le positionnement d'Onfray en matière de croyance est explicite : d'une logique implacapble, mais absolument dénué d'intuition (domaine si propre à la Femme qu'il flatte pourtant à longueur de phrases). Adepte du scepticisme assumé, fort doué pour reconnaître la main du faussaire dans toute narration historique ou pour identifier le basculement dans la douce illusion des certitudes (divines ou scientifiques), l'auteur démonte, démembre, gratte, compare et réfute tout ce qui tombe entre ses mains. Certains commentaires personnels sont pourtant étonnants de bêtise. Une bêtise discrète, certes. Une bêtise humble, et presque naïve, si j'ose dire... Celle de celui qui croit à la croyance des croyants (voir l'ouvrage de Latour). En effet, les systèmes de médiations et de transmission sont toujours reconstruits, toujours sujets au débat et à la division, toujours faux, en somme, parcequ'ils sont là pour désigner autre chose qu'eux-mêmes. Cette "autre chose" qu'Onfray ne conçoit qu'en tant qu'arrière-monde ou maladie mentale, nous pourions la comparer à une impulsion, cet élan incompréhensible qui nous pousse parfois vers un but incommunicable. Par exemple : l'impulsion d'un jeune homme accompli qui abandonnerait de brillantes études pour parcourir la jungle, aller jouer de la flûte, ou qui s'enflammerait tout à coup pour une jeune fille traité d'atheologiepauvre et laide, sous l'oeil inquiet de ses parents et amis qui ne comprendraient pas ce qu'il lui trouve... Impulsion irrationnelle, donc, mais propre à l'histoire humaine, laquelle se manifeste ainsi dans bien d'autres configurations, et dont on ne saurait se défaire sans renoncer à soi-même. Cette "autre chose" ne se discute pas, sauf si l'individu en question en vient à construire toute une théorie pour justifier son inclination et l'ériger en nouvelle norme. L'exception devenue règle ! Le génie du singulier dont la volonté s'impose à tous collectivement. L'idéologie comme remède à la négation d'une particularité (mais bientôt comme nouvelle source de négation)... Religion, science, politique, art : les représentations et les explications du monde changent au gré des hommes d'élite, mais elles ne changent que lorqu'une autre vision a acquis suffisamment d'ampleur pour remplacer la précédente.

Dans son traité d'athéologie, Onfray tente d'ériger l'athéisme en institution (impulsion narcissique ou tentation de construire un système bien à lui ?). Il identifie un corpus de puristes (sans mélange de déisme ou de spiritualisme athée) et s'inscrit dans la lignée de Nietzsche. Tout un programme. Remarquons que Monsieur Onfray use toujours d'une étrange méthode pour susciter à coup sûr l'indignation qui le possède lui-même, et qui consiste à amalgamer l'objet de sa critique avec le régime nazi. Cet usage de l'amalgame existe dans le traité d'athéologie quant à la sympathie du vatican pour le régime Hitlérien (enfin, pour l'extrême droite en général, puisque la chose découle naturellement des monarchies de droit divin). Il existe aussi dans "le crépuscule d'une idole", à l'égard d'un lien occulte entre psychanalyse et nazisme... Pour ma part, je trouve ce lien plus crédible avec le système capitaliste (voir l'anti oedipe).

Quoiqu'il en soit,  ces livres méritent d'être lus avec "scepticisme", comme il se doit, quant aux intentions de son auteur (délivrer le monde de l'illusion, humm?)... En ce qui concerne Freud, misogyne certes, mais ouvert et nullement répressif (telle est l'avancée), je ne peux qu'approuver l'opération de démystification, quoiqu'il n'y ait rien à offrir en remplacement de la psychanalyse, et que l'individu d'aujourd'hui n'ait pas encore fini de discourir avec son "inconscient"...

 

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12 mai 2010 3 12 /05 /mai /2010 22:30

nosferatu-et-adjani.jpg S'il est une créature fondamentalement répulsive qui n'a eu de cesse de cultiver l'ambiguité jusqu'à la plus subtile attraction, c'est bien le vampire.

Ce cadavre ambulant qui fut longtemps hideux dans les mythologies les plus diverses, acquiert (presque soudainement) un charme inattendu... La chose se révèle dans la littérature du XIXème siècle, au crépuscule d'un monde... Avec l'industrialisation, l'exode rural et la sécularisation, l'univers change de face. L'espoir d'avenir est grand, mais la nostalgie apparait presque aussitôt... Le vampire de Polidori en 1819, la morte amoureuse de Théophile Gautier en 1836, la Carmilla de Sheridan le Fanu en 1872, jusqu'au Dracula de Bram Stocker en 1897, constitueront le terreau d'imageries qui ne s'évanouiront ni au siècle suivant, ni au XXIème. Le vampire, peu à peu, s'éloigne des forêts obscures, des châteaux isolés, et se normalise. Ce maître du temps passé, issu de la noblesse guerrière, devenu rebelle à l'Eglise (selon le roman de Stocker), se retrouve donc à errer sans âme dans un monde qui ne lui reconnait plus aucune place, contraint de sucer le sang des vivants et de faire illusion. Or voilà justement à quoi l'individu déraciné des temps modernes va pouvoir s'identifier. Un parasite, certes. Un prédateur, mais souvent porteur d'une mémoire, collectionneur d'objets précieux, pourvu d'une culture, d'une histoire immense, d'un savoir vertigineux, d'un pouvoir surnaturel, et pourtant... impuissant devant un rayon de lumière ou le coeur d'un être humain. 

 Notifions expressément la beauté envoutante dont est presque toujours agrémenté notre cher parasite.

vampires3 

Le vampire est une image vide qui attire et aspire l'essence de ceux qu'il séduit. Un pur stimulus, sans espoir d'accomplissement. Une béance impossible à combler. Est-il donc étonnant de retrouver cette thématique dans une telle profusion de fictions contemporaines ? Certainement non. Tout cela est merveilleusement adapté à notre époque. Car après que les temples et les châteaux des anciens mondes se soient reversés, rien ne semble les avoir remplacés, exceptée la soif éternelle d'un peuple de "consommateurs" à la bourse toujours plus molle.

Le vampire, symbole de l'addiction sans fin, tourne en rond dans son caveau ou contamine tous ceux dont il croise le chemin, mais parvient cependant à jouir de sa triste condition, de par la fascination qu'il suscite. La beauté et la jeunesse lui sont indispensables. Que serait-il sans son image ? Un cadavre conscient de son état, et rien de plus. Il faut donc rendre cet état séduisant. Bien qu'il soit (techniquement) mort d'une mort éternelle, il préférera mettre en avant son immortalité. Comme le terme "mort-vivant" se prête au double sens, pourquoi s'en priver ?

 

Le cinéma, cette machine à produire des icones, n'est évidemment pas passé à côté d'un tel personnage. Au début du XXème siècle, le vampire est encore un objet d'horreur, quoique l'érotisme y pointe explicitement le bout du nez. Mais à la fin du siècle, la chose a atteint la fine pointe du star système. Les vedettes du box office, les monstres sacrés, l'élite, l'avant garde : tous sont susceptibles d'incarner le vampire. deneuve vampireCatherine Deneuve et David Bowie dans les Prédateurs de Tony Scott, en 1983, eurent un succès mitigé avant que ce film ne devienne culte. Mais la rencontre avec la conscience populaire ne tardera pas. Dans les années 90, Brad Pitt et Tom Cruise se glisseront à merveille dans la tombe. Dans la première décennie du XXIème siècle, le vampire se fait plus lisse et charmant que jamais. Il s'arrange gracieusement pour ne plus tuer. Il sait se fondre dans la masse et s'adapte désormais au contexte. Sanguinaire, il se contente pourtant de sang de synthèse dans la série True blood, ou de sang d'animal (pour les nouveaux Roméo et Juliette de Twilight). Solitaire, il use d'armes à feu, maîtrise la haute technologie et s'entraine au combat pour défendre son clan, dans les opus d'Underworld. Le voici romantique et protecteur, quoique toujours maudit... Une normalisation toujours plus grande. Un parasitisme toujours plus esthétique. L'acceptation d'une condition humaine universelle, irrémédiable mais sans jugement. Un vampirisme collectif, érigé en idéologie muette. Dans le film Daybreakers, le vampire dicte la norme et contrôle le marché dont la principale source d'énergie n'est autre que le sang humain. Un sang de plus en plus rare, mais une éternité toujours aussi séduisante aux yeux du plus grand nombre... Tant que demeure la séduction, après tout, on peut même trouver du charme à l'horizon d'un vampire... Tel semble être notre nouveau héros récurrent. S'il advenait que le cannibalisme succède au vampirisme avec la même sensualité, peut-être y verrions nous quelque chose d'inquiétant. A méditer...

vampires6

 

 

 

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7 février 2010 7 07 /02 /février /2010 17:56

 
couverture latour, culte moderne des dieux faitichesCe petit livre du sociologue et philosophe des sciences, Bruno Latour, se propose de dégager un passage à travers les deux pôles opposés d’une éternelle illusion : la critique de la croyance et la croyance en la critique.

 
MON APPROCHE DU LIVRE
 

 En effet, y a-t-il vraiment une société fondée sur la raison et les faits d’un côté, confrontée à un monde de projections naïves et dépourvu de tout esprit rationnel de l’autre ?

