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26 novembre 2009 4 26 /11 /novembre /2009 21:52

 (Etude extraite du dossier Mythes&Codes)
 

 Il existe un mythe qui semble s’articuler sur la même trame, quelle que soit l’époque ou la région du monde; le mythe de la descente aux enfers... Il se retrouve encore aujourd’hui dans les codes scénaristiques et communicationnels. Sa signification n’est jamais vraiment la même, mais une fois qu’il a été formulé, il semble imposer sa marque à toute une culture… Beaucoup ont cherché à décrypter son sens ultime, bien qu’il s’agisse avant tout d’un processus, et non pas d’un symbole. Mais explorons toujours quelques unes des significations qu’on à donné à ce passage dans l’autre monde…

 

Dans son livre La chasse structurale, Gérard Mendel assimile l’activité symbolique à une sorte de séquelle post-natale correspondant au stade où le nourrisson dépend entièrement de sa mère. C’est ainsi qu’il explique la puissance des déesses-mères, souvent constatée à la source de cultures où la femme ne tient pourtant qu’un rôle de second ordre… Pour illustrer sa thèse, Mendel s’appuie sur un épisode rapporté par Lévi-Strauss, et qui met en scène un shaman de la tribu des Cuga dans la république du Panama.

Ce shaman intervient au cours d’un accouchement difficile, dans un contexte fort évocateur. Il y effectue un voyage jusqu’au séjour de Muu (littéralement assimilée à l’utérus et au vagin) : puissance responsable de la formation du fœtus. Mendel écrit : « Le shaman est le messager entre deux mondes. Orphée primordial, il lui faut aller et revenir (…) Le shaman-pénis pénètre ainsi dans l’Inconscient afin de recouvrer la part de principe vital qu’à reprise à elle indûment Muu, puis il revient dans le monde des hommes. Mais au terme de ce voyage intérieur, une opération est nécessaire : verrouiller le passage emprunté afin que, comme devant, les deux mondes existent bien séparés. »

Pour Mendel, il est explicite que le monde de la nature s’oppose ici au monde de la culture (ou de la société toujours menacée de dissolution par les forces primordiales de la terre-mère). Ce voyage jusqu’au royaume de Muu dont il faudra verrouiller l’issue nous renvoie à la symbolique de la descente aux enfers, de la confrontation à la mort et à l’informe… Bien que le rapport nature/culture varie fortement d’une société à l’autre, il pose ici l’universalité d’un pouvoir acquis sur la nature et rendu manifeste par la soumission de la femme, tout en reléguant dans l’Inconscient les traces de cette lointaine conquête… Nous verrons plus bas que si le mythe de « la descente aux enfers » est bien universel, il prend des formes multiples et donne lieu à une infinité d’interprétations. Celle de Mendel s’appuie largement sur les travaux de Freud et sa théorie sexuelle. Il écrit encore : « A ne percevoir que le contenu manifeste des mythes, on reconnaîtrait certes qu’ils sont élaborés et travaillés à ce niveau apparent par les systèmes structuraux ; mais on laisserait échapper ce qui les a produit et ce qui les reproduit : la lutte entre les sexes.

L’univers des mythes et des religions primitives, peuplé d’entités féminines et maternelles qui deviennent menaçantes si leur pouvoir ne demeure pas contenu à l’intérieur de certaines limites ou si leur autorité est contestée – d’où procède en effet leur puissance ?

D’un désir pour la mère, condamné par le groupe des hommes, et comme tel vécu comme dangereux, de même que l’objet vers lequel il se porte, désir refoulé plus ou moins complètement mais toujours actif dans l’Inconscient ?   Certainement.

D’une nature environnante pleine de périls tout autant que source de nourriture, et peuplée inconsciemment d’entités maternelles par la projection ? – Certainement.

