Un labyrinthe : espace mental et collectif. Un jeu, des texte, une trame. Toute la question du fil d'Ariane. Ici, celui d'Elisabeth...
Une nymphe s'appelait Echo. Echo aimait Narcisse... Narcisse aimait Narcisse... Echo était captive de l'écho d'autres voix ; Narcisse était captif de son propre reflet. Tel est le mythe. Il faut saluer les grecs antiques pour leur génie de la personnification. Pour chaque recoin de l'âme humaine (tendance, complexe, passion, haine, jusqu'aux névroses mêmes...) ils surent trouver un personnage illustrant "dans sa chair" l'état d'âme en question. Mais qu'en est il de nous aujourd'hui ?
Oui, nous avons bien des ressemblances avec Narcisse. Comme lui (figé au bord des eaux, l'oeil scrutant une image) nous percevons machinalement la voix d'une petite nymphe, postée juste à côté. Nous ne savons pas son nom, mais nous savons qu'elle nous répète toujours les mêmes slogans : ondes sonores pour ondes visuelles. Quels sont-ils, ces slogans ? Hum... Il y a le choix. Ca ressemble à des sentences tyranniques. Mais des sentences enveloppées de la plus extrême douceur, stratégiquement orientées vers notre beau nombril. Par exemple : "Prends soin de toi ; Tu le vaux bien ; N'imite pas, innove ! ; Just do it !" ... Oui oui, la pub m'indispose.
C'est dommage, d'ailleurs, cette intime connaissance des mécanismes du désir, si habilement déployée pour en arriver là (un vulgaire marchandage). Il y aurait là tout un théâtre des profondeurs à explorer... Mille personnages jaillissant de leurs ondes immobiles et échappant à la noyade. Je dis ça parce qu 'on s'ennuie ferme au bord de l'eau (cette eau là), coincé entre Echo et Narcisse. La vie s'anime au gré des rencontres, mais ces deux là ne rencontrent jamais qu'eux mêmes, quelle que soit la matière où ils posent le regard... Et quel que soit l'espace où retentit leur voix.