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Un labyrinthe : espace mental et collectif. Un jeu, des texte, une trame. Toute la question du fil d'Ariane. Ici, celui d'Elisabeth...

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Onfray contre les idolâtres

Michel-Onfray_Le-crepuscule-d-une-idole.jpgL'autre jour, je me suis rendue à la fnac, spécialement pour jeter un oeil à ce nouveau livre iconoclaste : Le crépuscule d'une idole.  Je n'ai jamais été fan de Freud (je préfère l'approche de Jung, peu apprécié en France), mais au final, je suis rentrée chez moi avec le petit traité d'athéologie d'Onfray...

A ceux qui attendraient une critique claire et construite, je fais par avance mes excuses, car mon impression sur le sujet est des plus mouvantes.

Briseur d'icones par vocation, Michel Onfray semblait plutôt favorable à la psychanalyse dans son traité d'athéologie (ouvrage antérieur au crépuscule d'une idole). Nulle parole venimeuse à l'égard de Freud n'y a effleuré mon tympan. En effet, Freud partage avec Onfray une même vision du "mythe" en tant que système infantilisant, mais aucun d'eux ne semble en percevoir toute les nuances... Mythe et Croyance sont aussi distincts l'un de l'autre que le signe et le sens, quoique éternellement susceptibles de s'amalgamer (Onfray ne ratera pas Freud là dessus). Or ces deux "philosophes" n'étudient que l'échafaudage mythique et se persuadent ensuite que l'appréhension consciente des structures symboliques est déjà une fin en soi. Mais revenons au traité d'athéologie. Ce petit ouvrage fort documenté dévoile surtout de hauts monticules de superstitions, de contradictions, d'invraisamblances historiques et de ruses aliénatrices. En somme, rien de nouveau, car partout où émerge le pouvoir par le savoir,  rôde aussi le détournement. Si la sagesse s'est d'abord transmise par tradition orale (même dans les régions où l'écriture était maitrisée), ce n'est peut-être donc pas par défaut d'outils rédactionnels, mais au contraire par choix. Les époques où l'oralité passe soudain à la transmission écrite, sont toujours des époques de trouble où domine la peur de l'oubli... On sauve alors ce qu'on peut : des mots, des gestes, des fables, mais l'essentiel est déjà hors de portée (ou bien, il se transmet ailleurs, dans l'intimité des expériences humaines). Sur ce terrain, on n'évite jamais les raccourcis, le mythe, les ornements, les fioritures, les personnages "conceptuels", sensés rémédier à l'amnésie...

Bref, le positionnement d'Onfray en matière de croyance est explicite : d'une logique implacapble, mais absolument dénué d'intuition (domaine si propre à la Femme qu'il flatte pourtant à longueur de phrases). Adepte du scepticisme assumé, fort doué pour reconnaître la main du faussaire dans toute narration historique ou pour identifier le basculement dans la douce illusion des certitudes (divines ou scientifiques), l'auteur démonte, démembre, gratte, compare et réfute tout ce qui tombe entre ses mains. Certains commentaires personnels sont pourtant étonnants de bêtise. Une bêtise discrète, certes. Une bêtise humble, et presque naïve, si j'ose dire... Celle de celui qui croit à la croyance des croyants (voir l'ouvrage de Latour). En effet, les systèmes de médiations et de transmission sont toujours reconstruits, toujours sujets au débat et à la division, toujours faux, en somme, parcequ'ils sont là pour désigner autre chose qu'eux-mêmes. Cette "autre chose" qu'Onfray ne conçoit qu'en tant qu'arrière-monde ou maladie mentale, nous pourions la comparer à une impulsion, cet élan incompréhensible qui nous pousse parfois vers un but incommunicable. Par exemple : l'impulsion d'un jeune homme accompli qui abandonnerait de brillantes études pour parcourir la jungle, aller jouer de la flûte, ou qui s'enflammerait tout à coup pour une jeune fille traité d'atheologiepauvre et laide, sous l'oeil inquiet de ses parents et amis qui ne comprendraient pas ce qu'il lui trouve... Impulsion irrationnelle, donc, mais propre à l'histoire humaine, laquelle se manifeste ainsi dans bien d'autres configurations, et dont on ne saurait se défaire sans renoncer à soi-même. Cette "autre chose" ne se discute pas, sauf si l'individu en question en vient à construire toute une théorie pour justifier son inclination et l'ériger en nouvelle norme. L'exception devenue règle ! Le génie du singulier dont la volonté s'impose à tous collectivement. L'idéologie comme remède à la négation d'une particularité (mais bientôt comme nouvelle source de négation)... Religion, science, politique, art : les représentations et les explications du monde changent au gré des hommes d'élite, mais elles ne changent que lorqu'une autre vision a acquis suffisamment d'ampleur pour remplacer la précédente.