Mais outre les souvenirs du petit enfant dans lesquels le personnage puissant était la mère, le  refoulement secondaire et la culpabilité transforment l’image féminine dominée dans les rapports sociaux, exclue des grandes décisions, à laquelle on prend le pouvoir de ses actes, en une image inconsciente redoutée (et donc dominante), telle que la révèle le retour du refoulé dans l’activité symbolique. »


Certes, il est bien probable que certains mythes (ou autres tensions occultes) nous révèlent ce genre d’informations sur notre société dualiste et segmentée… Mais de là à faire du mythe un produit de la lutte entre les sexes, c’est oublier bien des aspects du mythe (dont l’action s’étend au-delà de l’inconscient). La chose ne se présente d’ailleurs pas toujours comme une lutte… Les mythes sont des processus combinatoires et les plus subtils vecteurs de la mémoire (consciente ou inconsciente). Ils nous renseignent d’abord sur l’échelle de valeurs propre à un groupe ou une société, leurs fondements et leur équilibre. Il serait bien vain d’y chercher une vérité universellement valable pour tous… Mais voici un petit panorama du mythe de la descente aux enfers à travers différentes cultures : la Mésopotamie, l’Egypte, le Japon, l’Inde et la Grèce. Nous y verrons que ce voyage au royaume des ombres peut être celui d’un homme comme celui d’une femme, et que l’entité qui représente la mort est tantôt féminine et tantôt masculine. Quant aux rapports que ce « passage initiatique » instaure avec la nature, ils sont variables. Le mythe n’est pas figé. Chacun le reçoit et le transforme selon ses voies…

 

cinq  mythes  de  La  descente  aux  enfers : 

  

Ishtar et Tammuz / Mythologie mésopotamienne.

Izanagi et Izanami / Mythologie japonaise.

Isis et Osiris / Mythologie égyptienne.

Sâvitrî et Satyavan / Mythologie indienne.

Orphée et Eurydice / Mythologie grecque.

 

Evidemment sur ce thème, il y en a une multitude, tant et tant d’autres…

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ISHTAR  ET   TAMMUZ  __________________  Mésopotamie

 

En des temps éloignés, un berger nommé Tammuz s’éprit d’une déesse. La grande Ishtar : déesse de la guerre et de l’amour, assurait la fécondité de tous les êtres à travers le cycle de la vie, et gouvernait le royaume du jour.

Tammuz vint se présenter devant Ishtar avec les bêtes de son troupeau. Il se prosterna et s’offrit à elle. Un riche agriculteur se présenta aussi devant la déesse avec les fruits de ses récoltes. Un long combat eut lieu entre les deux hommes, après quoi la déesse choisit Tammuz, le berger.

La déesse s’unit au mortel, mais la joie et la paix ne succédèrent pas à leur union car Ishtar n’était pas satisfaite de régner sur le royaume du jour. Un autre royaume suscitait son envie, situé dans les tréfonds des espaces inférieurs. C’était un lieu de mort, mais la déesse voulut descendre aux enfers, dans le royaume de sa sœur aînée afin de lui prendre son trône. Elle décida de passer les sept portes et de s’attribuer la totalité des mondes d’en haut et d’en bas, du jour et de la nuit, croyant pouvoir devenir la Déesse Absolue. Or, à peine eut-elle pénétré dans le royaume des ténèbres qu’elle se retrouva nue et sans armes. C’est ainsi qu’elle perdit ses pouvoirs et n’y fut plus qu’une prisonnière.

Cependant, comme c’était la déesse Ishtar qui assurait la fertilité de la terre et que le royaume du jour avait besoin d’elle pour survivre, la reine des enfers lui permit de remonter à la surface, à condition que celle-ci lui envoie un autre prisonnier en remplacement.

Ishtar remonta donc sur la terre, escortée de démons et se mit en quête d’un remplaçant. De retour dans son palais, elle eut la mauvaise surprise de retrouver Tammuz confortablement installé sur son trône, car entre temps, le berger était devenu le roi de la cité.

-          Ah ! s’écria-t-elle. Tu voulais prendre ma place ? Hé bien, tu vas la prendre !

Elle désigna alors Tammuz pour la remplacer en enfer, et le jeune homme dut partir pour le royaume d’en bas.

Si la déesse Ishtar n’avait plus d’amour pour Tammuz, celui-ci avait encore une sœur jumelle, assez aimante pour le secourir. La sœur du berger parvint à convaincre la reine des enfers de laisser Tammuz libre une moitié de l’année à condition qu’elle remplace elle-même son frère pendant l’autre moitié. C’est ainsi que Tammuz descendit dans le royaume des morts au commencement de l’hiver. Mais chaque printemps, il put revenir sur terre, semblable au renouveau de la nature et des saisons.