Avec beaucoup d’humour, Bruno Latour nous rappelle que chacun de nos modèles sont construits, et que c’est en les élaborant qu’ils deviennent vrais à nos yeux. L’homme primitif qui sculpte un dieu de bois et lui attribue après coup des pouvoirs, ne croit pourtant pas à l’objet lui-même mais à la transmission des « savoirs / valeurs » qui se manifestent à travers lui. Les fétiches et les images ne sont que les vecteurs d’un processus plus subtil, et l’auteur fait ici la critique de « l’arrêt sur image ». Il ne s’arrête pas au signe, mais remonte toujours au mouvement dans lequel il s’inscrit et s’articule.

 

De même, les outils par lesquels la Science se constitue (courbes, tableaux, mesures graphiques, etc) sont des représentations, toujours sur le point de se substituer à ce qu’elles représentent… Alors à quoi croit-on, ou ne croit-on pas ? Y a-t-il des signes vrais et objectifs qui viendraient heurter des signes aliénants et barbares ?

Pour Latour, la particularité de l’homme « moderne », c’est qu’il brise ses fétiches (et accessoirement, ceux des autres) de part en part, puis il les rafistole en toute conscience selon un dispositif complexe et se persuade ensuite que ce dispositif l’a libéré, alors que c’est le dispositif lui-même qui devient le fétiche…

Au final, la liberté n’apparaît ni dans l’adoration de la chose inerte érigée au rang de divinité, ni dans le geste du briseur d’idole, venu libérer un peuple d’aliénés. A l'instar du sage qui désigne un astre du doigt, cette liberté se révèle dans le regard qui se porte vers l’astre en question, sans tenter de revenir à l’analyse de l’ongle ou de l’épiderme du doigt qui l’a désigné.

 

Plus que jamais d’actualité quant à la façon d’aborder les signes (ostentatoires ou pas) sans se laisser piéger par eux, ce petit livre attire notre attention sur la dangereuse fragilité de tout système de médiation, pourtant indispensable aux rapports entre les hommes.

 

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31 décembre 2009 4 31 /12 /décembre /2009 18:56


365px-Hypatia %28Charles William Mitchell%29Evoquons aujourd’hui l’histoire de cette femme philosophe qui vécut au IVème siècle de notre ère, au temps où les conflits entre païens et chrétiens s’inversèrent… A cette époque, c’est donc la culture antique qui se vit persécutée, interdite ou renversée, tandis que le christianisme endossait pleinement son rôle de religion d’état, quitte à s’éloigner quelque peu du message originel…


Hypatie d’Alexandrie est entrée dans la légende pour son intelligence hors du commun,sa beauté, sa virginité, son rôle particulier à la tête de l’école platonicienne dans ces temps troublés et, par-dessus tout : pour sa mort dramatique, puisqu’elle fut lapidée, dénudée et mise en pièces dans une église par un groupe de chrétiens fanatiques… Le complot, semble-t’il, fut imaginé par des moines cénobites, désireux de purifier le monde de ce reste d’influence héritée de l’ancienne culture.

Aucun texte ne nous reste de la mathématicienne et philosophe Hypatie ; ouvrages disparus avec tant d’autres dans l’incendie de la grande bibliothèque. Bien qu’on ne sache pas exactement à quelle époque la bibliothèque d’Alexandrie prit feu, il est probable que cette destruction corresponde aux conflits évoqués plus haut, sous le règne de l’empereur Théodose.
Dernièrement, cette histoire a inspiré le réalisateur Alejandro Amenabar, laquelle est déjà un succès en Espagne. Un succès polémique, évidemment, puisque l’Espagne est un pays très catholique, et que le visage arboré par le christianisme dans le film n’est pas très beau à voir. Agora sortira en France le 06 Janvier 2010…

Il semblerait que le réalisateur oppose la sagesse à la foi dans son film.
D’un côté : le doute, la recherche, l’étude et l’observation. De l’autre : le fanatisme, la certitude aveugle et la passion dévastatrice. J’ignore si le film est aussi manichéen que le laisse entendre sa bande annonce. Quoi qu’il en soit (pour ceux qui connaissent un peu la théologie), il n’existe pas réellement d’opposition entre foi et sagesse. En effet, les écritures reconnaissent trois chemins pour atteindre la «  vérité »  :

-          par la nature

-          par la connaissance

-          par la foi

 

Evidemment, dans les faits, il faut bien reconnaître que ces trois voies ne font pas toujours bon ménage et que ceux qui y cheminent jettent bien souvent les uns sur les autres un regard horrifié. Celui qui fait les choses naturellement, sans les avoir apprises, guidé par un instinct fondamentalement droit, est souvent regardé de travers par celui qui cherche à tout expliquer par des raisonnements et des théorèmes, tandis que celui qu’une vocation  mystérieuse anime, se fonde parfois sur un charisme fatalement exclusif, lequel annihile tout esprit critique…

Et pourtant non ! ce sont là des déviances, car  il n’y a pas d’opposition entre ces trois chemins. Les gens qui sont parvenus à la fin de leur parcours ne chipotent pas sur l’itinéraire qu’ils ont emprunté. L’opposition n’existe que pour les gardiens de ces voies respectives – de ceux qui font payer le prix du passage et qui interdisent toute autre route…

800px-sandro-botticelli-021-1.jpg

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26 novembre 2009 4 26 /11 /novembre /2009 21:52

 (Etude extraite du dossier Mythes&Codes)
 

 Il existe un mythe qui semble s’articuler sur la même trame, quelle que soit l’époque ou la région du monde; le mythe de la descente aux enfers... Il se retrouve encore aujourd’hui dans les codes scénaristiques et communicationnels. Sa signification n’est jamais vraiment la même, mais une fois qu’il a été formulé, il semble imposer sa marque à toute une culture… Beaucoup ont cherché à décrypter son sens ultime, bien qu’il s’agisse avant tout d’un processus, et non pas d’un symbole. Mais explorons toujours quelques unes des significations qu’on à donné à ce passage dans l’autre monde…

 

Dans son livre La chasse structurale, Gérard Mendel assimile l’activité symbolique à une sorte de séquelle post-natale correspondant au stade où le nourrisson dépend entièrement de sa mère. C’est ainsi qu’il explique la puissance des déesses-mères, souvent constatée à la source de cultures où la femme ne tient pourtant qu’un rôle de second ordre… Pour illustrer sa thèse, Mendel s’appuie sur un épisode rapporté par Lévi-Strauss, et qui met en scène un shaman de la tribu des Cuga dans la république du Panama.

Ce shaman intervient au cours d’un accouchement difficile, dans un contexte fort évocateur. Il y effectue un voyage jusqu’au séjour de Muu (littéralement assimilée à l’utérus et au vagin) : puissance responsable de la formation du fœtus. Mendel écrit : « Le shaman est le messager entre deux mondes. Orphée primordial, il lui faut aller et revenir (…) Le shaman-pénis pénètre ainsi dans l’Inconscient afin de recouvrer la part de principe vital qu’à reprise à elle indûment Muu, puis il revient dans le monde des hommes. Mais au terme de ce voyage intérieur, une opération est nécessaire : verrouiller le passage emprunté afin que, comme devant, les deux mondes existent bien séparés. »

Pour Mendel, il est explicite que le monde de la nature s’oppose ici au monde de la culture (ou de la société toujours menacée de dissolution par les forces primordiales de la terre-mère). Ce voyage jusqu’au royaume de Muu dont il faudra verrouiller l’issue nous renvoie à la symbolique de la descente aux enfers, de la confrontation à la mort et à l’informe… Bien que le rapport nature/culture varie fortement d’une société à l’autre, il pose ici l’universalité d’un pouvoir acquis sur la nature et rendu manifeste par la soumission de la femme, tout en reléguant dans l’Inconscient les traces de cette lointaine conquête… Nous verrons plus bas que si le mythe de « la descente aux enfers » est bien universel, il prend des formes multiples et donne lieu à une infinité d’interprétations. Celle de Mendel s’appuie largement sur les travaux de Freud et sa théorie sexuelle. Il écrit encore : « A ne percevoir que le contenu manifeste des mythes, on reconnaîtrait certes qu’ils sont élaborés et travaillés à ce niveau apparent par les systèmes structuraux ; mais on laisserait échapper ce qui les a produit et ce qui les reproduit : la lutte entre les sexes.

L’univers des mythes et des religions primitives, peuplé d’entités féminines et maternelles qui deviennent menaçantes si leur pouvoir ne demeure pas contenu à l’intérieur de certaines limites ou si leur autorité est contestée – d’où procède en effet leur puissance ?

D’un désir pour la mère, condamné par le groupe des hommes, et comme tel vécu comme dangereux, de même que l’objet vers lequel il se porte, désir refoulé plus ou moins complètement mais toujours actif dans l’Inconscient ?   Certainement.

D’une nature environnante pleine de périls tout autant que source de nourriture, et peuplée inconsciemment d’entités maternelles par la projection ? – Certainement.

