Je ne parle que par images... Il faut chercher le fil d'Ariane. Humm oui, le retrouver, ce n'est pas gagné. Mais enfin, bonne route ! S'il en est
...
AVERTISSEMENT
Les règles de ce jeu ne sont jamais déterminées... Mais le labyrinthe n'est intéressant que dans la mesure où il a une issue.
En fait, je ne connais rien de pire, ni rien de plus atroce qu'un labyrinthe, surtout lorsqu'on s'est arrêté devant un mur et qu'on décide de s'installer bien confortablement dans cette charmante
prison.
Je connais des gens qui la décorent, qui y diffusent de la musique et qui invitent leurs amis à visiter tous les recoins de leur mignonne impasse.
Ne nous y trompons pas, car le but du labyrinthe est avant tout d'en sortir ...
IMAGES ALEATOIRES. LES THEMATIQUES DU LABYRINTHE...

Visages mythiques et têtes de morts... Passage initiatique... Femmes fatales et vilains messieurs... Textes sacrés et chants profanes...

Lègendes vivantes et moribondes... Icones passées, présentes, à venir... Mirages... Eden céleste et stars terrestres... Mythes et codes...

Cycles de vie et de mort... Schizophrènes et déesses reptiliennes... Soleils noirs... Envers des décors... Déluges... Irruptions... Feux, fièvres et sang... Jardins de Chine... Faunes humaines...
Mondes engloutis... Energies fossiles et âmes fossilisées... Oeuvres divines et mortelles...

Second volet de mon triptyque : La sorcière écarlate.
Je rappelle brièvement qu'à l'origine ce dossier comporte trois contes (Les oubliés, la sorcière écarlate et Oltarion)... Ce deuxième volet correspond au cercle des représentations
symboliques. Matrice mythique et symboles collectifs, en référence à une autorité légitime et reconnue. Symboles bien souvent détournés de leur sens, dès lors qu'on les dissocie des
deux autres cercles qui parfont le triptyque imaginaire/ réel/ symbolique.
Normalement, j'aurais dû placer Oltarion en second dans mon dossier, car c'est l'histoire d'un parcours, et que c'est la
réalité du chemin qui fait la jonction entre les deux autres cercles. Mais bon, c'est dans cet ordre là que je les ai composés, alors les choses rentreront dans l'ordre en leur
temps...
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LA SORCIERE ECARLATE
I
Il était une fois un savant nommé Nicodème. Cet homme collectionnait les livres rares et savait tout de
l’histoire des rois. Il avait accumulé tant de connaissances qu’il en conçut bientôt un dévorant orgueil…
En ce temps là, la terre se divisait en trente trois royaumes, et Nicodème se prit à croire qu’il était destiné à
gouverner l’un d’eux. Il se rendit alors sur les terres d’Elamnys, avec tous les hommes de valeur qui prétendaient au trône et à la main de la princesse.
Elamnys n’avait que dix sept ans mais elle venait de recevoir la perle des monarques. Cette perle était le symbole d’un pouvoir éclatant, lequel se transmettait depuis des millénaires grâce
à la Mère des rois. Nul n’avait jamais vu cette Mère, mais elle était considérée comme une déesse et comme la gardienne des trente trois royaumes. La princesse Elamnys en était la plus jeune
héritière. Chaque jour, depuis qu’elle avait reçu la perle, les hommes les plus valeureux défilaient à ses pieds afin qu’elle choisisse un époux. Or, la princesse ne se pressait guère de faire un
choix.
Le savant Nicodème vint à s’agenouiller devant la future reine. Il n’avait pas de richesses à étaler à ses pieds comme les princes fortunés. Il n’avait pas remporté de tournoi comme les plus courageux ou les plus forts. Il n’avait rien accompli d’extraordinaire, et sa lignée n’était pas royale. Ce n’était pas non plus un bel homme. En vérité, Nicodème était même assez laid : un petit être chauve, chétif et disgracieux...
- Qui êtes vous ? demanda la princesse lorsqu’elle le vit paraître.
- Je suis le savant Nicodème, expert dans l’histoire des rois. Je connais la science de gouverner et j’ai longuement acquis l’art de discourir.
- Mais qu’avez-vous accompli ? demanda la princesse. Et au nom de quoi prétendez vous à ce trône ?
- En mon propre nom, dit Nicodème. Et je n’ai pas le temps d’accomplir autre chose que mes savantes études.
La princesse Elamnys eut un sourire furtif.
- Hé bien, répondit elle, il y aura sûrement un poste pour vous à la bibliothèque royale, mais quant à gouverner mon royaume, il faudra autre chose qu’un art de discourir.
Sur ce, elle fit un geste de la main, et Nicodème fut prié de sortir. Le savant se vexa particulièrement de l’attitude de la princesse et jura en lui-même qu’il parviendrait à la soumettre
par n’importe quel moyen.