 

Analyse du Mythe :

Mythe essentiellement agraire du renouveau de la vie. La fécondité y tient la place principale (le culte d’Ishtar fut longtemps prépondérant), mais elle est « limitée » par les forces des ténèbres détenues par sa sœur aînée. Ici, le héros  ne vainc pas la mort et ne remonte pas librement des enfers. L’ambition de la déesse se heurte à un compromis (fraternel) entre le jour et la nuit, mais c’est aussi l’amour fraternel qui permet le renouveau. Quant aux rivalités du berger et du cultivateur, nous pouvons sans doute y voir une opposition de la vie nomade et sédentaire. La préférence d’Ishtar pour le berger a peut-être valeur d’augure. Notons que c’est probablement de cette région de Mésopotamie (royaume d’Uruk /Ur) que le patriarche Abraham partit vers la terre promise, laissant derrière lui les dieux de ses pères.

 

Notes : La déesse Ishtar des babyloniens correspond à la déesse Inanna des sumériens. Le Tammuz babylonien correspond à Dumuzi. Il n’est pas exclu que certains « amalgames » entre les deux versions se trouvent dans notre texte, du fait de l’ambiguïté du rôle de la déesse. En effet, les motifs de sa descente aux enfers varient selon les versions. Tantôt Ishtar apparaît comme la responsable du départ de Tammuz, tantôt elle tente de le ramener en se désignant elle-même comme remplaçante. Le culte de cette déesse semble donc avoir subi des transformations à travers les époques, et probablement une forme de disgrâce. Le mythe relate le dépouillement progressif d’Ishtar, sommée d’ôter l’un de ses vêtements à chacune des sept portes, jusqu’à la totale nudité.

 

 

 

IZANAGI  ET  IZANAMI  ___________________  Japon

    

Au commencement était le chaos, et petit à petit, un premier monde se constitua : la haute plaine céleste. C’est alors qu’apparut le couple d’Izanagi et Izanami, suspendu dans les nuées, flottant au dessus des eaux. Izanagi était l’homme. Izanami, la femme.


Izanagi tendit sa lance dans l’eau et l’agita en tout sens. Les gouttes de l’océan ainsi projetées se changèrent en îles, en montagnes, en forêts… C’est ainsi qu’ils créèrent l’archipel du Japon. Puis, ils continuèrent de peupler leur création et d’y insuffler la vie.

Lorsque Izanami donna naissance au dieu du feu, elle fut mortellement brûlée, et dut descendre aux enfers. Fou de colère, Izanagi trancha la tête du dieu, mais de son sang jaillirent seize autres divinités. Izanagi se résolut à descendre à son tour aux enfers pour en ramener sa compagne.

Arrivé au royaume des morts, Izanagi perçut la voix d’Izanami, mais il ne la vit pas, car elle se dissimulait volontairement dans l’ombre.

-          Ne me regarde pas, supplia t’elle. Il faut que je demande la permission de remonter avec toi. J’ignore si elle me sera accordée, car j’ai déjà goûté à la nourriture des morts.

-          Laisse-moi te regarder, répondit-il.

Mais elle refusa. Izanagi s’obstina et parvint à surprendre sa compagne. Or, c’est avec horreur qu’il découvrit un cadavre tout dégoulinant de pourriture. Blessée et humiliée de ce regard, Izanami se jeta sur son compagnon en hurlant. Izanagi prit la fuite, tandis que son épouse en furie se lançait à sa poursuite.

Izanagi parvint tant bien que mal à remonter à la surface, tout écorché par les griffes de sa femme. Cette dernière dut s’arrêter à la limite des enfers dont Izanagi scella l’entrée, mais elle lui lança encore des paroles stridentes.

-          Je te jure de tuer chaque jour mille créations sorties de toi ! s’écria Izanami.

-          Hé bien, j’en recréerai mille cinq cent tous les jours, répondit Izanagi.

Et il partit.

Parvenu à une rivière, il lava ses plaies et se purifia. Son œil droit se changea en lune. Son œil gauche en soleil. Les vêtements qu’il portait se changèrent également en diverses créatures. Ainsi, Izanagi se fondit dans la nature et fit corps avec elle.

                                                      

                  

Analyse du Mythe :

 

Quoique la notion de démiurge se retrouve dans le mythe (principalement quant à la naissance du Japon, considéré comme d’essence divine), Izanagi et Izanami n’interviendront plus vraiment dans l’histoire. Leur dissolution dans la nature souligne le caractère animiste du mythe (d’où le culte des montagnes, des arbres et autres émanations du premier monde céleste). Un certain équilibre est instauré par le couple quant aux morts et aux naissances, mais là encore, le héros ne parvient pas à ramener sa compagne des enfers. Soulignons également la violence des principaux protagonistes, sans véritable responsabilité. En effet, il n’y a pas d’adversité fondamentale, mais une irruption de forces obscures, due à la mort comme telle. Le monde d’en bas est le troisième monde (Yomi), et c’est de lui que découlent les notions de mal et de souillure.  L’unique remède devient alors la purification rituelle.  