Mais outre les souvenirs du petit enfant dans lesquels le personnage puissant était la mère, le  refoulement secondaire et la culpabilité transforment l’image féminine dominée dans les rapports sociaux, exclue des grandes décisions, à laquelle on prend le pouvoir de ses actes, en une image inconsciente redoutée (et donc dominante), telle que la révèle le retour du refoulé dans l’activité symbolique. »


Certes, il est bien probable que certains mythes (ou autres tensions occultes) nous révèlent ce genre d’informations sur notre société dualiste et segmentée… Mais de là à faire du mythe un produit de la lutte entre les sexes, c’est oublier bien des aspects du mythe (dont l’action s’étend au-delà de l’inconscient). La chose ne se présente d’ailleurs pas toujours comme une lutte… Les mythes sont des processus combinatoires et les plus subtils vecteurs de la mémoire (consciente ou inconsciente). Ils nous renseignent d’abord sur l’échelle de valeurs propre à un groupe ou une société, leurs fondements et leur équilibre. Il serait bien vain d’y chercher une vérité universellement valable pour tous… Mais voici un petit panorama du mythe de la descente aux enfers à travers différentes cultures : la Mésopotamie, l’Egypte, le Japon, l’Inde et la Grèce. Nous y verrons que ce voyage au royaume des ombres peut être celui d’un homme comme celui d’une femme, et que l’entité qui représente la mort est tantôt féminine et tantôt masculine. Quant aux rapports que ce « passage initiatique » instaure avec la nature, ils sont variables. Le mythe n’est pas figé. Chacun le reçoit et le transforme selon ses voies…

 

cinq  mythes  de  La  descente  aux  enfers : 

  

Ishtar et Tammuz / Mythologie mésopotamienne.

Izanagi et Izanami / Mythologie japonaise.

Isis et Osiris / Mythologie égyptienne.

Sâvitrî et Satyavan / Mythologie indienne.

Orphée et Eurydice / Mythologie grecque.

 

Evidemment sur ce thème, il y en a une multitude, tant et tant d’autres…

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ISHTAR  ET   TAMMUZ  __________________  Mésopotamie

 

En des temps éloignés, un berger nommé Tammuz s’éprit d’une déesse. La grande Ishtar : déesse de la guerre et de l’amour, assurait la fécondité de tous les êtres à travers le cycle de la vie, et gouvernait le royaume du jour.

Tammuz vint se présenter devant Ishtar avec les bêtes de son troupeau. Il se prosterna et s’offrit à elle. Un riche agriculteur se présenta aussi devant la déesse avec les fruits de ses récoltes. Un long combat eut lieu entre les deux hommes, après quoi la déesse choisit Tammuz, le berger.

La déesse s’unit au mortel, mais la joie et la paix ne succédèrent pas à leur union car Ishtar n’était pas satisfaite de régner sur le royaume du jour. Un autre royaume suscitait son envie, situé dans les tréfonds des espaces inférieurs. C’était un lieu de mort, mais la déesse voulut descendre aux enfers, dans le royaume de sa sœur aînée afin de lui prendre son trône. Elle décida de passer les sept portes et de s’attribuer la totalité des mondes d’en haut et d’en bas, du jour et de la nuit, croyant pouvoir devenir la Déesse Absolue. Or, à peine eut-elle pénétré dans le royaume des ténèbres qu’elle se retrouva nue et sans armes. C’est ainsi qu’elle perdit ses pouvoirs et n’y fut plus qu’une prisonnière.

Cependant, comme c’était la déesse Ishtar qui assurait la fertilité de la terre et que le royaume du jour avait besoin d’elle pour survivre, la reine des enfers lui permit de remonter à la surface, à condition que celle-ci lui envoie un autre prisonnier en remplacement.

Ishtar remonta donc sur la terre, escortée de démons et se mit en quête d’un remplaçant. De retour dans son palais, elle eut la mauvaise surprise de retrouver Tammuz confortablement installé sur son trône, car entre temps, le berger était devenu le roi de la cité.

-          Ah ! s’écria-t-elle. Tu voulais prendre ma place ? Hé bien, tu vas la prendre !

Elle désigna alors Tammuz pour la remplacer en enfer, et le jeune homme dut partir pour le royaume d’en bas.

Si la déesse Ishtar n’avait plus d’amour pour Tammuz, celui-ci avait encore une sœur jumelle, assez aimante pour le secourir. La sœur du berger parvint à convaincre la reine des enfers de laisser Tammuz libre une moitié de l’année à condition qu’elle remplace elle-même son frère pendant l’autre moitié. C’est ainsi que Tammuz descendit dans le royaume des morts au commencement de l’hiver. Mais chaque printemps, il put revenir sur terre, semblable au renouveau de la nature et des saisons.

 

Analyse du Mythe :

Mythe essentiellement agraire du renouveau de la vie. La fécondité y tient la place principale (le culte d’Ishtar fut longtemps prépondérant), mais elle est « limitée » par les forces des ténèbres détenues par sa sœur aînée. Ici, le héros  ne vainc pas la mort et ne remonte pas librement des enfers. L’ambition de la déesse se heurte à un compromis (fraternel) entre le jour et la nuit, mais c’est aussi l’amour fraternel qui permet le renouveau. Quant aux rivalités du berger et du cultivateur, nous pouvons sans doute y voir une opposition de la vie nomade et sédentaire. La préférence d’Ishtar pour le berger a peut-être valeur d’augure. Notons que c’est probablement de cette région de Mésopotamie (royaume d’Uruk /Ur) que le patriarche Abraham partit vers la terre promise, laissant derrière lui les dieux de ses pères.

 

Notes : La déesse Ishtar des babyloniens correspond à la déesse Inanna des sumériens. Le Tammuz babylonien correspond à Dumuzi. Il n’est pas exclu que certains « amalgames » entre les deux versions se trouvent dans notre texte, du fait de l’ambiguïté du rôle de la déesse. En effet, les motifs de sa descente aux enfers varient selon les versions. Tantôt Ishtar apparaît comme la responsable du départ de Tammuz, tantôt elle tente de le ramener en se désignant elle-même comme remplaçante. Le culte de cette déesse semble donc avoir subi des transformations à travers les époques, et probablement une forme de disgrâce. Le mythe relate le dépouillement progressif d’Ishtar, sommée d’ôter l’un de ses vêtements à chacune des sept portes, jusqu’à la totale nudité.

 

 

 

IZANAGI  ET  IZANAMI  ___________________  Japon

    

Au commencement était le chaos, et petit à petit, un premier monde se constitua : la haute plaine céleste. C’est alors qu’apparut le couple d’Izanagi et Izanami, suspendu dans les nuées, flottant au dessus des eaux. Izanagi était l’homme. Izanami, la femme.


Izanagi tendit sa lance dans l’eau et l’agita en tout sens. Les gouttes de l’océan ainsi projetées se changèrent en îles, en montagnes, en forêts… C’est ainsi qu’ils créèrent l’archipel du Japon. Puis, ils continuèrent de peupler leur création et d’y insuffler la vie.

Lorsque Izanami donna naissance au dieu du feu, elle fut mortellement brûlée, et dut descendre aux enfers. Fou de colère, Izanagi trancha la tête du dieu, mais de son sang jaillirent seize autres divinités. Izanagi se résolut à descendre à son tour aux enfers pour en ramener sa compagne.

Arrivé au royaume des morts, Izanagi perçut la voix d’Izanami, mais il ne la vit pas, car elle se dissimulait volontairement dans l’ombre.

-          Ne me regarde pas, supplia t’elle. Il faut que je demande la permission de remonter avec toi. J’ignore si elle me sera accordée, car j’ai déjà goûté à la nourriture des morts.

-          Laisse-moi te regarder, répondit-il.

Mais elle refusa. Izanagi s’obstina et parvint à surprendre sa compagne. Or, c’est avec horreur qu’il découvrit un cadavre tout dégoulinant de pourriture. Blessée et humiliée de ce regard, Izanami se jeta sur son compagnon en hurlant. Izanagi prit la fuite, tandis que son épouse en furie se lançait à sa poursuite.

Izanagi parvint tant bien que mal à remonter à la surface, tout écorché par les griffes de sa femme. Cette dernière dut s’arrêter à la limite des enfers dont Izanagi scella l’entrée, mais elle lui lança encore des paroles stridentes.

-          Je te jure de tuer chaque jour mille créations sorties de toi ! s’écria Izanami.

-          Hé bien, j’en recréerai mille cinq cent tous les jours, répondit Izanagi.

Et il partit.

Parvenu à une rivière, il lava ses plaies et se purifia. Son œil droit se changea en lune. Son œil gauche en soleil. Les vêtements qu’il portait se changèrent également en diverses créatures. Ainsi, Izanagi se fondit dans la nature et fit corps avec elle.

                                                      

                  

Analyse du Mythe :

 

Quoique la notion de démiurge se retrouve dans le mythe (principalement quant à la naissance du Japon, considéré comme d’essence divine), Izanagi et Izanami n’interviendront plus vraiment dans l’histoire. Leur dissolution dans la nature souligne le caractère animiste du mythe (d’où le culte des montagnes, des arbres et autres émanations du premier monde céleste). Un certain équilibre est instauré par le couple quant aux morts et aux naissances, mais là encore, le héros ne parvient pas à ramener sa compagne des enfers. Soulignons également la violence des principaux protagonistes, sans véritable responsabilité. En effet, il n’y a pas d’adversité fondamentale, mais une irruption de forces obscures, due à la mort comme telle. Le monde d’en bas est le troisième monde (Yomi), et c’est de lui que découlent les notions de mal et de souillure.  L’unique remède devient alors la purification rituelle.  

