Un labyrinthe : espace mental et collectif. Un jeu, des texte, une trame. Toute la question du fil d'Ariane. Ici, celui d'Elisabeth...
La beauté est une chose étrange... L'autre jour, je suis tombée sur Mythologies de Roland Barthes. Et plus exactement sur le chapitre qui porte sur le visage de Garbo. En voici un extrait : "Garbo appartient encore à ce moment du cinéma où la saisie du visage humain jetait les foules dans le plus grand trouble, où l'on se perdait littéralement dans une image humaine comme dans un philtre, où le visage constituait une sorte d'état absolu de la chair..."
Il me semble que si Greta Garbo vivait à notre époque, elle passerait pour une femme ordinaire. Je veux dire, sur un plan strictement plastique. Parce que cette sorte de beauté est faite de mystère, c'est à dire : de distance, d'art et de murs infranchissables. "Le fard a l'épaisseur neigeuse d'un masque; ce n'est pas un visage peint, c'est un visage plâtré"...
Aujourd'hui, on assiste plutôt à un étalage d'imageries. Le voyeurisme est de mise -- point de murs infranchissables. Et d'ailleurs, dès qu'on a vu de près de quoi il est question, dès qu'on l'a épluché, consommé, digéré, on s'en détourne avec un léger mal de ventre, avant de se mettre en quête d'une nouvelle marchandise.
Hum hum... La véritable fascination semble toujours venir d'un au-delà morbide. Ce qui est également valable pour le visage de Dietrich ne l'est déjà plus pour celui de Marilyn (trop proche, trop palpable). Non non, dans le cas de Monroe, il faut une mort tragique pour soutenir la légende...
Je pensais à ça aujourd'hui, en ces jours de canicule où les foules se précipitent dans les fraîches catacombes de Paris et déambulent parmi les ossements humains. Il fait chaud dehors, d'accord. Mais il ne fait pas seulement frais dans les catacombes. Il y a autre chose de troublant...
Parfois, il n'y a même pas besoin de chair pour qu'un crâne soit fascinant. Au contraire; on se retrouve face à une matière brute, débarassée du moindre élément putrescible. (Ho là, je suis de sombre humeur, je n'aurais pas du relire Hamlet). Non, c'est vrai, j'ai toujours été fascinée par ce genre de beauté. Et même ce genre d'ambiance. Sinon, il y a aussi des attractions plus "pulsionnelles". Des stimuli vitaux, en somme, comme la faim ou la soif... Mais en fin de compte, il faut éprouver le vertige (je dirais même la peur) pour savoir ce qu'est le charme.

C'était la pensée du jour et rien de plus.