Un labyrinthe : espace mental et collectif. Un jeu, des texte, une trame. Toute la question du fil d'Ariane. Ici, celui d'Elisabeth...
Des conférences ouvertes au public ont régulièrement lieu au service universitaire de l'hôpital St Anne à Paris : vaste édifice dédié aux malades de l'esprit...
Pour parvenir au lieu-dit, il faut d'abord cheminer le long des multiples allées du jardin agrémenté de petites pentes, de coins et de recoins, par delà mille carrés de pelouse verdâtre... J'exagère, dira t'on... Bref, on y entre un peu comme dans un labyrinthe. Heureusement, on en sort facilement quand on s'y aventure en tant que simple visiteur.
La conférence en question avait pour titre : "Approche psychanalytique de l'activité délirante". Je vais donc restituer les précieuses connaissances que j'ai acquises malgré mon oeil de néophyte.
Quoiqu'il y ait des formes variées de délires et bon nombre de psychoses, notre conférencier s'attarda volontier sur le cas du schizophrène. Il en fit le coeur de sa problématique, et je dois dire que jamais cas clinique ne me fut présenté avec autant de mystère. Vraiment, il en dressa un portrait digne de la plus obscure énigme des temps...
La schizophrénie, nous dit-on, n'est pas une psychose comme les autres, car le malade n'a pas accés au souvenir de l'unité originelle (c'est à dire, l'époque où le bébé crée son premier rapport au monde en s'y projetant d'une manière quelque peu narcissique). Les psychoses ordinaires amorcent généralement leur délire dans ledit narcissisme afin de se recréer un monde intérieur à partir de l'ego. Mais pas le schizophrène. Non, car le schizophrène (par un étrange oubli, un vide ou je ne sais quelle ellipse) n'a même pas d'ego. Disons plutôt que son ego a volé en éclats, de sorte qu'aucune limite claire n'existe entre lui et les autres; entre l'intérieur et l'extérieur.
Le conférencier nous rapporta ces paroles d'un patient : "Je n'ai jamais d'intimité".
Le monde entier devient pour lui un bruitage incessant, une sorte d'ennemi omniprésent qui agit jusque dans ses pensées. Or comment en est-il arrivé là ?
Notre conférencier explique que la raison se trouve dans la qualité du premier rapport au monde du nouveau né. Ce n'est pas que le rapport se serait mal passé; il ne s'agit pas là de savoir si le rapport se fit dans l'amour, la haine, la violence ou l'ambiguité.... Non, il s'agit de constater que le rapport n'a pas eu lieu.
On peut imaginer que le petit individu fut simplement traité comme un objet parmi d'autres, de la sorte la plus neutre qui soit. Ou bien, qu'il ne fut pas traité du tout. A la source de cette affaire, il y a la négation de soi même en tant que personne à part entière. Enfin, cela reste une énigme, car après tout, il y a aussi des individus ignorés ou mésestimés qui n'en deviennent pas moins de grands mégalomanes à l'égo totalitaire.
J'aurais beaucoup aimé qu'un ami (très cher) m'accompagne à cette conférence, car tout au long de ce portrait, j'avais l'impression que le psychiatre parlait de lui. Certes, le jeune homme en question n'est qu'un malade léger, mais il ressemble quand même beaucoup à cet Homme Elliptique. Vraiment, j'ignore s'il faut se laisser charmer par tant de mystère ou partir en courant.