 

Notes : Plus précisément, Izanagi et Izanami sont assimilés aux premiers kamis. Le mot « kami » désigne les puissances invisibles, sans qu’il s’agisse expressément de dieux. Ce terme du Shintô est sans équivalent dans la pensée occidentale. Le kami se rapporte à tout ce qui est, ou devient sacré. Cela implique autant les êtres que les phénomènes, les lieux et les objets. L’œil gauche d’Izanagi est le symbole auxquels les empereurs font remonter leur lignée. En effet, ce disque rouge personnifie la déesse solaire Amaterasu, et figure sur le drapeau japonais. 

Le mythe est tiré du Kojiki (récit des choses anciennes).

 

 

 

ISIS  ET  OSIRIS  ______________________   Egypte

 

Atoum, le dieu solaire, fut le premier à jaillir des eaux primordiales. Il se créa lui-même et donna naissance au premier couple divin : Shou et Nefnout, le souffle et le l’atmosphère. A leur tour, ils donnèrent naissance au ciel et à la terre : Nout et Geb. Ces derniers eurent quatre enfants, deux fils et deux filles : les dieux Osiris et Seth, et les déesses Isis et Nephtys.

Osiris était bon, et régnait sur l’Egypte avec sagesse. Il enseigna l’écriture à son peuple, pratiqua l’irrigation et cultiva habilement ses terres. Le dieu Seth, quant à lui, avait reçu l’esprit du mal, et régnait sur une terre stérile. Jaloux et malveillant, il convoitait la place d’Osiris.

Tandis que le dieu Osiris gouvernait son empire aux côtés de son épouse Isis, le dieu Seth méditait la perte de son frère. C’est ainsi que Seth imagina de construire un somptueux sarcophage à la taille d’Osiris. Lorsque le sarcophage fut prêt, il organisa un banquet où furent conviés tous les dieux de l’Egypte. Il présenta le sarcophage à leurs yeux, et tout le monde en admira la beauté.

-          J’ai l’intention de l’offrir, déclara Seth. Et c’est à celui qui s’y sentira le plus à l’aise que j’en ferai cadeau. Allons, mes amis, essayez-le à votre tour.

Ce fut bien sûr Osiris qui s’y glissa le mieux, puisque le sarcophage était à ses mesures. Le piège se referma sur lui, et le sarcophage fut jeté au fleuve sur ordre du dieu Seth. Osiris mourut noyé, et Seth eut alors le loisir de s’emparer du trône.

Folle de douleur, la déesse Isis entreprit de retrouver le corps de son époux. Elle possédait  beaucoup de dons, parmi lesquels celui de la magie. Le nouveau maître de l’empire voyait d’un mauvais œil les recherches d’Isis. Craignant qu’elle ne parvienne à ranimer Osiris,  le dieu Seth se dépêcha de retrouver le corps de son frère avant elle. Dès qu’il l’eut retrouvé, il le découpa en quatorze morceaux et le dissémina à travers tout l’empire. Malgré les ruses et les nuisances de Seth, la déesse Isis ne perdit pas patience. Elle parvint à rassembler tous les morceaux du corps et à le ranimer avec l’aide d’Anubis, le dieu des morts. Cela ne dura qu’un moment. Bien que ressuscité, il fallait qu’Osiris s’en aille  pour le royaume d’en bas. Mais avant cela, il put s’unir à Isis et engendrer Horus. Après qu’Osiris ait regagné l’empire des morts, la déesse éleva l’enfant dans la mémoire de son père.

Parvenu à l’âge adulte, Horus alla se confronter à son oncle Seth afin de lui reprendre le trône et de venger son père. Ainsi, par le règne du fils d’Isis et Osiris, l’ordre fut rétabli dans le royaume d’Egypte.