Dans son traité d'athéologie, Onfray tente d'ériger l'athéisme en institution (impulsion narcissique ou tentation de construire un système bien à lui ?). Il identifie un corpus de puristes (sans mélange de déisme ou de spiritualisme athée) et s'inscrit dans la lignée de Nietzsche. Tout un programme. Remarquons que Monsieur Onfray use toujours d'une étrange méthode pour susciter à coup sûr l'indignation qui le possède lui-même, et qui consiste à amalgamer l'objet de sa critique avec le régime nazi. Cet usage de l'amalgame existe dans le traité d'athéologie quant à la sympathie du vatican pour le régime Hitlérien (enfin, pour l'extrême droite en général, puisque la chose découle naturellement des monarchies de droit divin). Il existe aussi dans "le crépuscule d'une idole", à l'égard d'un lien occulte entre psychanalyse et nazisme... Pour ma part, je trouve ce lien plus crédible avec le système capitaliste (voir l'anti oedipe).

Quoiqu'il en soit,  ces livres méritent d'être lus avec "scepticisme", comme il se doit, quant aux intentions de son auteur (délivrer le monde de l'illusion, humm?)... En ce qui concerne Freud, misogyne certes, mais ouvert et nullement répressif (telle est l'avancée), je ne peux qu'approuver l'opération de démystification, quoiqu'il n'y ait rien à offrir en remplacement de la psychanalyse, et que l'individu d'aujourd'hui n'ait pas encore fini de discourir avec son "inconscient"...

 