 

Notes : Plus précisément, Izanagi et Izanami sont assimilés aux premiers kamis. Le mot « kami » désigne les puissances invisibles, sans qu’il s’agisse expressément de dieux. Ce terme du Shintô est sans équivalent dans la pensée occidentale. Le kami se rapporte à tout ce qui est, ou devient sacré. Cela implique autant les êtres que les phénomènes, les lieux et les objets. L’œil gauche d’Izanagi est le symbole auxquels les empereurs font remonter leur lignée. En effet, ce disque rouge personnifie la déesse solaire Amaterasu, et figure sur le drapeau japonais. 

Le mythe est tiré du Kojiki (récit des choses anciennes).

 

 

 

ISIS  ET  OSIRIS  ______________________   Egypte

 

Atoum, le dieu solaire, fut le premier à jaillir des eaux primordiales. Il se créa lui-même et donna naissance au premier couple divin : Shou et Nefnout, le souffle et le l’atmosphère. A leur tour, ils donnèrent naissance au ciel et à la terre : Nout et Geb. Ces derniers eurent quatre enfants, deux fils et deux filles : les dieux Osiris et Seth, et les déesses Isis et Nephtys.

Osiris était bon, et régnait sur l’Egypte avec sagesse. Il enseigna l’écriture à son peuple, pratiqua l’irrigation et cultiva habilement ses terres. Le dieu Seth, quant à lui, avait reçu l’esprit du mal, et régnait sur une terre stérile. Jaloux et malveillant, il convoitait la place d’Osiris.

Tandis que le dieu Osiris gouvernait son empire aux côtés de son épouse Isis, le dieu Seth méditait la perte de son frère. C’est ainsi que Seth imagina de construire un somptueux sarcophage à la taille d’Osiris. Lorsque le sarcophage fut prêt, il organisa un banquet où furent conviés tous les dieux de l’Egypte. Il présenta le sarcophage à leurs yeux, et tout le monde en admira la beauté.

-          J’ai l’intention de l’offrir, déclara Seth. Et c’est à celui qui s’y sentira le plus à l’aise que j’en ferai cadeau. Allons, mes amis, essayez-le à votre tour.

Ce fut bien sûr Osiris qui s’y glissa le mieux, puisque le sarcophage était à ses mesures. Le piège se referma sur lui, et le sarcophage fut jeté au fleuve sur ordre du dieu Seth. Osiris mourut noyé, et Seth eut alors le loisir de s’emparer du trône.

Folle de douleur, la déesse Isis entreprit de retrouver le corps de son époux. Elle possédait  beaucoup de dons, parmi lesquels celui de la magie. Le nouveau maître de l’empire voyait d’un mauvais œil les recherches d’Isis. Craignant qu’elle ne parvienne à ranimer Osiris,  le dieu Seth se dépêcha de retrouver le corps de son frère avant elle. Dès qu’il l’eut retrouvé, il le découpa en quatorze morceaux et le dissémina à travers tout l’empire. Malgré les ruses et les nuisances de Seth, la déesse Isis ne perdit pas patience. Elle parvint à rassembler tous les morceaux du corps et à le ranimer avec l’aide d’Anubis, le dieu des morts. Cela ne dura qu’un moment. Bien que ressuscité, il fallait qu’Osiris s’en aille  pour le royaume d’en bas. Mais avant cela, il put s’unir à Isis et engendrer Horus. Après qu’Osiris ait regagné l’empire des morts, la déesse éleva l’enfant dans la mémoire de son père.

Parvenu à l’âge adulte, Horus alla se confronter à son oncle Seth afin de lui reprendre le trône et de venger son père. Ainsi, par le règne du fils d’Isis et Osiris, l’ordre fut rétabli dans le royaume d’Egypte.

 

Analyse du Mythe :

Les notions de bien et de mal apparaissent clairement dans ce mythe. L’enfant posthume assure ici la victoire. La généalogie tient une grande place dans l’ordre des choses. Néanmoins, il s’agit avant tout de querelles intestines et de luttes pour le pouvoir théocratique. Remarquons l’attraction que le sarcophage exerce sur les dieux conviés au banquet, et soulignons la prédilection des égyptiens pour les rites mortuaires (tout comme l’aspect chirurgical de la résurrection). Si Osiris est initialement assimilé à la végétation et à la prospérité, il devient par la suite le dieu des morts. Isis est, pour sa part, l’incarnation de l’amour conjugal et maternel, mais également la détentrice des puissances magiques. L’importance de son rôle confère à l’amour une valeur prédominante, sans pour autant se poser en valeur absolue, car la puissance divine apparaît toujours multiple et enchevêtrée.


 

 Notes : Atoum, le dieu créateur et auto-créé est une manifestation de Râ, le soleil. Quant à Isis, elle sera assimilée à Déméter (Terre-Mère)  à l’époque gréco-romaine, et personnifiera la déesse universelle. Son culte se répandra dans tout le bassin méditerranéen. C’est aussi Isis qui reconstitue le phallus de son époux (seul morceau manquant parmi les quatorze disséminés par Seth). Les représentations d’Isis et de l’enfant Horus font écho à bon nombre d’images de la Madone chrétienne, mais la déesse personnifie avant tout le trône et la légitimité du pouvoir pharaonique.

 

 

 

SÂVITRΠ ET  SATYAVAN  _____________________  Inde

 

A l’époque où la princesse Sâvitrî dut choisir un époux, son cœur se porta vers Satyavan, beau et vertueux parmi les hommes. Son père était un ancien roi, déchu de son royaume. Devenu aveugle, il avait fait le vœu de vivre comme les ascètes de la forêt auprès de sa femme et de son fils. Ainsi, le jeune Satyavan partageait l’ermitage de ses parents et les soutenait dans leur vieillesse. Or, il y avait un sage du nom de Nârada qui tenta de dissuader la princesse d’un tel mariage.

     - Tu ne dois pas épouser Satyavan, dit le sage, mais ce n’est pas à cause de sa pauvreté, ni parce que son père a perdu son royaume. La vérité, c’est que ce jeune homme n’a plus qu’un an à vivre. Ses jours sont comptés. Veux-tu vraiment devenir veuve dans la fleur de ta jeunesse ?

 Mais Sâvitrî ne changea pas d’avis et épousa Satyavan. Bien décidée à vivre dans la forêt, elle s’installa dans l’ermitage auprès de son mari et de ses beaux parents.

Le mariage fut célébré, mais l’année eut tôt fait d’arriver à son terme. Trois jours avant la date où Satyavan devait mourir, la princesse Sâvitrî entama un jeûne et une longue veille. Elle demeura debout trois nuits durant. Au dernier jour, lorsqu’elle vit Satyavan prendre sa hache pour aller couper du bois, elle s’élança derrière lui, car elle savait que son heure était venue.

Quelques instants après avoir commencé son travail, Satyavan fut pris d’un vertige et de violents maux de crâne. Sâvitrî le fit asseoir près d’elle et lui posa la tête sur ses genoux, mais la douleur ne passa pas.

C’est alors qu’un homme vêtu de rouge apparut. Il était grand et sombre. La princesse comprit immédiatement qu’il ne s’agissait pas d’un homme ordinaire mais d’un dieu. Dès l’apparition de ce grand personnage, Satyavan perdit connaissance.
savitri et satyavan

-          Je m’appelle Yama, dit l’homme sombre. Je suis le dieu de la Mort, et je viens en personne pour emmener ton époux. Tu peux t’en aller, ma belle Sâvitrî, car tu es allée aussi loin que tu pouvais.

Ayant dit ces mots, Yama sépara l’âme et le corps de Satyavan. Il enferma son âme dans un sac qu’il lia, et son cadavre tomba à terre. Mais Sâvitrî ne rebroussa pas chemin.

-          Je savais bien que tu étais un dieu, répondit la princesse. Avant de t’en aller, écoute ce que j’ai à te dire : les sages qui vivent dans la forêt possèdent le vrai courage, car ils observent ce qui est juste. Ils connaissent la Loi qui régit l’univers, et c’est celle que j’ai choisi d’observer moi aussi. Telle est ma voie, et je n’en veux pas d’autre.

-          Tu as bien parlé, dit Yama. Je vois que tu es noble et vertueuse, et je veux te récompenser pour tes paroles. Demande-moi une faveur, belle Sâvitrî. N’importe laquelle, hormis la vie de Satyavan.

-          Mon beau-père est aveugle, répondit Sâvitrî. Fasse qu’il retrouve la vue.

-          Tu es exaucée, répondit Yama. Mais vas-t’en vite à présent.

-          Je ne peux pas me résoudre à m’en aller ainsi, dit la princesse. Il y a encore une vérité que j’aimerais proclamer : Ne faire aucune violence à aucun être, ni en acte, ni en pensée, voilà la Loi éternelle. Or, les sages ne se contentent pas d’être bons envers leurs amis ; ils se conforment à la Loi même avec les ennemis qui tombent entre leurs mains. Telle est la vraie bonté.