- Vous regretterez cet affront, lança t’il en partant, car mon savoir est véritable !
Après avoir longuement cherché dans ses livres, il apprit l’existence d’une sorcière redoutable, haïe de tous les
rois.
- C’est parfait, pensa le savant. Voilà donc une ennemie qui servira ma cause…
C’est ainsi que Nicodème se rendit dans la caverne de la sorcière écarlate.
II
Profonde et noire était la caverne, criblée de tunnels souterrains et traversée de courants froids.
Nicodème en trouva l’entrée grâce à ses livres anciens, puis s’engouffra dedans. Il marcha assez longtemps dans les ténèbres absolues avant qu’une lueur rouge ne devienne perceptible. A cet
instant, une voix l’interpella doucement du fond de la grotte. Une voix rauque de vieille femme…
- Prends garde, petit homme, dit elle, car il y a ici un trou béant. Un trou caché dans l’ombre. Un trou sans fond qui t’aspirerait éternellement dans le vide si jamais tu tombais. Marche
droit devant toi.
Nicodème se dirigea grâce à la voix de la vieille femme et arriva bientôt devant la sorcière écarlate.
Elle était admirablement grande, quoique son corps fût tordu. Son visage était hideux, flétri et grimaçant, encadré d’une tignasse rouge dont les mèches se hérissaient comme autant de serpents.
Cette fantastique apparition baignait entièrement dans une lumière écarlate. Un frisson de terreur parcourut les entrailles de Nicodème lorsqu’elle se pencha vers lui.
- Dis moi, petit homme, murmura la sorcière, quelle est la cause de la haine que je ressens dans ta carcasse ?
Nicodème ne répondit pas, toujours rempli de craintes.
- A qui veux tu donc nuire ? demanda la sorcière. Car tu es bien venu pour ça !
Reprenant confiance en lui, le savant se souvint du mépris d’Elamnys à son égard. Son cœur se gonfla d’amertume, mais il parvint à répondre d’un ton assuré.
- Je veux obtenir les faveurs de la princesse Elamnys, dit il. Il me faut sa main, son royaume et son obéissance.
- Mais qu’est ce qui te fait croire que je pourrais t’y aider ? demanda la sorcière.
- Je le crois, dit Nicodème, parce que ton nom est inscrit dans le livre de la Mère des rois. Sorcière écarlate ! je sais que tu es l’ennemie la plus redoutable que puisse avoir une
princesse. J’ai lu beaucoup de choses sur toi, et tu es bien la seule à pouvoir m’aider dans cette tâche.
La sorcière eut un rire grinçant qui raisonna effroyablement dans toute la caverne.
- Fort bien, dit elle. Je t’aiderai, Nicodème. Mais ne crois pas pour autant que ce sera facile. Il te faudra ruser et tromper beaucoup de gens pour déposséder Elamnys et la soumettre à toi.
Néanmoins, voici comment nous procéderons : je te donnerai une poudre magique que tu répandras dans sa nourriture. L’ayant absorbée, Elamnys tombera dans un sommeil de mort pendant huit jours.
Alors que tout le monde la croira perdue, tu t’arrangeras pour éloigner les sages et les prêtresses du royaume. C’est alors que tu prétendras connaître le remède à son mal. Tu accuseras les gens
de son entourage d’avoir voulu l’enterrer vive, et tu l’emmèneras dans un lieu retiré où tu lui rendras certains soins. Avant qu’elle ne s’éveille, tu entailleras son corps avec une lame d’acier
afin que ses blessures l’empêchent de partir trop tôt. Là, tu lui feras voir sa solitude, la trahison de son entourage, et tu refermeras toi-même les plaies que tu lui auras faites, de sorte
qu’elle te considère comme son sauveur. Lorsqu’elle souhaitera te récompenser pour tes bienfaits, demande lui qu’elle te donne la perle des monarques. Ainsi, elle ne pourra pas te refuser sa
main. N’oublie rien de ce que je te dis, petit homme, et tu seras vengé.
Nicodème s’inclina profondément devant la sorcière écarlate. Elle lui donna la poudre magique, et le savant quitta prudemment la caverne.
III
Chaque chose se déroula comme l’avait dit la sorcière. La jolie Elamnys tomba dans un sommeil de mort, et personne n’y comprit rien. Nicodème avait pris soin de répandre des rumeurs démoniaques
afin que les sages et les prêtresses soient occupés dans leurs temples. Ainsi, il eut bien moins de mal à s’approcher du cercueil et à convaincre les servantes de l’ouvrir.
- J’ai le pouvoir, dit il, de sauver votre future reine. Elamnys n’est pas morte. Laissez moi l’emmener dans ma demeure et je vous montrerai bientôt ce que nul autre ici ne pourrait
accomplir.
Comme Nicodème était un orateur persuasif, il parvint à impressionner la foule. Ayant emporté la jeune fille, il n’eut plus qu’à attendre son réveil.