 

Analyse du Mythe :

Les notions de bien et de mal apparaissent clairement dans ce mythe. L’enfant posthume assure ici la victoire. La généalogie tient une grande place dans l’ordre des choses. Néanmoins, il s’agit avant tout de querelles intestines et de luttes pour le pouvoir théocratique. Remarquons l’attraction que le sarcophage exerce sur les dieux conviés au banquet, et soulignons la prédilection des égyptiens pour les rites mortuaires (tout comme l’aspect chirurgical de la résurrection). Si Osiris est initialement assimilé à la végétation et à la prospérité, il devient par la suite le dieu des morts. Isis est, pour sa part, l’incarnation de l’amour conjugal et maternel, mais également la détentrice des puissances magiques. L’importance de son rôle confère à l’amour une valeur prédominante, sans pour autant se poser en valeur absolue, car la puissance divine apparaît toujours multiple et enchevêtrée.


 

 Notes : Atoum, le dieu créateur et auto-créé est une manifestation de Râ, le soleil. Quant à Isis, elle sera assimilée à Déméter (Terre-Mère)  à l’époque gréco-romaine, et personnifiera la déesse universelle. Son culte se répandra dans tout le bassin méditerranéen. C’est aussi Isis qui reconstitue le phallus de son époux (seul morceau manquant parmi les quatorze disséminés par Seth). Les représentations d’Isis et de l’enfant Horus font écho à bon nombre d’images de la Madone chrétienne, mais la déesse personnifie avant tout le trône et la légitimité du pouvoir pharaonique.

 

 

 

SÂVITRΠ ET  SATYAVAN  _____________________  Inde

 

A l’époque où la princesse Sâvitrî dut choisir un époux, son cœur se porta vers Satyavan, beau et vertueux parmi les hommes. Son père était un ancien roi, déchu de son royaume. Devenu aveugle, il avait fait le vœu de vivre comme les ascètes de la forêt auprès de sa femme et de son fils. Ainsi, le jeune Satyavan partageait l’ermitage de ses parents et les soutenait dans leur vieillesse. Or, il y avait un sage du nom de Nârada qui tenta de dissuader la princesse d’un tel mariage.

     - Tu ne dois pas épouser Satyavan, dit le sage, mais ce n’est pas à cause de sa pauvreté, ni parce que son père a perdu son royaume. La vérité, c’est que ce jeune homme n’a plus qu’un an à vivre. Ses jours sont comptés. Veux-tu vraiment devenir veuve dans la fleur de ta jeunesse ?

 Mais Sâvitrî ne changea pas d’avis et épousa Satyavan. Bien décidée à vivre dans la forêt, elle s’installa dans l’ermitage auprès de son mari et de ses beaux parents.

Le mariage fut célébré, mais l’année eut tôt fait d’arriver à son terme. Trois jours avant la date où Satyavan devait mourir, la princesse Sâvitrî entama un jeûne et une longue veille. Elle demeura debout trois nuits durant. Au dernier jour, lorsqu’elle vit Satyavan prendre sa hache pour aller couper du bois, elle s’élança derrière lui, car elle savait que son heure était venue.

Quelques instants après avoir commencé son travail, Satyavan fut pris d’un vertige et de violents maux de crâne. Sâvitrî le fit asseoir près d’elle et lui posa la tête sur ses genoux, mais la douleur ne passa pas.

C’est alors qu’un homme vêtu de rouge apparut. Il était grand et sombre. La princesse comprit immédiatement qu’il ne s’agissait pas d’un homme ordinaire mais d’un dieu. Dès l’apparition de ce grand personnage, Satyavan perdit connaissance.
savitri et satyavan

-          Je m’appelle Yama, dit l’homme sombre. Je suis le dieu de la Mort, et je viens en personne pour emmener ton époux. Tu peux t’en aller, ma belle Sâvitrî, car tu es allée aussi loin que tu pouvais.

Ayant dit ces mots, Yama sépara l’âme et le corps de Satyavan. Il enferma son âme dans un sac qu’il lia, et son cadavre tomba à terre. Mais Sâvitrî ne rebroussa pas chemin.

-          Je savais bien que tu étais un dieu, répondit la princesse. Avant de t’en aller, écoute ce que j’ai à te dire : les sages qui vivent dans la forêt possèdent le vrai courage, car ils observent ce qui est juste. Ils connaissent la Loi qui régit l’univers, et c’est celle que j’ai choisi d’observer moi aussi. Telle est ma voie, et je n’en veux pas d’autre.

-          Tu as bien parlé, dit Yama. Je vois que tu es noble et vertueuse, et je veux te récompenser pour tes paroles. Demande-moi une faveur, belle Sâvitrî. N’importe laquelle, hormis la vie de Satyavan.

