Un labyrinthe : espace mental et collectif. Un jeu, des texte, une trame. Toute la question du fil d'Ariane. Ici, celui d'Elisabeth...
Voici quelques réflexions et extraits issus du livre L'Antéchrist, par Frédéric Nietzsche.
Il est sûrement trop difficile de se représenter le degré d'hypocrisie qui règnait dans la société crépusculaire qu'est la fin du dix neuvième siècle, mais compte tenu de la rage de Nietzsche pour défendre son fameux instinct de puissance, on peut s'en faire une petite idée.
Notre grand philosophe a mis un point d'honneur à replacer l'homme au niveau de ses instincts les plus basiques (et même, les plus féroces). Car s'il y a quelque chose de pire qu'un homme rabaissé au rang de bête : c'est lorsqu'une bête se déguise en homme. Nietzsche (qui prétendait avancer masqué) n'a jamais cessé de faire sauter les masques et d'arracher les déguisements.
Il me semble qu'il a mis à nu ses propres instincts sans fard ni pincettes, poussé l'homme à une totale intégrité, une pleine conscience de ses désirs et de ses valeurs réelles. Il a surtout voulu le dégager des influences culpabilisantes du temps, et en premier lieu, du christianisme. J'ignore comment il en est venu à s'écrier : "Le parasitisme ! seule et unique pratique de l'Eglise, avec son idéal d'anémie, son idéal de sainteté buvant à l'épuiser tout sang, tout amour, tout espoir dans la vie ; l'au delà en tant que volonté de négation de toute réalité ; la croix comme emblème pour la plus souterraine des conjurations qui aient existé : contre la santé, la beauté, la qualité, la bravoure, l'esprit, la bonté de l'âme, contre la vie elle même".
J'ai remarqué que ce sont toujours les plus chrétiens qui se dégoûtent le plus violemment de cette religion (car Nietzsche se destina d'abord à la théologie, mais renonca finalement à devenir pasteur)... C'est encore l'hypocrisie, je suppose, qui aura mis Nietzsche en fureur. On dirait qu'il a dû arracher les évangiles de sa moelle (cette opinion n'engage que moi).
Enfin bref, voici un autre petit échantillon de l'Antéchrist, livre dont certains développements donneront matière à une sanglante idéologie :
"L'évolution que représente l'humanité n'est pas un progrès vers quelque chose de meilleur ou de plus fort... L'Européen d'aujourd'hui, quant à sa valeur, reste bien en dessous de l'Européen de la Renaissance... Sous un autre rapport, il existe une réussite constante des cas isolés, aux endroits les plus divers et provenant des cultures les plus diverses avec lesquels se manifeste effectivement un type supérieur : quelque chose qui par rapport à l'ensemble de l'humanité est une sorte de surhomme".
Le vingtième siècle a vu ce que ce genre d'exhortations a donné sur le terrain, massivement inoculé à des esprits sans finesse. Il y a tant de chiens enragés qui feraient mieux de cultiver l'Homme qui sommeille en eux, qu'il est toujours trop tôt pour penser au surhomme...
Enfin bon, le conflit d'interprétation est inévitable. Que voulait donc dire Nietzsche ? Que l'homme doit assumer et explorer sans crainte ses instincts les plus dangereux ?
Or, après s'être immergé au coeur de l'instinct animal, il faut encore passer par le règne végétal (la réceptivité originelle). Et après ça, il faut descendre plus bas que terre, sous le poids indicible de l'instinct minéral (si ! si ! il y a également un instinct minéral, proche de la force d'inertie, et bien ancré en nous).
Puis, ayant parcouru toutes les composantes de sa nature, l'être humain devrait pouvoir choisir en connaissance de cause ce qu'il est vraiment. Ou du moins, il devrait pouvoir déceler cette petite place vide, cette zone manquante, cette question sans réponse à laquelle il doit pallier par lui même, ce en achevant de se créer à l'image qu'il aura intimement choisie.