Lorsqu’Elamnys reprit conscience, il lui sembla que des brûlures lui parsemaient le corps. Sa chair était pleine d’entailles et de croûtes. Elle ressentait également une faiblesse inhabituelle car elle avait perdu beaucoup de sang (Nicodème ayant pris soin de la blesser de cette sorte afin qu’elle ait besoin de lui pour son rétablissement).
- Où suis-je ? demanda le princesse dès qu’elle ouvrit les yeux.
- Dans mon humble demeure, répondit Nicodème. Mais ne vous fatiguez pas à parler, Princesse, car vous sortez à peine d’une longue maladie.
- Où sont mes gens ? mes proches ? les sages de mon royaume ? Pourquoi ne me veillent ils pas à votre place ? demanda Elamnys.
- Ces gens vous ont cru morte, répondit le savant. Ils étaient sur le point de vous enterrer vive, mais j’avais connaissance d’un remède providentiel… Ils seront tous bien étonnés lorsque
vous serez rétablie.
La princesse s’attrista profondément de se retrouver seule avec cet inconnu, sans personne de son entourage qui ait
cru à sa guérison, ni personne pour prendre soin d’elle.
- C’est étrange, murmura la jeune fille, mais ne vous ai-je pas déjà vu quelque part ?
- Oui, vous m’avez vu, répondit Nicodème, et vous m’avez ri au nez quand je vous ai révélé mon art et mes connaissances. A présent, vous comprenez mieux quelle peut être ma valeur.
Une lueur cruelle brilla dans l’œil du savant, mais il s’empressa de s’adoucir.
- Ne parlons plus de tout ça, Princesse. Dormez, je vous en prie. Dormez, dormez, Altesse… Il faut reprendre des forces.
La princesse referma les yeux et se laissa doucement sombrer dans le sommeil.
Pendant tout le temps que dura sa convalescence, Nicodème se rendit régulièrement auprès de la sorcière écarlate. Il en reçut de nombreux conseils destinés à accoutumer la princesse à sa
présence, à sa protection et à son emprise.
IV
Une profonde mélancolie semblait couler en Elamnys. Des ombres noires voilaient ses yeux et son sourire avait pâli. Sa guérison ne fut pas totale car Nicodème voulait qu’elle reste vulnérable,
mais ses plaies cicatrisèrent.
Lorsque le savant la ramena enfin au palais, tout le monde se prosterna devant lui et cria au miracle. Seuls les sages et les prêtresses demeurèrent en retrait à cause des accusations que
Nicodème avait portées contre eux. L’influence et la gloire du savant furent donc immenses dans le royaume.
- Vous m’avez rendu la vie, dit Elamnys. Que puis-je faire pour vous remercier ?
- Votre vie n’a pas de prix, Princesse, répondit Nicodème. Pourtant, il y a quelque chose que j’aimerais avoir…
- Qu’est-ce ? demanda la jeune fille.
- Hé bien, répondit l’homme, il s’agit de la perle.
- La perle ? s’étonna t’elle. Toutes les perles que vous voudrez seront mises à votre disposition...
- Non pas n’importe quelle perle, précisa le savant, mais l’une des trente trois perles des royaumes de la Terre. Celle que vous avez reçue, Princesse : la perle des monarques.
Elamnys fut frappée de cette demande et fit un pas en arrière.
- Voilà bien l’unique chose que je ne puis vous donner, répondit elle. Songez que celui qui possède cette perle hérite du même coup de mon royaume et de ma main.
- Je le sais, dit Nicodème. Mais n’ai-je pas mérité que vous me les donniez ? Quel bien pourriez vous estimer davantage que votre vie ? Si vous me refusez cette perle, je n’accepterai rien
d’autre en échange.
Quoique cette demande inspirât un profond malaise à la princesse, elle dût convenir de son mérite. C’est donc à contre cœur qu’elle lui accorda la perle des monarques, et c’est ainsi que
Nicodème put s’asseoir sur le trône.
Lorsque les noces furent annoncées, beaucoup de sages et de prêtresses s’étonnèrent d’une telle union. Ils tentèrent
d’en dissuader la princesse mais elle était liée par sa parole et par la perle des monarques. Nicodème ayant eu vent de ces dissuasions, conspira secrètement à la perte des anciens, avec l’aide
de la sorcière écarlate.
- Il faut chasser les prêtresses de leurs temples, dit la sorcière. Ensuite, il te faudra empoisonner l’esprit des sages et les monter les uns contre les autres. C’est une tâche délicate,
mais je vais te révéler un grand mystère…
Nicodème s’approcha de la sorcière et l’écouta attentivement, dans le secret de la caverne.
- Je connais les tréfonds du cœur humain, reprit elle. Aussi, je connais le moyen d’y semer le trouble. Les prêtresses du royaume sont des femmes droites et fortes, pures et incorruptibles.
