Un labyrinthe : espace mental et collectif. Un jeu, des texte, une trame. Toute la question du fil d'Ariane. Ici, celui d'Elisabeth...
La mort à Venise de Thomas Mann. 1912.
SYNOPSIS : Gustave Aschenbach est un écrivain vieillissant, depuis longtemps reconnu pour son talent et ses œuvres. Mais alors qu’il travaille sur un nouveau livre, il est soudain pris d’une violente envie de partir en voyage. C’est à Venise qu’il ira…
Malgré la splendeur des palais vénitiens, il se souvient que cette ville l’a déjà rendu malade par le passé et qu’il n’a jamais pu y séjourner trop longtemps. Il le sait, mais il passe outre... Quelque chose de fétide semble flotter dans l’air. La puanteur des ruelles et les relents des canaux lui montent à la tête, mais il ne peut plus partir. Quelque chose le fascine désormais ici : un jeune garçon nommé Tadzio a croisé son chemin au restaurant de l’hôtel, et Aschenbach est resté stupéfié par sa beauté. Beauté plus parfaite qu’aucune œuvre de l’esprit !
Presque jaloux de cette beauté, l’écrivain s’absorbe totalement dans la contemplation de l’enfant. Pourtant, une épidémie de choléra rôde dans la ville. Les autorités tentent de dissimuler la rumeur, mais les gens avertis s’en vont peu à peu, avant que Venise ne soit mise en quarantaine… Aschenbach sait tout cela, mais il reste. Malade, affaibli, il continue de suivre le garçon du regard, sur la plage, dans le hall, dans les ruelles, partout où il aperçoit son image… Entre obsession morbide et révélation mystique, le vieil homme tente vainement de rejoindre l’idéal qu’il n’a fait qu’effleurer toute sa vie… Sa mort ne tardera plus longtemps.
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LA CRITIQUE : Ce court récit tout en atmosphères saisit d’abord le lecteur par la beauté du langage. Il n’y a pratiquement pas d’intrigue, et l’issue est déjà annoncée. Néanmoins, Thomas Mann parvient à faire ressentir au lecteur chaque impression du personnage, tout au long de son dernier voyage.
Aschenbach promène sur la ville un œil d’artiste. Le moindre détail prend une coloration étonnante. Ainsi, dès son arrivée à Venise, l’écrivain est frappé par les manies extravagantes d’un jeune homme agité et bruyant, puis s’aperçoit soudain que ce jeune homme est « faux ». Sa jeunesse est artificielle ; c’est un vieillard maquillé, perruqué, à la moustache teinte et aux vêtements trop vifs qui se tient devant lui. Aschenbach en est presque épouvanté. Un peu plus tard, le jeune Tadzio apparaîtra à son tour dans sa pureté éblouissante. Les contrastes se succèdent souvent de la sorte au fil des pages… La beauté féérique de Venise laisse place à un labyrinthe de ruelles malsaines où rôde le choléra. Un sentiment d’étouffement maladif succède à l’émerveillement de l’arrivée. La tristesse d’un départ précipité est subitement anéantie par l’envoi inopiné de ses valises dans une mauvaise direction, ceci le forçant à demeurer à l’hôtel. Une joie invraisemblable succède alors à la tristesse du départ ; la joie lugubre et incompréhensible de se retrouver prisonnier dans la ville avec l’objet de son obsession.
Le jeune Tadzio n’est pourtant pas une illusion, ni un symbole éthéré. C’est un jeune garçon bien réel, âgé d’environ quatorze ans. Il parle polonais et a trois sœurs aînées qu’Aschenbach a le loisir d’observer lorsque le petit groupe s’attable au restaurant, sous la surveillance de leur gouvernante. Les femmes qui surveillent Tadzio finissent d’ailleurs elles-mêmes par s’apercevoir du regard insistant de cet étranger et le rappellent vers elles dès qu’il s’aventure trop près de l’écrivain. Ce dernier en ressent une blessure profonde, la honte d’être soupçonné de quelque penchant malsain…Mais qu’en est-il vraiment ? Là encore, les contrastes se succèdent. De la pure contemplation à l’impulsion obsessionnelle, tous les états se succèdent dans le cœur du vieil homme. Aschenbach tente de modeler son écriture sur les formes idéales du jeune garçon, avant de se fondre entièrement dans son image et de s’y évanouir. A jamais...