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S
<br /> <br /> Je suis d'accord avec toi, sur Onfray. C'est que Onfray n'est pas du tout athée, ou alors l'athéisme comme religion... Comme position ça se défend, c'est juste que ce n'est pas la mienne, et les<br /> perspectives politiques indiquées par Latour à partir de Tobie Nathan tendraient à placer Onfray vraiment loin de là où celui-ci pense se trouver...<br /> <br /> <br /> J'avais suivi Onfray il y a dix ans. Quand t'as 17 ans, une culture philosophique à peu près nulle et une culture politique limitée aux débats de société et autres rhétoriques publiques, c'est un<br /> auteur qui ouvre (ouvrait, du moins) pas mal de fenêtres. Et puis je supportais son ton de prof, à cette époque (maintenant si je ne sens pas quelque chose comme une recherche, j'ai vraiment du<br /> mal).<br /> <br /> <br /> Et Onfray a ceci d'intéressant, cependant (encore que ce soit lui qui le dit, mais passons), c'est comment il s'est construit son personnage de philosophe médiatique, on peut dire ça comme ça<br /> maintenant, sur la base d'une expérience radicale subie, une crise cardiaque à même pas trente ans. Et c'est comme s'il fallait qu'il aille toujours plus à fond dans la voie qu'il s'est tracée,<br /> toujours plus radical, et sans doute moins fin et plus étriqué. Il y a comme ça une nécessité qui force le respect (bon, en restant loin).<br /> <br /> <br /> J'avais d'ailleurs rencontré quelqu'un qui le connaissait bien puisqu'elle avait travaillé avec lui et se comptait un temps au nombre de ses amis. Elle disait qu'il faisait pas mal souffrir<br /> autour de lui, parce qu'il n'hésitait pas à reprocher aux autres ce qui ne lui revenait pas, n'épargnant rien ni personne. Comme elle en parlait, ce n'était pas dans un but très amical, en fait,<br /> plutôt une sorte de rage radicale, pas du tout un jeu sur les médiations.<br /> <br /> <br /> Un autre athéisme, ce serait peut-être une pratique critique et créatrice autour des médiations, une sorte de technique des médiations. Peut-être Stiegler, qui se réclame de Simondon, serait-il<br /> plus proche d'un tel programme. Envisager les médiations en fonction des besoins, des effets, des désirs... et pas suivant une discussion (nécessairement sans fin ?) sur la puissance de telle ou<br /> telle idole.<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Pour ce qui s'agit de Kafka, l'option sociologique consisterait à considérer que le texte, c'est l'imaginaire que nous avons de Kafka. Donc il pourrait y avoir trois perspectives : déployer cet<br /> imaginaire (par des enquêtes auprès des gens et des livres et articles publiés sur lui), retracer la généalogie de cet imaginaire (perspective historique sur les médiations), repartir au texte<br /> une fois passé par cet imaginaire pour voir ce qui n'a pas été énoncé par cet imaginaire. Tout cela est surtout très long à mettre en oeuvre, mais ça aurait plusieurs intérêts : l'imaginaire que<br /> nous avons d'une oeuvre comme d'un auteur ne dépend évidemment pas essentiellement du texte ; faire ressortir l'importance des médiations, quelles qu'elles soient (sans doute parfois des<br /> énormités ont plus de devenir que des analyses très finement compréhensives) ; renouveler un peu le texte pour une nouvelle vie. Un programme qui n'est finalement pas loin des soucis<br /> muséologiques...<br /> <br /> <br /> <br />
Répondre
E
<br /> <br /> Tiens, je viens de voir que tu venais de laisser ton pseudonyme aux coulisses... :D<br /> <br /> <br /> Un athéisme critique et créateur ? Une sorte de technique des médiations, dis-tu ? Seules la critique et la technique me semblent possibles sur le terrain de l'athéisme (qui nie toute<br /> transcendance, et donc toute médiation d'une quelconque forme de sacré à travers l'homme ou ses créations). L'athéisme en tant que pratique philosophique ou "sociologique" est donc forcément<br /> iconoclaste ou inquisiteur...<br /> <br /> <br /> Cela dit, si tu ententds par là une sorte d'exploration neutre et objective de la machinerie symbolique, ça pourrait ressembler au travail d'un électricien, si j'ose dire... (le<br /> courant passe-t'il dans cet appareil ? Y a t'il des  court circuits ? risque d'explosion ? tension, magnétisme, panne, dysfonctionnement, vice<br /> d'élaboration ? Contre indications circonstancielles, sanitaires ou environnentales, Etc...). Tout ceci figurant les multiples vecteurs de la pure énergie<br /> (matérielle ou spirituelle, voire même les deux sans distinction) que chacun nomme et capte à sa manière. Enfin, avec les moyens du bord, en déçà de l'idole en question... Ce n'est<br /> qu'une comparaison.<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> ps: j'ignore tout de ce que représente un "souci muséologique", mais tu as l'air d'avoir trouvé ta branche.<br /> <br /> <br /> <br />
A