Elles tirent leur force de leur droiture et de la sacralité de leur tâche. Quant aux sages du royaume, ils sont humbles et attentifs, lucides et pénétrants. Ils tirent donc leur sagesse de leur
humilité. Si le cœur des sages se gonflait d’orgueil, et si les prêtresses n’avaient plus que des tâches viles, ils se corrompraient tous facilement. Il suffirait d’un rien pour semer le trouble
parmi eux, et tu les contrôlerais.
- Mais comment puis-je semer le trouble ? demanda Nicodème.
- Il faut humilier les prêtresses et glorifier les sages, répondit la sorcière. Tu es roi, à présent. Tu as le pouvoir de gouverner le palais et les temples. Que ta première décision soit
d’interdire les temples aux femmes et d’ordonner aux sages de les y remplacer. Après ça, tu feras venir des courtisanes à la cour, de sorte que la vénalité soit donnée en exemple. Les sages se
rendront fous et les prêtresses se rendront vaines. Une simple interversion des rôles et des valeurs changera la face du monde, crois moi.
Nicodème ne perdit pas une miette du discours de la sorcière écarlate. De retour au palais, il s’empressa de publier ses nouvelles ordonnances. Lorsqu’Elamnys apprit qu’il voulait chasser les prêtresses et leur interdire leur office, elle essaya vainement de l’en dissuader.
- Taisez vous donc, madame, dit Nicodème à la jeune reine. Je suis l’unique détenteur de la perle des monarques
et j’entends bien gouverner à ma manière !
- Mais mon Seigneur, insista Elamnys, songez que ces femmes sont les gardiennes de nos temples depuis toujours, et que nos temples sont les garants de l’harmonie de notre terre. Quelle faute
ont elle commise pour que vous les chassiez de la sorte ?
- Quelle faute ? répéta Nicodème. Il me semble que vous savez très bien quelle faute, ma reine : elles n’ont rien fait pour vous sauver lorsque vous étiez mourante ! Ne vous ai-je pas déjà
prouvé l’étendue de mes connaissances ? Ne vous mêlez pas de me contredire lorsque je prends une décision. Si je déclare que les tâches spirituelles doivent être interdites à ces femmes et
réservées aux sages du royaume, je sais de quoi je parle.
- A ce sujet, reprit la reine, je ne crois pas qu’il soit bon d’établir une hiérarchie parmi nos sages comme vous l’avez fait. Il me semble que cela génère de fâcheuses convoitises entre
eux…
- Je vous ai dit de vous taire, répliqua Nicodème. Ceci n’est pas votre affaire. Laissez moi gouverner !
Ayant réduit Elamnys au silence, le nouveau roi s’appliqua à régner selon ses vues.
V
Un an s’était écoulé depuis le couronnement de Nicodème, et de nombreux changements étaient survenus dans le royaume. Le désordre y régnait comme le vice et la corruption. La reine Elamnys en
était horrifiée, mais le roi assurait que tout allait très bien et que jamais royaume ne fut plus florissant à la surface du globe.
Les langueurs et la mélancolie de la jeune femme ne cessaient de s’accroître, tant elle se sentait seule, triste et inutile. Quant au roi Nicodème, il se rendait toujours régulièrement auprès de
la sorcière écarlate, au cœur de la grotte noire, sous la roche argentée…
- J’espère que tu es heureux, petit homme, car te voilà puissant, déclara la sorcière.
- Puissant, je le suis, répondit Nicodème. Mais heureux, je ne le suis pas.
- Vraiment ? demanda la sorcière. Quelle est la cause de ton malheur ?
- Le mépris de la reine n’a pas changé à mon égard, répondit le savant. Certes, elle m’a donné la perle, sa main et son royaume, mais elle m’accable toujours par sa froideur et par son
arrogance. Il n’y a jamais de sourire pour moi sur son visage. Son attitude n’est que politesse. Je suis sûr qu’elle me hait.
- Que t’importent ses sentiments ? demanda la sorcière.
- Ils m’importent, dit Nicodème. N’y aurait il pas un moyen d’obtenir son amour ?
- C’est une chose qu’on obtient rarement par la ruse, répondit la sorcière, mais je vais essayer de trouver un moyen.
Après quelques minutes de profonde réflexion, la sorcière eut une idée.
- Ecoute moi bien, reprit elle à l’adresse du savant. Je te conseille de trouver une faute à reprocher à la jeune reine. Accable la publiquement et chasse la du royaume.
- Je doute qu’elle m’aime après ça, répondit Nicodème.
- Laisse moi finir, dit la sorcière. Après l’avoir chassée, laisse la errer quelques semaines dans la forêt qui borde le royaume. Elle tentera probablement d’atteindre le pays voisin,
mais Elamnys n’a pas été élevée pour survivre dans les bois. Juste avant que ses forces ne la quittent entièrement, je n’aurai qu’à te prévenir et tu viendras la chercher dans un élan
chevaleresque. Tu lui demanderas pardon de l’avoir ainsi exposée. Si tu as vraiment de l’amour pour elle, elle en sera touchée et reviendra au palais dans un esprit tout différent.