-          C’est la pure vérité, répondit Yama. Ces mots me comblent de joie. Choisis une seconde faveur, ô merveilleuse Sâvitrî. Tout ce que tu voudras, excepté la vie de Satyavan.

-          Autrefois mon beau-père possédait un royaume, dit la jeune femme. J’aimerais que ce royaume lui soit rendu sans qu’il ait à abandonner ses vœux.

-          Soit ! dit Yama. J’exauce ton souhait. Mais rentre chez toi, princesse. Tu dois être épuisée.

-          Je ne suis pas fatiguée, répondit Sâvitrî. Et je sais qui tu es. Tu n’es pas seulement Yama, le dieu de la Mort. Tu es aussi Yama, le seigneur de la Loi. Or, les bons agissent toujours selon la Loi. C’est à toi qu’il appartient de reconnaître la bonté. Les bons n’ont pas à craindre les bons. Ce n’est pas par crainte de la Loi qu’ils agissent, mais par amour de la vérité. Et c’est pourquoi les bons choisissent d’être des protecteurs.

-          A mesure que je t’écoute parler, dit Yama, je m’émerveille de ta sagesse. Choisis une faveur incomparable, épouse fidèle !

A cet instant, la princesse Sâvitrî remarqua que le dieu n’avait ajouté aucune restriction à sa parole et qu’elle pouvait lui demander ce qu’elle voulait le plus au monde. Elle demanda alors la vie de Satyavan. Yama la lui accorda, ainsi que ces faveurs précédentes. Le dieu de la Mort délia l’âme du jeune homme et tandis qu’il retournait d’où il venait, Satyavan reprit conscience.

 

 

Analyse du Mythe :

 
Ici, la Loi ne s’apparente pas seulement au cycle de la nature, mais à un ordre sacré. L’observance des rites, du jeûne, d’une veille et la proclamation de maximes vertueuses assurent à la princesse les faveurs du dieu Yama. Remarquons qu’il n’y a pas de séparation entre les notions de mort et de loi, puisqu’elles se retrouvent toutes deux personnifiées dans un même dieu. Tout devient possible à la fervente Sâvitrî malgré l’apparente fatalité de son union. L’éloge que reçoivent les ascètes, les sages et les ermites nous indique où se trouve la valeur fondamentale. Ici, l’héroïne parvient à fléchir la mort. La loi dont il s’agit est à la fois un ordre cosmique et moral (le Dharma), mais aussi une idéalisation du rite et de la parole. En effet, son exploit consiste davantage en une plaidoirie qu’autre chose.

 

Notes : L’histoire de Sâvitrî est tirée du Mahâ-bhârata, épopée sanskrite qui influença l’ensemble de la tradition indienne. Dans le texte original, la princesse prononce davantage de maximes et se voit accorder bien d’autres faveurs parmi lesquelles : une centaine de fils issus de son sang. Cet aspect relativise quelque peu l’idéal ascétique hindou.

Quoique Sâvitrî ne soit pas au nombre des déesses du panthéon indien, son rôle auprès de Satyavan reflète celui de la sakti (énergie créatrice et régénératrice) que personnifie l’épouse de chaque dieu.

Ce mythe révèle une conception non dualiste de l’existence où les contradictions apparentes se résolvent dans un principe d’Unité (Brahman).

 

 

 

ORPHEE  ET  EURYDICE ________________________  Grèce

 

Il y avait un poète nommé Orphée que le dieu Apollon combla de toutes les grâces. Il jouait de la lyre et chantait si merveilleusement que nul ne pouvait l’entendre sans être subjugué ; non seulement les bêtes féroces, mais aussi les arbres et les pierres. Il mettait tant d’émotion dans ses chants que la nature entière semblait retenir son souffle.


Orphée aimait Eurydice, douce et belle parmi les nymphes, et il en fit sa femme. Les nymphes étaient des divinités bienfaisantes qui peuplaient la nature, filles de Zeus et du Ciel. Peu de temps après son mariage avec Orphée, la belle Eurydice fut importunée par un cultivateur, nommé Aristée, qui était également amoureux d’elle. Alors qu’il cherchait à l’approcher, la jeune femme prit la fuite et fut piquée par un serpent. Eurydice mourut aussitôt. Les autres nymphes, ses sœurs, se vengèrent d’Aristée en détruisant ses cultures et en faisant périr les abeilles qu’il élevait pour leur miel. Quant à Orphée, il ne voulut pas croire que sa femme était perdue et décida de la ramener, où qu’elle soit. Emu d’une telle douleur, Zeus permit au poète de descendre aux enfers. Armé de sa lyre et de sa voix enchanteresse, le jeune homme s’enfonça dans le royaume des morts. Il se trouva d’abord face à Cerbère, le gardien des enfers, qui lui barra la route. C’était un chien monstrueux dont les trois têtes étaient hérissées de serpents. Orphée prit sa lyre et joua. Le monstre en fut charmé et le laissa passer. C’est ainsi que le poète parvint jusqu’à Perséphone, la déesse de la mort.

-          Je suis touchée de voir un si grand amour, lui dit elle. Tu as bien mérité de ramener Eurydice avec toi. Mais il y a une condition à cela : pendant tout le trajet de ton retour vers la lumière, ne te retourne pas. Eurydice te suivra, mais ne la regarde pas avant d’être remonté à la surface.

-          Comment saurai-je qu’elle est bien derrière moi ? demanda le poète.

-          Tu pourras lui parler, dit Perséphone, mais ne te retourne en aucun cas.

Orphée remercia la déesse et commença à refaire tout le chemin inverse. De temps à autre, il demandait à Eurydice si elle était bien là, et Eurydice lui répondait :

-          Ne crains rien, je te suis.

Lorsque Orphée fut à nouveau passé devant Cerbère, il sentit qu’il était tout près du but. La lumière du jour apparaissait déjà dans le fond du tunnel, et le poète se retourna dans un mouvement de joie. Or il s’était retourné trop tôt, et Orphée put seulement voir Eurydice disparaître parmi les ombres.



Analyse du Mythe :

 Ici, les armes venant à bout de toutes les portes sont la musique et la poésie. Orphée est le fils d’une muse et le protégé d’Apollon : dieu de la beauté et du génie artistique, lequel est aussi une divinité solaire d’origine très ancienne, probablement et paradoxalement étrangère à la culture grecque (Asie mineure ?). Le poète échoue par manque de foi, n’ayant pas pu s’empêcher de jeter un regard en arrière. La légende d’Orphée et Eurydice est tardive, car il existe une première légende dans laquelle la descente aux enfers d’Orphée correspond davantage à une quête spirituelle. L’orphisme était une véritable religion, répandue dans la Grèce, en marge des cultes officiels, fondée sur les mystères et l’initiation. La fin tragique d’Eurydice met une limite au voyage d’Orphée, tout en ouvrant des voies « souterraines » au futur christianisme.

 

Notes : Apparu vers leVIe siècle av. J.-C. l’orphisme est apparenté aux  mystères d’Eleusis, aux doctrines égyptiennes (voire aussi hindouistes) de la transmigration de l’âme et aux philosophies allégoriques. Le pythagorisme en est proche. Selon le mythe, Orphée doit éviter la fontaine de l’oubli afin de s’abreuver au marais de Mnémosyne, lequel lui rendra la mémoire de son immortalité originelle.

 

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18 novembre 2009 3 18 /11 /novembre /2009 14:40
 Nommée Matakiterani (l’œil qui scrute le ciel) par ses habitants, l’île de pâques est aussi surnommée le nombril du monde… Cette île triangulaire, entièrement volcanique, sujette à d’importantes variations magnétiques, aux vents venus de l’Antarctique, aux saisons sèches comme aux saisons pluvieuses, quoique d'un climat tempéré, est avant tout connue pour les colosses de pierre qui s’y dressent mystérieusement.
Sculptées dans le basalte : type de roche issue de la lave refroidie, les statues de l’île de pâques ont suscité bien des interrogations. Les moais atteignent en moyenne 10 mètres de haut, pour un poids de quinze tonnes. Difficile, donc, d’imaginer comment furent transportés et érigés de pareils monuments sur cette île apparemment dépourvue de ressources, et dont la population semble avoir perdu la mémoire de ses anciens cultes. Bien des hypothèses ont circulé sur le sujet avant que l’énigme ne soit résolue par une vérité toute prosaïque, déjà vérifiée en d’autres lieux et d’autres temps, mais qui n’en finit pas de nous surprendre (pauvres humains)…
Les premiers explorateurs qui interrogèrent les indigènes à ce sujet se firent mystifier. Ces derniers prétendirent qu’il ne s’agissait pas de pierre, mais d’une sorte d’argile recouverte de cailloux après avoir été modelée. Hum…