<br /> <br /> Je ne sais pas comment tu fais pour lire Onfray, moi je n'y arrive plus. La dernière fois que j'ai essayé, j'ai trouvé sa façon d'écrire prétentieuse et professorale.<br /> <br /> <br /> Dans la série, en ce moment, il y a le bouquin de Lahire de Kafka. C'est différent parce qu'il veut faire, sous l'impulsion d'un Norbert Elias (Heinich s'est beaucoup inspiré de lui, aussi, alors<br /> quand elle a écrit son bouquin sur Van Gogh je ne sais pas si elle était inspirée elle aussi, mais c'est très différent, c'est de la socio quoi), une "biographie sociologique". Pour avoir<br /> supporté ses quatre émissions d'entretien sur France Culture, j'ai trouvé qu'il ne faisait ni de la sociologie des oeuvres (ce qu'il prétend faire), ni même de la socio tout court. Il reprend à<br /> son compte toute l'imagerie qui existe sur Kafka et il fait de la psychanalyse de comptoir à tout bout de champ.<br /> <br /> <br /> Lahire, plutôt que de s'intéresser aux textes eux-mêmes (ce qu'il dit faire, "bien sûr", mais cela relève des littéraires) et à la vie de Kafka, aurait mieux fait à mon sens d'étudier ce qui a<br /> fait que Kafka est devenu Kafka, comment se sont construits ses textes dans le sens de l'image qu'on en a... Bref : comment Kafka est une médiation, quelle(s) médiation(s), et comment il a été<br /> construit comme tel. Ce serait beaucoup plus intéressant, plus riche et plus innovant.<br /> <br /> <br /> Mais Lahire, comme Onfray, est un idolâtre, et un idolâtre qui a bien gobé tous les lieux communs qu'il fallait. Ou plutôt qu'idolâtre : un croyant, un moderne au sens de Latour, comme tu le<br /> notes.<br /> <br /> <br /> Le livre d'Onfray s'inscrit dans un contexte où la psychanalyse est très controversée. D'un côté elle est attaquée par les neurosciences (la chimie a réponse à tout), de l'autre par la<br /> psychologie clinique. Mais dans tous les cas ça ne fait pas ressortir l'important de la psychanalyse, qui est je crois bien plus soutenu par l'ethnopsychiatrie, laquelle, comme le montre Latour,<br /> concerne tout le monde, et transforme la psychanalyse dans la réapropriation qui en est faite. Les "faitiches", la dimension symbolique, les médiations, l'imaginaire... toutes choses<br /> fondamentales pour la vie (ou la mort) d'un être et non pas seulement la survie d'un corps (ce que semblent viser uniquement les neurosciences).<br /> <br /> <br /> Onfray fétichise les idoles qu'il dit renverser, ou d'autres qu'il ne renverse pas, comme Nietzsche, et fétichise le dispositif comme tout bon moderne (à la fois la mécanique de renversement des<br /> idoles et la philosophie elle-même). Ce qu'il renverse est déjà tombé, on dirait que c'est le dernier au courant. Freud, comme dieu le père, sont des icônes de tee-shirt comme Che Guevara ou Kurt<br /> Cobain, ce sont des idoles simulées, elles appartiennent à la simulation (redoublement d'images, derrière l'idole simulée il n'y a rien, pure fascination) ; ce que ne pense pas Onfray, mais lui<br /> aussi semble se tenir dans la simulation.<br /> <br /> <br /> Ce qui est pénible, dans ces histoires, c'est que les bonnes questions ne sont pas posées. Par exemple, pour un peu Onfray se ferait l'apôtre d'un monde sans médiations, se servant de Nietzsche<br /> comme idole permettant le désert qui horrifiait celui-ci... L'athéisme d'Onfray tient-il la route une fois qu'il arrête de briser des idoles ?<br /> <br /> <br /> Onfray semble donc croire aux idoles d'autrui. Mais une pratique vraiment athée ne consisterait-elle pas à comprendre l'usage qui est fait des médiations, que ce soit des dieux ou des objets très<br /> mondains, et à les dénoncer en fonction de ces usages suivant un programme de philosophie morale (dans laquelle se tient Onfray)? De déconstruire ou attaquer des médiations et d'en proposer de<br /> nouvelles, dans un jeu de médiations, de croire/pas croire, d'expérimentations et de découverte (compréhension, expérience) de "nouvelles possibilités de vie" (Nietzsche) ?<br /> <br /> <br /> <br />
Répondre
E
<br /> <br /> Une pratique vraiment athée ? Mais l'athéisme d'Onfray, c'est justement de faire ressortir les ficelles et la pâte à modeler qui ont servi au "mythe", et de proclamer après coup qu'il<br /> n'a trouvé aucun dieu dans cet édifice (un peu comme quelqu'un qui couperait une femme en petits morceaux, à la recherche de son âme ou de son élan de vie, et qui finirait par<br /> prendre en horreur toute cette charpie; et là il s'écrierait : "comment avez-vous pu croire et admirer ça?" )... Un programme de philosophie morale constituerait l'antithèse<br /> de ce qu'il croit révéler. Je ne crois pas qu'il ait à proposer de nouvelles médiations, ni même qu'il ait compris Nietzsche... Et puisque on ne trouve que ce qu'on cherche, il n'a pas<br /> fini de ramasser des boyaux sur le chemin...<br /> <br /> <br /> J'ai vu en passant sur ton site que ce type de sujet était d'actualité pour toi. Concernant Lahire, je peux pas t'aider puisque c'est un parfait inconnu pour moi. Quant à mon approche de Kafka,<br /> c'est une sorte de médium à mes yeux Il se réveille avant tout le monde dans le corps d'un parasite géant, d'un coupable innocent qui se creuse la cervelle pour se souvenir de ce qu'il<br /> a bien pu commettre, et tout cela sans la moinde révolte, comme s'il baignait déjà dans la plus pure virtualité... Je me demande bien comment tu t'y serais pris pour démontrer la façon dont Kafka<br /> a été "construit comme tel".<br /> <br /> <br /> Enfin bref, merci pour ce gentil commentaire bien consistant. Il était temps :)<br /> <br /> <br /> <br />