- Voilà une chose que je peux faire, répondit Nicodème.
Il remercia la sorcière, sortit de la caverne et s’empressa de mettre ce nouveau plan à exécution. A peine fut il de retour au palais, qu’il chercha querelle à son épouse.
- Que me reprochez vous encore ? demanda Elamnys.
- Vous le savez ! s’écria t’il. Jamais reine ne fut plus indigne que vous. Prenez vos affaires, madame, et partez sur le champ.
- Comment osez vous me chasser de mon propre palais ? demanda la souveraine.
- Je vous chasse en effet ! hurla le petit roi. Et je vous chasse au nom de la perle des monarques ! Cherchez donc un refuge auprès de votre oncle, par delà la forêt. Mais quant à moi, je ne
vous supporte plus !
Elamnys rassembla quelques affaires sans un mot. Elle prit aussi un livre ancien avec elle et gagna la forêt avant la fin du jour.
La jeune reine n’avait pas idée du chemin qu’il lui faudrait parcourir avant d’atteindre le royaume voisin. Lorsque la
nuit tomba, elle se retrouva seule dans une nature hostile. Elle passa cette première nuit blottie dans un tronc d’arbre, pleine de frissons d’angoisse. Quand vint l’aurore, elle trouva un
ruisseau où se désaltérer, déjeuna de fraises sauvages et reprit promptement sa route, mais la forêt était immense…
A la fin de la seconde journée, la jeune fille fut bien aise de trouver une cabane. Ayant frappé à la porte, elle attendit en vain une réponse avant de pénétrer à l’intérieur. Le lieu n’était
guère propre et fort étroit. Elamnys mit du bois dans la cheminée et s’installa sur une peau de bête étalée juste devant. Comme elle avait très mal dormi la veille, elle ne tarda pas à sombrer
dans les rêves. La seconde nuit tomba.
Il se passa à peine une heure avant que la porte ne s’ouvre soudain dans un fracas. La jeune femme s’éveilla en sursaut et demeura figée face au nouvel arrivant. Il s’agissait d’un homme alerte
et impétueux. Celui-ci avait ouvert la porte d’un coup de pied et fut grandement surpris de voir cette demoiselle. Il portait une gibecière et traînait la carcasse d’un sanglier derrière lui. Son
aspect avait quelque chose de grossier, toutefois il s’agissait d’un garçon assez jeune et de belle figure, sans rien de très féroce, quoiqu’il fût des plus rustres.
- Pardonnez moi d’être entrée chez vous, dit la jeune reine, mais je cherchais un refuge pour la nuit.
- C’est un refuge bien misérable pour une noble dame, répondit le garçon, mais je suis honoré de vous y recevoir.
- D’où tenez vous que je suis noble ? demanda Elamnys.
- Je le vois bien, répondit l’homme en imitant ses manières. Puisque vous êtes là, vous surveillerez le feu. Voyons s’il y a quelque chose à souper pour notre invitée de marque.
Sur ce, il déposa sa gibecière et partit farfouiller dans une sorte de placard. Il prit grand soin de nettoyer chacun des ustensiles qu’il posait sur la table, et la jeune fille s’étonna fort
qu’il y ait tant de délicatesse dans un être si grossier.
- Etes vous chasseur ? demanda t’elle.
- Oui, répondit il.
- C’est étrange, reprit elle, car je ne vous ai jamais vu dans les pavillons de chasse, à l’ouest du palais… De quelle section êtes vous ?
- Voilà donc une experte, répliqua le jeune homme, mais je n’ai jamais dit que je chassais pour le royaume.
- Seriez vous donc un braconnier ? demanda la jeune femme.
L’homme fronça les sourcils.
- Vous posez beaucoup de questions pour une intruse, dit il un peu sèchement. Je vais vous faire une soupe, et vous irez dormir.
A l’aube du troisième jour, Elamnys s’éveilla dans la cabane du braconnier. Celui-ci avait laissé des fruits et du lait sur un plateau à côté d’elle, mais l’homme était absent. Elle pensa un instant à reprendre sa route vers le royaume voisin, mais l’idée d’un tel parcours dans les bois l’effrayait grandement. D’un autre côté, elle n’osait pas s’imposer à la charge du braconnier. Après quelques hésitations, elle repartit dans la forêt, mais elle ne fit que quelques pas avant de se retrouver face à son hôte. Ce dernier avait les bras chargé de branchages.
- Vous partez ? demanda le braconnier en déposant son fardeau à terre.
- Hé bien oui, dit le reine.
- Où comptez vous aller par vos faibles moyens ? demanda le jeune homme.
- J’espère trouver refuge au palais de mon oncle.