En 1722, ce fut une flotte Hollandaise qui débarqua sur l’île, un jour de pâques. A cette époque, un culte solaire fut observé. Les explorateurs virent les indigènes allumer des feux aux pieds des statues, et se prosterner au levé du soleil. De telles observations n’eurent plus jamais lieu. En 1770, une flotte Espagnole débarqua et déclara l’île « territoire de sa majesté, le roi d’Espagne ». Ils la baptisèrent île San Carlos, et ne revinrent jamais. Une flotte Anglaise débarqua quelques années plus tard sous la direction du capitaine Cook, puis le Français La Pérouse en 1786. Les colosses de basalte gardèrent toujours leur secret…
 Lorsqu’il fut avéré qu’il s’agissait bien de pierres monumentales, et non pas d’argile, il circula une nouvelle invention sur leur mode de transport. En effet, les indigènes certifièrent que les colosses, une fois sculptés, s’étaient déplacés et mis en rang par eux-mêmes... En fait, la légende met en scène une sorcière opérant ce prodige par sa seule magie. Elle aurait un jour cessé de mettre les statues en mouvement, après avoir découvert que les sculpteurs avaient partagé entre eux un homard sans lui en laisser un seul morceau. Hum hum…
Ces anecdotes ont au moins le mérite d’illustrer la méfiance (voire l'ironie) de la population à l’égard des colons. Les premiers explorateurs furent d’ailleurs frappés de ne voir presque aucune femme ni aucun enfant sur l’île, alors qu’ils y rencontrèrent de nombreux hommes de haute taille et bien bâtis. Entre autres secrets, l’île recelait des cavernes et des souterrains où une partie de la population se préserva des visiteurs intempestifs… Pas assez préservée cependant, puisque les nouveaux venus apportèrent néanmoins leur petit lot de fléaux. En premier lieu : les rats. Il semblerait en effet que l’île de pâques ait été boisée autrefois, et suffisamment fertile pour permettre à une importante population de vivre dans l’abondance et de construire les échafaudages nécessaires à l’érection de leurs statues ; ce qui ne fut bientôt plus le cas. Les rats transportés dans l’île par les navires des colons, ainsi que les maladies coutumières qui décimèrent également les indiens d’Amérique et les aborigènes d’Australie, opérèrent ici aussi leur petit effet. Les noix de palmiers et de cocotiers alimentèrent peut-être ces rongeurs avant d’avoir pu germer. A cela s’ajoutèrent une vague de sécheresse, l'épuisement des ressources naturelles et des guerres cannibales entre clans, qui mirent un terme à l’ancien culte, sans qu’il n’en reste aucune trace dans les esprits.
 L’île n’en demeure pas moins énigmatique aujourd’hui encore, et d’autres légendes plus modernes continuent de circuler sur son compte. La plus tenace évoque une présence extraterrestre, naguère débarquée sur l’île pour y enseigner un mystérieux savoir et y essaimer quelques gènes avant de repartir dans un vaisseau, non sans avoir promis de revenir afin de récolter cette nouvelle race humaine. Les statues colossales feraient alors figure de témoins de ce très vieil épisode, attendant tranquillement le retour des extraterrestres, le regard fixé sur les étoiles. Hum hum hum…

 
L’hypothèse la plus plausible est que nous avons sous-estimé  les ressources et les techniques de cet ancien peuple, plongé dans l’oubli par des variations climatiques et des déséquilibres (internes autant qu’extérieurs). Pourtant, les cycles de la terre sont bien souvent liés à la vie et la mort des civilisations, et les changements climatiques comme les abus d'exploitation expliquent bien d’autres énigmes.


 
On a par exemple découvert d’étranges fossiles marins au milieu du désert. De très anciennes peintures représentant du bétail dans un paysage verdoyant figurent sur les parois des grottes, témoignant que le Sahara fut jadis peuplé et recouvert de fleuves et de prairies. La désertification ne s’est amorcée qu’un millénaire avant JC.
Au premier siècle de notre ère, le royaume d’Aksoum était l’une des quatre grandes puissances mondiales et jouait un rôle majeur dans le commerce maritime entre l’Inde et la méditerranée, exportant des matières telles que l’or et l’ivoire dans tout le monde antique. Ce royaume florissant qui correspond à l’actuelle Ethiopie, contrôlait alors le Yémen, le sud de l’Egypte, le nord du Soudan, l’Erythrée, le nord de Djibouti et le sud de l’Arabie Saoudite à partir du nord de l’Ethiopie (Aksoum étant une mégapole, et la capitale éponyme du royaume) sur une superficie de 1, 25 millions de km. Là encore, ce pays dont l’histoire passée reste bien souvent méconnue, nous évoque aujourd’hui la misère et l’aridité…
 
 Le temps n’est pas linéaire, bien que nous ayons tendance à croire qu’il progresse invariablement du passé vers l’avenir, il effectue plutôt des cycles. Certaines connaissances antiques sont bien plus avancées qu’au moyen âge, et certaines techniques oubliées, plus perfectionnées que dans l’époque qui leur succède. Citons à ce sujet quelques exemples pêle-mêle : des esquisses et des études découvertes dans des cavernes préhistoriques laissent supposer l’existence de véritables écoles d’art il y a plus de 15 000 ans. Les Aztèques avaient intégré dans leurs routes pavées un système de signalisation pour réguler leurs trafics. Des fouilles ont révélé des systèmes urbains de canalisation et d’évacuation des eaux, vieux de 4500 ans au Pakistan et en Inde, etc… Si toutes ces découvertes nous surprennent toujours autant, c’est que nous nous faisons une fausse image des temps lointains et de notre propre science. Nous imaginons volontiers des sortes d’arriérés vêtus de peaux de bête dont la moindre manifestation artistique ou la plus évidente réalisation technique nous remplit de stupeur. Certes, il est plaisant d’imaginer que nous ne pouvons qu’ « évoluer » et que le progrès sera plus grand demain qu’il n’était hier, mais l’histoire nous révèle une réalité plus inquiétante et plus complexe. Nul n’est à l’abri du déclin, et c’est aussi de cette façon que survient le renouveau.
 
Cette suite de morts et de renaissances semble toute naturelle pour ceux qui perçoivent l’aspect cyclique du temps, mais suscite beaucoup d’angoisse chez d’autres. Ainsi, certaines prophéties apocalyptiques ressurgissent aujourd’hui face aux bouleversements mondiaux. La fameuse prophétie Maya qui annoncerait la fin du monde en 2012, est en ce moment la plus en vogue. Or, il ne s’agit pas d’une « prophétie », ni de la « fin du monde », mais d’une sorte de table de calculs dont le point de départ correspond à l’apparition de la planète Vénus dans l’horizon terrestre et dont le terme vient clore un cycle de 5125 ans.

Certes, l’extrême complexité des calendriers Mayas peut prêter à confusion, et bien que je ne sache pas exactement décoder leurs calculs, je crois pouvoir affirmer que cette fin de cycle n’a rien à voir avec une
 destruction globale…

Il existe en outre d’autres prophéties, issues de l’ancien Testament, de l’Apocalypse de Jean, ou encore les prophéties des indiens Hopis d’Arizona, qui constituent des sortes de mises en garde. Ces derniers prophétisèrent que des hommes barbus ayant une croix pour emblème et venant par delà la mer de l'Est, allaient briser le grand cercle sacré de l’harmonie avec la
Terre-Mère en introduisant un mode de vie déséquilibré… On peut rester songeur, mais rien de magique en cela, car ce n’est pas une nouveauté.

Un aspect plus troublant réside néanmoins dans d’autres prophéties Hopis qui semblent s’être vérifiées au cours du dernier siècle, pour autant qu’on considère leur langage imagé. En voici quelques unes :
-          L’homme blanc dressera des fils de métal dans le ciel.
-          Le pays sera traversé par une géante toile d’araignée.
-          Les puissances du rouge, de la svastika et du soleil menaceront l’île de la tortue.
-          Une gourde de cendres tombera du ciel, brûlera la terre et l’empoisonnera pour des générations.
-          L’aigle marchera sur la lune.
-          L’homme blanc volera des roches sur la lune.
-          Une habitation dans les cieux au dessus de la terre tombera dans un grand crash, et apparaitra comme une lumière bleue.
Ces prophéties semblent correspondre respectivement au déploiement des fils télégraphiques, des câbles électriques et à la toile du web ; au trafic des lignes aériennes ; aux protagonistes de la seconde guerre mondiale (les rouges communistes, la croix gammée nazie) ; à la bombe atomique et ses radiations ; à la capsule Eagle I d’Apollo 11 en 1969 ; aux kilos de roches prélevées sur la lune et ramenées par les missions Apollo ; et enfin à la station spatiale américaine SKILAB qui tomba en 1979 et apparut comme un bleu brûlant à des témoins australiens. Cela dit, je n’ai trouvé aucune prophétie qui concernât 2012…

 
Lorsqu’un certain nombre de ces « prédictions » se fut accompli, les Hopis se sentirent autorisés à parler publiquement. Ils se rendirent plusieurs fois à l’assemblée générale des Nations Unies pour défendre leur mode de vie, et le droit à l’autodétermination des peuples indigènes.
Voici maintenant la lettre qu'ils écrivirent au président Nixon en 1970 :
 
