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29 juin 2006 4 29 /06 /juin /2006 08:47

Dieu n'est pas mort de mort naturelle ; quelqu'un l'a tué... Tel est le diagnostic de Nietzsche. Ce quelqu'un est un homme particulièrement pudique. Hideux, de surcroît. Mais pudique avant tout.

 

En abordant ce sujet là, Nietzsche déploiera des trésors de mise en scène. Etrangement, ce héros, ce triomphateur de Dieu, ce conquérant de lui même, nous est donné à voir comme une vague créature, une chose honteuse, ayant à peine figure humaine, une chose assise au bord du chemin, dans un lieu vide et désolé...


Lentement, progressivement, Nietzsche décrira le paysage où surviendra la créature :

 " Lorsque le chemin de nouveau contourna un rocher, voici que changea d'un coup le paysage, et dans un royaume de mort Zarathoustra fit son entrée. Là se dressaient des roches noires et rouges ; ni herbe, ni arbre, ni chant d'oiseau. C'était là un val que fuyaient toutes bêtes, même de proie, sauf qu'une sorte de serpents hideux, épaix et verts, venaient là pour mourir..."

Voilà donc le décor posé. Et voilà que la "chose" interpellera le philosophe en lui lançant une devinette : " Zarathoustra ! Zarathoustra ! Devine mon enigme ! Parle ! Parle ! Qu'est-ce que la vengeance sur le témoin ? (...) Sagace tu te crois ô fier Zarathoustra ! Devine donc l'enigme ô dur casseur de noix. L'enigme que je suis. Parle donc. Qui suis-je, Moi ?"

Non sans avoir rougi, non sans avoir tremblé et repris ses esprits, le philosophe lui répondra : "Je te reconnais bien; tu es le meurtrier de Dieu. (...) Tu n'as souffert celui qui te voyait, toi, -- qui te voyait toujours et tout entier, ô toi le plus hideux des hommes ! Sur ce témoin tu t'es vengé !"

Quant à moi je ne puis retenir ma surprise devant une telle révélation. Ainsi la pudeur de l'homme serait la cause de la mort de Dieu ? En fait, si nous le regardons à la lumière contemporaine, je me demande de quoi il pourrait avoir honte,  ce pâle négateur, en ce siecle de grand étalage... Aujourd'hui, plutôt qu'un Dieu, nous avons des idoles. Nous avons "le plus froid de tous les monstres froids" et quelques autres agréments... Nous avons de belles images de nous mêmes, des jeux et des écrans où projeter nos "identités", de sorte qu'aucun de nous n'a honte de se laisser voir. Au contraire, l'exhibition est de rigueur ; tout le monde se montre ou voudrait se montrer. Tout le monde a quelque chose à jeter sur la place publique (ou à mettre en ligne). Avec plaisir, parfois, nous répandons nos entrailles sous le nez des passants. Alors comment expliquer la pudeur du plus hideux des hommes ? Quoi ?  Parce qu'il est hideux ? Mais il y en a partout, des hideux qui s'exhibent sans pudeur, sans la moindre conscience de leur propre hideur... Hum, ce serait donc à nouveau un problème de conscience. Homme lucide, je suppose. Capable de se voir en face. Capable de sentir même un oeil surhumain. Face à Zarathoustra, voilà l'explication qu'il donne  :

"Lui ne pouvait que mourir : il voyait avec des yeux qui voyaient tout. Il voyait de l'homme les fonds et fondements, toute son ignominie et sa hideur cachées. Sa compassion ne connaissait aucune pudeur ; il se glissa dans mes plus sales recoins. De tous le plus curieux, le trop indiscret, le trop compatissant, celui là ne pouvait que mourir. Il me voyait toujours : sur ce témoin j'ai voulu me venger, ou bien moi même ne pas vivre. Le Dieu qui voyait tout, même l'homme, ce Dieu ne pouvait que mourir ! Point ne tolère l'homme que vive pareil témoin."

Mais est-ce vraiment d'un Dieu, ce regard insidieux qui s'insinue partout ? On croirait qu'il parle de la presse, avec tout son arsenal émotif et sensationnel (faudra-t'il donc l'assassiner, elle aussi ?)... Je m'égare, peut-être. D'ailleurs pareille impudeur est fort bien tolérée de nos jours. Et puis, qui peut descendre en lui même, à ce niveau de profondeur ? A ce niveau intolérable où nul autre n'est autorisé à descendre avec soi ?

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