- Votre oncle ? s’étonna le braconnier. Ne seriez vous pas la reine Elamnys que le roi Nicodème ne cesse de malmener ?
- Je ne suis plus rien en ce royaume, répondit la jeune femme.
- Vous ne devriez pas partir ainsi, reprit le braconnier. De plus, il est à prévoir que votre époux aille bientôt vous chercher. Malgré sa vilénie, il ne saurait vous abandonner.
- Qu’en savez vous ? demanda t’elle.
- Ce n’est que trop prévisible, dit le chasseur. Quoi qu’il en soit, je laisse ma maisonnette à votre disposition… Depuis que Nicodème s’est emparé de la couronne, tout va mal dans ce pays.
Il aurait mieux valu que vous le chassiez du trône plutôt que l’inverse, mais enfin… Faîtes comme vous voulez.
La jeune femme pensa qu’elle pourrait rester sur place au lieu de reprendre la route vers le palais de son oncle (bien que la perspective d’être retrouvée par Nicodème ne l’enchantât guère). En
vérité, la compagnie du chasseur lui était fort agréable.
Pendant ce temps là, Nicodème se préparait à faire son apparition auprès de la jeune reine. Il se voulait touchant et
chevaleresque, et attendait impatiemment le signal de la sorcière écarlate. Au bout de plusieurs semaines, il s’étonna de son silence et se rendit lui-même dans la caverne obscure.
- N’est il pas temps de reprendre ma femme ? demanda le savant.
- Je doute qu’elle te suive, répondit la sorcière, car elle a fait une rencontre inattendue.
- De quelle rencontre s’agit il ? demanda le petit roi en gesticulant de rage.
- Il s’agit d’un chasseur de belle allure, répondit la sorcière. Certes, l’homme est rustre, sans manières et inculte, mais il a pour elle des délicatesses auxquelles elle est sensible. Tu
as fait d’Elamnys un être si fragile, si triste, si languissant, qu’elle a maintenant tendance à rechercher un protecteur.
- C’est ta faute, sorcière ! s’écria Nicodème. Maintenant, fais quelque chose afin qu’elle me revienne !
- Très bien, dit la sorcière. Apporte moi demain la perle des monarque, et j’agirai directement sur le cœur d’Elamnys.
Nicodème quitta la grotte dans une humeur épouvantable, mais non sans avoir promis de rapporter la perle.
VI
Le braconnier remarqua un jour le grand livre écarlate qu’avait apporté la jeune reine.
- Qu’est ce que cela ? demanda t’il, visiblement intrigué par la magnificence de l’ouvrage.
- C’est le livre de la Mère des rois, répondit Elamnys. Les noms des monarques y sont inscrits de toute éternité. Il s’y trouve également des énigmes qu’il nous faut déchiffrer pour
accomplir nos œuvres. Le livre se présente comme un grand labyrinthe ; nul n’a jamais fini de le lire… Voulez vous y jeter un œil ?
Le jeune homme recula d’un air intimidé.
- Oh non, dit il. Je n’ai rien à voir avec ce genre de choses.
- Voyons, dit la souveraine, tous les hommes du royaume peuvent lire l’ouvrage sacré de la Mère des rois. Chacun y voit ce qu’il peut voir… Nicodème en a fait de bien curieuses
interprétations, mais pour ma part, je vois ce livre comme l’héritage de ma famille. Je l’ai d’ailleurs emporté pour ne pas oublier qui je suis, à défaut d’avoir gardé la perle.
Le braconnier ne répondit pas, de plus en plus impressionné par la valeur de la jeune femme. On eut dit qu’il prenait pleinement conscience de sa qualité de reine.
- Je vois que ce livre vous intrigue, reprit Elamnys. Prenez le, lisez le. Je serais bien curieuse de connaître votre opinion quant à ses énigmes.
Tout en disant ces mots, Elamnys tendit le livre au braconnier, mais celui-ci le repoussa d’un geste vif et brutal. Son visage se contracta, et la jeune femme fut effrayée de ce changement
soudain.
- Je vous dis que je ne veux pas le voir ! s’écria le chasseur.
Elamnys demeura sans voix et quelque peu confuse. Au bout d’un long moment, le chasseur baissa les yeux et parla d’une voix morne.
- Je n’ai jamais appris à lire, dit il.
Un tel sentiment de honte empourpra son visage que la jeune Elamnys en fut touchée.
- Si ce n’est que cela, dit elle, ne pourrais-je vous apprendre ? Vraiment, je serais enchantée de vous rendre ce service en paiement de votre hospitalité.
- Mon hospitalité n’est pas à vendre, rétorqua durement l’homme. Vous n’avez donc pas à me payer pour ça. D’autre part, la lecture ne m’est d’aucun secours quand je vais braconner. Sur ce,
je vous dis à plus tard.