-          Mon beau-père est aveugle, répondit Sâvitrî. Fasse qu’il retrouve la vue.

-          Tu es exaucée, répondit Yama. Mais vas-t’en vite à présent.

-          Je ne peux pas me résoudre à m’en aller ainsi, dit la princesse. Il y a encore une vérité que j’aimerais proclamer : Ne faire aucune violence à aucun être, ni en acte, ni en pensée, voilà la Loi éternelle. Or, les sages ne se contentent pas d’être bons envers leurs amis ; ils se conforment à la Loi même avec les ennemis qui tombent entre leurs mains. Telle est la vraie bonté.

-          C’est la pure vérité, répondit Yama. Ces mots me comblent de joie. Choisis une seconde faveur, ô merveilleuse Sâvitrî. Tout ce que tu voudras, excepté la vie de Satyavan.

-          Autrefois mon beau-père possédait un royaume, dit la jeune femme. J’aimerais que ce royaume lui soit rendu sans qu’il ait à abandonner ses vœux.

-          Soit ! dit Yama. J’exauce ton souhait. Mais rentre chez toi, princesse. Tu dois être épuisée.

-          Je ne suis pas fatiguée, répondit Sâvitrî. Et je sais qui tu es. Tu n’es pas seulement Yama, le dieu de la Mort. Tu es aussi Yama, le seigneur de la Loi. Or, les bons agissent toujours selon la Loi. C’est à toi qu’il appartient de reconnaître la bonté. Les bons n’ont pas à craindre les bons. Ce n’est pas par crainte de la Loi qu’ils agissent, mais par amour de la vérité. Et c’est pourquoi les bons choisissent d’être des protecteurs.

-          A mesure que je t’écoute parler, dit Yama, je m’émerveille de ta sagesse. Choisis une faveur incomparable, épouse fidèle !

A cet instant, la princesse Sâvitrî remarqua que le dieu n’avait ajouté aucune restriction à sa parole et qu’elle pouvait lui demander ce qu’elle voulait le plus au monde. Elle demanda alors la vie de Satyavan. Yama la lui accorda, ainsi que ces faveurs précédentes. Le dieu de la Mort délia l’âme du jeune homme et tandis qu’il retournait d’où il venait, Satyavan reprit conscience.

 

 

Analyse du Mythe :

 
Ici, la Loi ne s’apparente pas seulement au cycle de la nature, mais à un ordre sacré. L’observance des rites, du jeûne, d’une veille et la proclamation de maximes vertueuses assurent à la princesse les faveurs du dieu Yama. Remarquons qu’il n’y a pas de séparation entre les notions de mort et de loi, puisqu’elles se retrouvent toutes deux personnifiées dans un même dieu. Tout devient possible à la fervente Sâvitrî malgré l’apparente fatalité de son union. L’éloge que reçoivent les ascètes, les sages et les ermites nous indique où se trouve la valeur fondamentale. Ici, l’héroïne parvient à fléchir la mort. La loi dont il s’agit est à la fois un ordre cosmique et moral (le Dharma), mais aussi une idéalisation du rite et de la parole. En effet, son exploit consiste davantage en une plaidoirie qu’autre chose.

 

Notes : L’histoire de Sâvitrî est tirée du Mahâ-bhârata, épopée sanskrite qui influença l’ensemble de la tradition indienne. Dans le texte original, la princesse prononce davantage de maximes et se voit accorder bien d’autres faveurs parmi lesquelles : une centaine de fils issus de son sang. Cet aspect relativise quelque peu l’idéal ascétique hindou.

Quoique Sâvitrî ne soit pas au nombre des déesses du panthéon indien, son rôle auprès de Satyavan reflète celui de la sakti (énergie créatrice et régénératrice) que personnifie l’épouse de chaque dieu.

Ce mythe révèle une conception non dualiste de l’existence où les contradictions apparentes se résolvent dans un principe d’Unité (Brahman).

 

 

 

ORPHEE  ET  EURYDICE ________________________  Grèce

 

Il y avait un poète nommé Orphée que le dieu Apollon combla de toutes les grâces. Il jouait de la lyre et chantait si merveilleusement que nul ne pouvait l’entendre sans être subjugué ; non seulement les bêtes féroces, mais aussi les arbres et les pierres. Il mettait tant d’émotion dans ses chants que la nature entière semblait retenir son souffle.