 " L'homme blanc, dans son indifférence pour la signification de la nature, a profané la face de notre Mère la Terre. L'avance technologique de l'homme blanc s'est révélée comme une conséquence de son manque d'intérêt pour la voie spirituelle, et pour la signification de tout ce qui vit. L'appétit de l'homme blanc pour la possession matérielle et le pouvoir l'a aveuglé sur le mal qu'il a causé à notre Mère la Terre, dans sa recherche de ce qu'il appelle les ressources naturelles. Et la voie du Grand Esprit est devenue difficile à voir pour presque tous les hommes, et même pour beaucoup d'Indiens qui ont choisi de suivre la voie de l'homme blanc.
Aujourd'hui, les terres sacrées où vivent les Hopis sont profanées par des hommes qui cherchent du charbon et de l'eau dans notre sol, afin de créer plus d'énergie pour les villes de l'homme blanc. On ne doit pas permettre que cela continue. Sans quoi notre Mère la Nature réagirait de telle manière que presque tous les hommes auraient à subir la fin qui a déjà commencé. Le Grand Esprit a dit qu'on ne devait pas laisser cela arriver, même si la prédiction en a été faite à nos ancêtres. Le Grand Esprit a dit de ne pas prendre à la terre, de ne pas détruire les choses vivantes.
Aujourd'hui, presque toutes les prophéties se sont réalisées. Des routes grandes comme des rivières traversent le paysage; l'homme parle à travers un réseau de téléphone et il voyage dans le ciel avec ses avions. Deux grandes guerres ont été faites par ceux qui arborent le swastika ou le soleil levant.
Le Grand Esprit a dit que si une gourde de cendres était renversée sur la terre, beaucoup d'hommes mourraient, et que la fin de cette manière de vivre était proche. Nous interprétons cela comme les bombes atomiques lancées sur Hiroshima et Nagasaki. Nous ne voulons pas que cela se reproduise dans aucun autre pays pour aucun autre peuple; cette énergie devrait servir à des fins pacifiques, non pour la guerre.
Nous, les chefs religieux et porte-parole légitimes du peuple indépendant des Hopis, avons été chargés par le Grand Esprit d'envoyer au Président des Etats-Unis et à tous les chefs spirituels une invitation à nous rencontrer pour discuter du salut de l'humanité, afin que la Paix, l'Unité et la Fraternité règnent partout où il y a des hommes."
 

J’ignore jusqu’à quel point, ils furent pris au sérieux. Ces indiens du nord de l’Arizona dont la langue appartient à la famille uto-aztèque, présentent quelques ressemblances avec les Mayas, pour ce qui concerne leur croyance en plusieurs mondes successifs. Leur référence aux « tablettes sacrées » qu'ils ont reçues, peut également nous faire penser aux gens du Livre et leur table de la Loi (juifs, chrétiens et musulmans). La plus part du temps, ils font référence au Grand Esprit. Quoiqu’il en soit, les Hopis ne se considèrent pas comme les seuls détenteurs de la vérité. D’après eux, d’autres peuples sont chargés de diffuser un message à travers le monde, chacun à leur façon. Toujours selon leurs croyances, l’homme rouge aurait été chargé de veiller sur la terre et la façon dont on la cultive. L’homme jaune aurait été chargé de veiller sur le vent et la façon dont on éveille le souffle en soi. L’homme noir aurait été chargé de veiller sur l’eau, ses cycles et sa circulation. Et l’homme blanc aurait été chargé de veiller sur le feu et la maîtrise de l’énergie…
Les Hopis vont même jusqu’à identifier précisément ces quatre peuples. Bien évidemment, l’homme rouge correspond aux indiens Hopis. L’homme jaune correspond selon eux aux Tibétains. L’homme noir correspondrait aux Kukuyus du Kenya. Et l’homme blanc correspondrait aux Suisses. Ce dernier point est assez étonnant, et on se demande ce que la Suisse a à voir avec la spiritualité et les peuples indigènes, mais après réflexion, on se souvient que Jean-Jacques Rousseau (philosophe genevois), au siècle des Lumières fut porteur d’un message assez similaire quant à l'état de nature. Malgré sa renommée, il préféra vivre en ermite, loin des artifices de la société, contrairement à Voltaire ou Diderot, ses contemporains français. Ceci n’est qu’une hypothèse...  Du reste, ces quatre peuples semblent en difficulté ou totalement en porte-à-faux, face à la maîtrise de leurs éléments respectifs… Notons que l’homme a été chargé de veiller sur la terre, la faune et la flore dans la genèse également, mais que ce devoir originel tarde à s'appliquer.

Dernière étrangeté : les Tibétains auraient rendu visite aux Hopis après la réalisation d’une autre prophétie (Tibétaine, cette fois !) : Quand volera l’oiseau de fer (avion) et que le cheval de fer courra sur les routes, le peuple Tibétain sera dispersé comme des fourmis sur la face de la terre, alors le Dharma viendra au pays des hommes rouges. A partir de 1970, le Dalaï Lama accomplit la prophétie… Qu’il s’agisse de transmettre une sagesse ou une science oubliée, la chose aurait plutôt tendance à nous laisser sceptique, mais pour des hommes qui ont gardé la mémoire des mondes qui furent avant ce monde, il n’est pas si difficile de prophétiser ; car il leur suffit de se souvenir du passé pour décrypter l’avenir…
 
On s’étonne bien souvent de découvrir de glorieux vestiges dont les héritiers semblent amnésiques, dépourvus de force ou de savoir, peinant sur un terrain devenu stérile. On se demande ce qui a bien pu interrompre la transmission, la croissance ou l’épanouissement d’une descendance tombée sous le joug étranger, minée par des guerres intestines, ou totalement évanouie, mais il n’est pas si facile de maintenir la transmission, ni l’équilibre avec les éléments. Parfois, certaines évidences se transforment en énigmes, et il faut alors savoir se retrouver soi même, avant de pouvoir retrouver la clef du mystère.


 
 
Et pour les amateurs de mythes et fantasmes en tous genres, voici maintenant la bande annonce de "La machine démonologique", un essai qui aborde la thèmatique sous l'angle démonologique... Mais évidemment, qu'est-ce que la démonologie ? Hmmm...
 
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12 novembre 2009 4 12 /11 /novembre /2009 12:31

Rébecca de Daphné du Maurier. 1938.

 

SYNOPSIS : Une jeune demoiselle de compagnie, timide et effacée, rencontre un veuf fortuné, propriétaire d’un somptueux domaine dans l’ouest de l’Angleterre. Contre toute attente, le célèbre Maxim de Winter s’amourache de cette modeste jeune fille et l’épouse en quelques semaines avant de l’emmener à Manderley. D’abord émerveillée, la nouvelle madame de Winter ne tarde pas à découvrir l’ombre de Rebecca, cette première épouse, morte noyée…

 Auparavant déjà, le souvenir de Rébecca planait sur les ragots mondains. Puis, la timide jeune femme l’imagine errer sur le triste visage de son époux. Elle l’imagine parfaite, inoubliable, incomparable... Bientôt, Rebecca est partout. La jeune épouse la découvre à travers des empreintes, des objets, des initiales, mais surtout à travers les récits de Mrs Danvers : la gouvernante de Manderley.

 Mrs Danvers, cette femme obscure et rigide qui fut entièrement dévouée à Rebecca, ne cesse de rabaisser la nouvelle épouse, de la comparer à la précédente, de lui vanter son caractère et sa beauté, de lui tendre des pièges, de lui murmurer de petites atrocités à l’oreille et d’attiser son angoisse. L’ombre de Rébecca se fait de plus en plus menaçante, jusqu’au jour où une épave vient s’échouer dans la baie. Un cadavre est retrouvé dans le bateau avec lequel Rébecca sombra en mer. Or Rebecca est déjà enterrée dans la crypte du domaine, après avoir été identifiée par Maxim… Petit à petit, les vrais visages apparaissent. La noyée de la crypte est une inconnue. Et la vraie Rebecca n’est pas morte accidentellement. Une enquête est ouverte. La timide madame de Winter découvre alors bien des choses, mais elle découvre surtout qu’elle n’a rien à envier à la véritable Rebecca…

 

****************************************************************************** ***************** LA
CRITIQUE : Plusieurs genres se croisent dans ce roman qui commence comme un conte romantique, se poursuit comme un roman psychologique, se déploie à la limite du surnaturel, frôle le fantastique avant d’amorcer une intrigue policière et de finir comme un drame. Le maître du suspense, Alfred Hitchcock ne s’y est pas trompé en adaptant ce récit au cinéma. Et pourtant, le chef d’œuvre de Daphné du Maurier n’est guère surpassé par le film.

  Il est facile de se glisser dans la peau de la jeune narratrice, naïve et inexpérimentée, de la suivre dans ce royaume près de la mer qu’est Manderley, et de laisser le conte de fée se transformer en cauchemar. Au fur et à mesure du récit, la jeune fille gagne en maturité. Elle ne se laisse plus hanter par des illusions. Elle fait face au réel avec une force de caractère qui étonne son mari, lui-même tenté de s’effondrer devant les évènements.

 Tout au long du roman, c’est une absente qui règne en maître : Rebecca… Rebecca, l’épouse perdue. Rebecca, la femme faite, belle et intelligente. Rebecca, la femme forte et indomptable… A chaque instant, le lecteur s’attend à la voir ressurgir. Et en effet, elle ressurgit ! Mais sous la forme d’un cadavre en décomposition. Un cadavre toujours menaçant, de par les secrets qu’il pourrait révéler sur les circonstances de sa mort.