Le garçon tourna les talons et sortit prestement de la cabane sans qu’Elamnys ait bien compris la cause de son humeur. Le braconnier ne revint qu’à la tombée de la nuit. Il s’excusa d’avoir parlé
rudement, mais lorsque la souveraine lui proposa à nouveau de lui apprendre à lire, il eut exactement la même réaction.
Ce grand livre écarlate exerçait visiblement sur lui autant de fascination que de crainte, et Elamnys fut bien souvent déconcertée par l’attitude du braconnier. Parfois, lorsque la jeune fille
était occupée dehors, le garçon s’approchait de l’ouvrage, le caressait et le feuilletait, mais dès que la souveraine le regardait ou lui tendait elle-même le livre, il s’en écartait avec
terreur. Elamnys remarqua vite cette étrangeté mais elle ne put tirer aucune explication de son hôte.
- Si ce livre vous intrigue tant, pourquoi vous cachez vous pour le voir ? demanda t’elle. Si vous craignez de ne pas comprendre, pourquoi refusez vous mon enseignement ? Et si les écritures
vous répugnent, à quoi bon tourner autour ?
- Je n’ai rien à répondre, dit l’homme.
Et leur conversation en resta là.
A plusieurs lieues de la cabane, sous la roche argentée, dans les profondeurs de la caverne, Nicodème apporta la perle des monarques. Il la remit spontanément à la sorcière écarlate mais une question lui vint après coup à l’esprit.
- A quoi te servira cette perle ? demanda le petit roi.
Il y eut un long silence. Dès que la perle se nicha dans la paume de la sorcière, un changement radical se fit en elle. Elle se dressa toute droite devant Nicodème, et son visage parut plus
lisse, plus serein.
- Il me plaît de reprendre cette perle, répondit la sorcière, parce qu’elle m’appartient de toute éternité.
- Que veux tu dire ? demanda le roi. Et quand vas-tu m’obtenir les faveurs d’Elamnys ?
- Tu ne détiens plus la perle, dit la sorcière. A l’instant, je te dépouille de ton titre.
Nicodème se mit à gesticuler en poussant de hauts cris. Il lança des injures et autant de menaces, mais la sorcière ne lui adressa qu’un sourire méprisant.
- Celui qui s’élève par la ruse et la tromperie s’expose à périr par elles, dit la sorcière. A présent, va t’en d’ici, car je n’ai plus besoin de toi. Prends garde au trou béant, petit
homme.
- Pourquoi cette trahison ? hurla le savant. Vas-tu prétendre au trône ?
- Je ne prétends à rien, dit la sorcière. Tout m’appartient déjà depuis des millénaires. J’ai tracé des chemins et fixé des épreuves. Maintenant, ton rôle est terminé. Ton règne aura été
trop court pour que ton nom demeure dans le livre des rois. Il faut plonger beaucoup de ferraille dans le feu avant d’obtenir le métal dont sortent les monarques. Je m’en vais sonder l’âme d’un
nouveau prétendant.
A ces mots, disparut la sorcière écarlate, et Nicodème demeura seul dans la caverne glacée. Longtemps, il tourna en rond, aveuglé par les ténèbres, dans la crainte de tomber dans le gouffre sans
fond…
VII
Par une aube automnale, le braconnier quitta sa cabane avec ses armes et sa gibecière. Des feuilles rousses parsemaient le sol, et tous les arbres de la forêt glissaient lentement vers l’hiver.
Elamnys dormait encore…
Alors que le jeune homme allait relever les pièges qu’il avait posés dans les bois, il fut épouvanté de ce qu’il y trouva. De loin, il lui sembla qu’une vieille femme s’y était prise la jambe.
Accourant auprès d’elle pour le tirer d’affaire, il s’aperçut en approchant que celle-ci n’avait rien.
- Ne t’alarme pas, braconnier, dit elle en se redressant de toute sa haute taille.
Le jeune homme fut sidéré d’une telle apparition. Devant lui se tenait une femme aux cheveux rouges et hérissés dont le regard lançait de mystérieuses lueurs. Elle était entièrement vêtue de
pourpre et d’écarlate.
- Je vous ai déjà vue, murmura le jeune homme dans un frisson nerveux.
- Où m’as-tu vue ? demanda le sorcière.
- Dans le livre des rois, dit il. Oui, j’ai vu votre image…
- Est-ce tout ce que tu as vu ? demanda la sorcière. Bien d’autres choses y sont inscrites. Ne veux tu pas savoir ce qu’on dit dans ce livre à ton propre sujet ?
Le braconnier recula instinctivement, mais la sorcière se rapprocha de lui.
- Tu pourrais obtenir de grandes choses si tu m’obéissais, dit elle. Tu pourrais même devenir le seigneur du royaume.
- Le royaume a déjà un seigneur, répondit le jeune homme.
- Qui ça ? Le roi Nicodème ? demanda la sorcière. Mais Nicodème n’est qu’un pantin. Il a triché pour obtenir la perle des monarques. Elamnys ne lui doit rien, et surtout pas la vie.