Orphée aimait Eurydice, douce et belle parmi les nymphes, et il en fit sa femme. Les nymphes étaient des divinités bienfaisantes qui peuplaient la nature, filles de Zeus et du Ciel. Peu de temps après son mariage avec Orphée, la belle Eurydice fut importunée par un cultivateur, nommé Aristée, qui était également amoureux d’elle. Alors qu’il cherchait à l’approcher, la jeune femme prit la fuite et fut piquée par un serpent. Eurydice mourut aussitôt. Les autres nymphes, ses sœurs, se vengèrent d’Aristée en détruisant ses cultures et en faisant périr les abeilles qu’il élevait pour leur miel. Quant à Orphée, il ne voulut pas croire que sa femme était perdue et décida de la ramener, où qu’elle soit. Emu d’une telle douleur, Zeus permit au poète de descendre aux enfers. Armé de sa lyre et de sa voix enchanteresse, le jeune homme s’enfonça dans le royaume des morts. Il se trouva d’abord face à Cerbère, le gardien des enfers, qui lui barra la route. C’était un chien monstrueux dont les trois têtes étaient hérissées de serpents. Orphée prit sa lyre et joua. Le monstre en fut charmé et le laissa passer. C’est ainsi que le poète parvint jusqu’à Perséphone, la déesse de la mort.

-          Je suis touchée de voir un si grand amour, lui dit elle. Tu as bien mérité de ramener Eurydice avec toi. Mais il y a une condition à cela : pendant tout le trajet de ton retour vers la lumière, ne te retourne pas. Eurydice te suivra, mais ne la regarde pas avant d’être remonté à la surface.

-          Comment saurai-je qu’elle est bien derrière moi ? demanda le poète.

-          Tu pourras lui parler, dit Perséphone, mais ne te retourne en aucun cas.

Orphée remercia la déesse et commença à refaire tout le chemin inverse. De temps à autre, il demandait à Eurydice si elle était bien là, et Eurydice lui répondait :

-          Ne crains rien, je te suis.

Lorsque Orphée fut à nouveau passé devant Cerbère, il sentit qu’il était tout près du but. La lumière du jour apparaissait déjà dans le fond du tunnel, et le poète se retourna dans un mouvement de joie. Or il s’était retourné trop tôt, et Orphée put seulement voir Eurydice disparaître parmi les ombres.



Analyse du Mythe :

 Ici, les armes venant à bout de toutes les portes sont la musique et la poésie. Orphée est le fils d’une muse et le protégé d’Apollon : dieu de la beauté et du génie artistique, lequel est aussi une divinité solaire d’origine très ancienne, probablement et paradoxalement étrangère à la culture grecque (Asie mineure ?). Le poète échoue par manque de foi, n’ayant pas pu s’empêcher de jeter un regard en arrière. La légende d’Orphée et Eurydice est tardive, car il existe une première légende dans laquelle la descente aux enfers d’Orphée correspond davantage à une quête spirituelle. L’orphisme était une véritable religion, répandue dans la Grèce, en marge des cultes officiels, fondée sur les mystères et l’initiation. La fin tragique d’Eurydice met une limite au voyage d’Orphée, tout en ouvrant des voies « souterraines » au futur christianisme.

 

Notes : Apparu vers leVIe siècle av. J.-C. l’orphisme est apparenté aux  mystères d’Eleusis, aux doctrines égyptiennes (voire aussi hindouistes) de la transmigration de l’âme et aux philosophies allégoriques. Le pythagorisme en est proche. Selon le mythe, Orphée doit éviter la fontaine de l’oubli afin de s’abreuver au marais de Mnémosyne, lequel lui rendra la mémoire de son immortalité originelle.

 

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commentaires

L
<br /> cool ton site<br /> <br /> <br />
Répondre
E
<br /> MERCI MERCI<br /> <br /> <br />
E
<br /> il est tres bien ton site mais avec des petits poney ca serait mieux<br /> <br /> <br />
Répondre
E
<br /> Merci cher ami pour ce commentaire très spirituel :) Blague à part, tu aurais pu intégrer l'adresse de ton site de pronostics, sinon on ne comprend pas ta passion pour les chevaux (car désormais,<br /> tu ne joues plus dans la cour des poneys)... Mais merci pour ton passage, et ton humour toujours gracieux :D<br /> <br /> <br />