 L’espace de quelques minutes, la puissante Rebecca nous apparaît comme une victime, mais les apparences tiennent à rester trompeuses tout au long du roman. Y a-t-il eu meurtre, accident, suicide ? Le tour de force de Daphné du Maurier aura été d’encastrer la vérité au cœur du mensonge… Car l’admirable Rebecca est haïe. La femme idéale est une créature machiavélique. Se sachant condamnée par une maladie incurable, elle provoque Maxim par des mensonges, et le pousse au meurtre afin de l’entrainer avec elle dans sa perte… De ce dernier combat avec l’ombre de Rebecca, la nouvelle madame de Winter sortira vainqueur. Elle pourra rentrer dans son domaine près de la mer au bras de son époux, jusqu’à l’horrible scène finale… Qui laisse un goût de cendres.

 

 

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12 novembre 2009 4 12 /11 /novembre /2009 12:26

La mort à Venise de Thomas Mann. 1912.

 

 

SYNOPSIS : Gustave Aschenbach est un écrivain vieillissant, depuis longtemps reconnu pour son talent et ses œuvres. Mais alors qu’il travaille sur un nouveau livre, il est soudain pris d’une violente envie de partir en voyage. C’est à Venise qu’il ira…

 Malgré la splendeur des palais vénitiens, il se souvient que cette ville l’a déjà rendu malade par le passé et qu’il n’a jamais pu y séjourner trop longtemps. Il le sait, mais il passe outre... Quelque chose de fétide semble flotter dans l’air. La puanteur des ruelles et les relents des canaux lui montent à la tête, mais il ne peut plus partir. Quelque chose le fascine désormais ici : un jeune garçon  nommé Tadzio  a croisé son chemin au restaurant de l’hôtel, et Aschenbach est resté stupéfié par sa beauté. Beauté plus parfaite qu’aucune œuvre de l’esprit !

 Presque jaloux de cette beauté, l’écrivain s’absorbe totalement dans la contemplation de l’enfant. Pourtant, une épidémie de choléra rôde dans la ville. Les autorités tentent de dissimuler la rumeur, mais les gens avertis s’en vont peu à peu, avant que Venise ne soit mise en quarantaine…  Aschenbach sait tout cela, mais il reste. Malade, affaibli, il continue de suivre le garçon du regard, sur la plage, dans le hall, dans les ruelles, partout où il aperçoit son image… Entre obsession morbide et révélation mystique, le vieil homme tente vainement de rejoindre l’idéal qu’il n’a fait qu’effleurer toute sa vie… Sa mort ne tardera plus longtemps.


 

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LA
CRITIQUE : Ce court récit tout en atmosphères saisit d’abord le lecteur par la beauté du langage. Il n’y a pratiquement pas d’intrigue, et l’issue est déjà annoncée. Néanmoins, Thomas Mann parvient à faire ressentir au lecteur chaque impression du personnage, tout au long de son dernier voyage.

 Aschenbach promène sur la ville un œil d’artiste. Le moindre détail prend une coloration étonnante. Ainsi, dès son arrivée à Venise, l’écrivain est frappé par les manies extravagantes d’un jeune homme agité et bruyant, puis s’aperçoit soudain que ce jeune homme est « faux ». Sa jeunesse est artificielle ; c’est un vieillard maquillé, perruqué, à la moustache teinte et aux vêtements trop vifs qui se tient devant lui. Aschenbach en est presque épouvanté. Un peu plus tard, le jeune Tadzio apparaîtra à son tour dans sa pureté éblouissante. Les contrastes se succèdent souvent de la sorte au fil des pages… La beauté féérique de Venise laisse place à un labyrinthe de ruelles malsaines où rôde le choléra. Un sentiment d’étouffement maladif succède à l’émerveillement de l’arrivée. La tristesse d’un départ précipité est subitement anéantie par l’envoi inopiné de ses valises dans une mauvaise direction, ceci le forçant à demeurer à l’hôtel. Une joie invraisemblable succède alors à la tristesse du départ ; la joie lugubre et incompréhensible de se retrouver prisonnier dans la ville avec l’objet de son obsession.

 Le jeune Tadzio n’est pourtant pas une illusion, ni un symbole éthéré. C’est un jeune garçon bien réel, âgé d’environ quatorze ans. Il parle polonais et a trois sœurs aînées qu’Aschenbach a le loisir d’observer lorsque le petit groupe s’attable au restaurant, sous la surveillance de leur gouvernante. Les femmes qui surveillent Tadzio finissent d’ailleurs elles-mêmes par s’apercevoir du regard insistant de cet étranger et le rappellent vers elles dès qu’il s’aventure trop près de l’écrivain. Ce dernier en ressent une blessure profonde, la honte d’être soupçonné de quelque penchant malsain…Mais qu’en est-il vraiment ? Là encore, les contrastes se succèdent. De la pure contemplation à l’impulsion obsessionnelle, tous les états se succèdent dans le cœur du vieil homme. Aschenbach tente de modeler son écriture sur les formes idéales du jeune garçon, avant de se fondre entièrement dans son image et de s’y évanouir. A jamais... 

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12 novembre 2009 4 12 /11 /novembre /2009 12:07


Les possédés de Fédor Dostoïevski. 1872.

 

SYNOPSIS : Dans une province russe, un petit cercle de littérateurs se forme autour de Varvara Stravoguine,  une veuve fortunée et extravagante, férue d’idées « nouvelles ». Un intellectuel sur le déclin, Stépan Verkhovenski, grotesque et romantique à tendance mythomane, se charge de l’éducation de son fils unique : Nicolas Stravoguine, tout en animant les soirées de ce salon insignifiant… Insignifiant, jusqu’au jour où une société plus inquiétante s’y insinue…

 Le retour des « enfants » Stravoguine et Verkhovenski après leur premiers pas dans le monde, marque le début des turbulences dans cette bonne ville de province.

 Nicolas Stravoguine, d’une beauté glaciale, envoutante et charismatique, apparaît bientôt dans un parfum de scandales et de blasphèmes en tout genre. Dans son ombre, officie le jeune Piotr Verkhovenski, chef d’un petit groupe nihiliste et révolutionnaire, à la limite du terrorisme. Leur mot d’ordre semble être : Agir pour l’ébranlement systématique de tous les fondements, la décomposition systématique de la société et de tous les principes. Leur organisation demeure secrète et les apparences sont sauvées par des masques courtois, mais autour d’eux s’agite toute une galerie de personnages comiques et terrifiants, emportés par leur passion, leur rancœur et leur fanatisme, jusqu’au moment des règlements de compte…


 

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LA
CRITIQUE : On a souvent dit que ce livre était difficile d’accès. Il est vrai que l’intrigue ne se met pas tout de suite en place. Mais c’est que Dostoïevski accorde une importance particulière aux parents des futurs « possédés ». L’étrange amitié qui lie la veuve Stravoguine au pseudo littérateur Stépan Verkhovenski n’a rien d’anodin dans le livre… En effet, ils portent en germe les idées de leurs enfants et les leur inoculent en toute innocence.

Si les parents rêvent déjà de socialisme, d’égalité et de liberté, ils ne font qu’en rêver dans le confort de leurs petits salons, confinés dans le périmètre sécurisant de leur luxueuse propriété, sans voir le poison distillé par leur hypocrisie. Mais la génération nouvelle ne se contentera pas de bavarder à l’abri des salons littéraires ; elle passera à l’acte, descendra dans les bouges populaciers et ébranlera jusqu’aux fondements de la société, n’ayant pas d’autre choix que la destruction pour se frayer un passage.

 Nicolas Stravoguine endosse  le rôle du grand blasphémateur. Son visage parfaitement beau n’exprime rien. Il bafoue invariablement les femmes de la haute société, insulte les notables, humilie sa propre fiancée, épouse légitimement une mendiante boiteuse à demi folle (qui périra étrangement, une fois devenue gênante), engrosse la femme d’un camarade, enflamme les cœurs, les dégoutent, et s’anéantit lui-même. Sa mère le compare à Hamlet et dit se reconnaître en lui… Dans un chapitre longtemps censuré (la confession de Stravoguine), nous apprenons qu'il poussera le vice jusqu'au viol d'une fillette. Pour le coup, notre héros demeurera hanté... En fait, Stravoguine est impuissant à choisir résolument une cause, malgré tous les espoirs que son aura suscite. Il s’embourbe dans ses contradictions avant de tout rejeter dans le néant et de se laisser balloter au gré des ses instincts, plus souvent vils que sublimes. Il est même excédé que tant de gens s’attendent à quelque chose de divin de sa part, lui qui ne croit en rien.

 Quant à Piotr Verkhovenski, il est parfaitement lucide sur sa propre médiocrité, parfaitement méprisant envers celle de son père, et totalement résolu à s’en servir comme d’une arme pour endormir la méfiance de son entourage et manœuvrer les gens à leur insu.

  Le personnage de Chatov (l’époux de la femme engrossée par Nicolas) est un repenti de ce petit groupe révolutionnaire qui paiera chèrement son départ de l’organisation. Sensé incarner les idées de Dostoïevski sur l’âme russe et l’orthodoxie, ce personnage ne parvient pas à prendre de l’ampleur, et sa voix se laisse étouffer dans la multitude foisonnante du roman.

 Certes, Il est difficile d’entrer dans le livre et de s’identifier à un personnage. Le lecteur est préservé de la folie, mais condamné à rester spectateur de la vague qui emporte chacun des protagonistes vers l’enfer…

 

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