Un labyrinthe : espace mental et collectif. Un jeu, des texte, une trame. Toute la question du fil d'Ariane. Ici, celui d'Elisabeth...
Ce petit livre du sociologue et philosophe des sciences, Bruno Latour, se propose de dégager un passage à travers les deux pôles opposés d’une éternelle illusion : la critique de la croyance et la croyance en la critique.
MON APPROCHE DU LIVRE
En effet, y a-t-il vraiment une société fondée sur la raison et les faits d’un côté, confrontée à un monde de projections naïves et dépourvu de tout esprit rationnel de l’autre ?
Avec beaucoup d’humour, Bruno Latour nous rappelle que chacun de nos modèles sont construits, et que c’est en les élaborant qu’ils deviennent vrais à nos yeux. L’homme primitif qui sculpte un dieu de bois et lui attribue après coup des pouvoirs, ne croit pourtant pas à l’objet lui-même mais à la transmission des « savoirs / valeurs » qui se manifestent à travers lui. Les fétiches et les images ne sont que les vecteurs d’un processus plus subtil, et l’auteur fait ici la critique de « l’arrêt sur image ». Il ne s’arrête pas au signe, mais remonte toujours au mouvement dans lequel il s’inscrit et s’articule.
De même, les outils par lesquels la Science se constitue (courbes, tableaux, mesures graphiques, etc) sont des représentations, toujours sur le point de se substituer à ce qu’elles représentent… Alors à quoi croit-on, ou ne croit-on pas ? Y a-t-il des signes vrais et objectifs qui viendraient heurter des signes aliénants et barbares ?
Pour Latour, la particularité de l’homme « moderne », c’est qu’il brise ses fétiches (et accessoirement, ceux des autres) de part en part, puis il les rafistole en toute conscience selon un dispositif complexe et se persuade ensuite que ce dispositif l’a libéré, alors que c’est le dispositif lui-même qui devient le fétiche…
Au final, la liberté n’apparaît ni dans l’adoration de la chose inerte érigée au rang de divinité, ni dans le geste du briseur d’idole, venu libérer un peuple d’aliénés. A l'instar du sage qui désigne un astre du doigt, cette liberté se révèle dans le regard qui se porte vers l’astre en question, sans tenter de revenir à l’analyse de l’ongle ou de l’épiderme du doigt qui l’a désigné.
Plus que jamais d’actualité quant à la façon d’aborder les signes (ostentatoires ou pas) sans se laisser piéger par eux, ce petit livre attire notre attention sur la dangereuse fragilité de tout système de médiation, pourtant indispensable aux rapports entre les hommes.