Autre univers tout en labyrinthes... Les terres d'Océanie.
Et d'ailleurs, est-il autre, cet univers ? Les paysages, là bas, sont un monde cérébral. Une émanation des idées (presque platoniciennes) jaillies le temps du rêve. Des dieux et
des déesses-serpents créèrent ce monde à mesure qu'ils ondulaient sur les eaux et la terre, puis engendrèrent les hommes, les bêtes, et d'autres créatures qui poursuivirent leurs
oeuvres avant de se réfugier dans les crevasses, sous les rochers, au fond des mares ou des cavernes. Les wanjinas sont précisément des esprits de l'eau et de l'ombre, représentés comme
de petits spectres sans bouche aux yeux béants.
Ces images fantomatiques donnèrent à certaines âmes
crédules (des touristes, je suppose) l'idée qu'un groupe d'extraterrestres serait passé par là en des temps ancestraux. Ces wanjinas ne sont pas des humains, certes, et la
légende raconte que certains d'entre eux se changèrent en "voie lactée"...
Plus sérieusement, les paysages décrits dans les mythes australiens sont toujours d'une terrifiante exactitude topographique. Et même en ce qui concerne l'histoire ancienne, des
scientifiques se sont amusés à vérifier la concordance du mythe et du site, avant de s'incliner devant cette étrange base de données ambulante... Mais peut-on encore lire l'histoire sacrée
dans le paysage australien ? Humm... pas sûr. Aujourd'hui, les initiés consentent à peindre le rêve ailleurs que sur le sol. Autrefois, il fallait couvrir la terre de son propre
sang sur une surface importante, attendre qu'il ait séché, et tracer les figures du mythe dans ce sol rouge, au cours d'un cérémonial complexe. Seuls des êtres ayant effectué un long cheminement
pouvait ainsi faire ressurgir le "temps du rêve" et pénétrer dans l'invisible... Aujourd'hui, on peut se procurer des toiles à Paris.
Mais j'aime à croire que le grand serpent arc-en-ciel ondule et se déroule partout où il peut s'engouffrer. Ce serait drôle, qu'il se mette à ramper dans le salon d'un collectionneur d'objets
d'art primitif, et qu'il trouve le moyen de s'incarner dans une civilisation si opposée à son esprit. Quoique... n'ai-je pas fait l'analogie avec les idées de Platon ?
Laissons donc onduler le serpent. Qu'il trace son chemin ici-même, s'il le souhaite. Il y a bien longtemps que je le suis des yeux...
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