- Qui êtes vous ? s’étonna le jeune homme au vu de telles affirmations.
- Je séjourne sous la roche argentée, au cœur de la caverne qui cache le gouffre noir, mais peu t’importe qui je suis, répondit la sorcière. Prends cette perle. Je te la donne, et j’ai les
yeux fixés sur toi.
- N’est ce pas la perle d’Elamnys ? demanda le braconnier.
- C’est la perle des monarques, répliqua la sorcière. Prends la ou rends la lui. Mais sache qu’un grand pouvoir se trouve à ta portée.
- Je ne suis pas de ceux qui s’emparent du bien d’autrui par ruse, dit l’homme.
- Vraiment ? demanda la sorcière. Tu n’es pourtant qu’un braconnier… Considère les chemins que j’ouvre devant toi et marche assurément. Pour lors, je compte tes pas.
Comme le jeune homme refusait de prendre la perle qu’elle lui tendait, la sorcière lui saisit la main et l’y plaça de force avant de disparaître.
Abasourdi par cet évènement, le braconnier rentra chez lui au milieu de la journée. Elamnys fut surprise de le voir
revenir à cette heure et trouva qu’il avait une bien étrange figure.
- Que vous est il arrivé ? demanda la jeune femme.
- Il est temps pour vous de partir, répondit il gravement.
Cette annonce tomba sur la reine comme une lame aiguisée. Elle pâlit brusquement et demanda à l’homme ce qu’elle allait devenir.
- Vous allez rentrer chez vous, répondit le chasseur, reprendre votre royaume et rétablir les lois.
- Je ne suis plus chez moi en ce royaume, objecta la jeune femme. Vous le savez très bien. Nicodème a fait de moi une poupée inutile. Pourquoi me chassez vous à votre tour ?
- Personne ne vous chasse, dit l’homme, car personne sur ces terres n’a le pouvoir de vous chasser. Votre esprit fut troublé par bien des maléfices… Je viens de voir une sorcière rouge dont
les yeux m’ont glacé. Pourtant, elle m’a appris que vous ne deviez rien à Nicodème. Cet homme fut un pantin, et nullement un monarque. Jamais votre royaume ne lui appartiendra.
- Une sorcière rouge ? répéta Elamnys.
- Elle m’a dit qu’elle vivait sous la roche argentée, au cœur de la caverne qui cache le gouffre noir, précisa le chasseur.
- Il n’y a point de sorcière rouge en ce lieu, répondit la jeune fille. Il ne saurait y en avoir, car cet endroit est le sanctuaire de la Mère des rois.
- Je n’ai que faire de vos énigmes, répondit l’homme. Elle m’a rendu ceci. Prenez le, et partez.
Sur ce, le braconnier tendit la perle à Elamnys.
- Je ne peux pas la reprendre, dit elle. Si vous l’avez reçue de la Mère des rois, cette perle vous appartient.
- Je l’ai reçue d’une sorcière ! s’écria le jeune homme. D’une sorcière écarlate qui cherche à me piéger !
Comme le fit la sorcière, il prit la main de la jeune femme et y plaça de force la perle des monarques. Elamnys dut se résoudre à préparer son sac et à reprendre la route vers son propre palais.
Elle semblait triste et lasse lorsqu’elle passa la porte.
- Vous oubliez le livre, dit le braconnier en le tendant à Elamnys.
La jeune fille le reprit mais nota au passage que le chasseur s’était troublé en le touchant.
- Vous êtes toujours aussi intrigué par cet ouvrage, dit la reine. Qu’avez-vous peur d’y voir ?
Comme l’homme ne répondait rien, Elamnys eut soudain un éclair d’intuition.
- N’est il pas étrange, reprit elle, que vous ne m’ayez jamais dit votre nom ?
- Ne cherchez pas à savoir, dit il. Moi, je ne veux rien connaître des inscriptions de votre livre. Contentez vous de disposer de ce qui vous appartient, et ne cédez plus cette perle en
paiement d’un service. Autrefois, la devise des hommes était :
« Révèle toi à toi-même et sache t’accomplir». Aujourd’hui, elle semble être :
« Conspire dans l’ombre et sache te vendre ». Tant que les hommes agiront ainsi, j’aime mieux rester dans la forêt et vivre dans l’ignorance.
- Je vous promets de rétablir ma loi, lui assura la reine, mais dîtes moi votre nom.
- A quoi bon le savoir ? répéta t’il. Je sais bien ce que vous allez chercher à déchiffrer… Mais quand vous serez dans votre palais, sur votre trône, et que d’autres seigneurs
s’agenouilleront à vos pieds, vous ne vous souviendrez plus de moi.
- Cela, vous n’en savez rien, dit Elamnys.
- Vous non plus, dit le braconnier.
Ainsi s’en retourna la reine dans son royaume, et demeura l’énigme jusqu’au jour où toutes choses furent accomplies.
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