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Je ne parle que par images... Il faut chercher le fil d'Ariane. Humm oui, le retrouver, ce n'est pas gagné. Mais enfin, bonne route ! S'il en est ...

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Les règles de ce jeu ne sont jamais déterminées... Mais le labyrinthe n'est intéressant que dans la mesure où il a une issue.

En fait, je ne connais rien de pire, ni rien de plus atroce qu'un labyrinthe, surtout lorsqu'on s'est arrêté devant un mur et qu'on décide de s'installer bien confortablement dans cette charmante prison.

Je connais des gens qui la décorent, qui y diffusent de la musique et qui invitent leurs amis à visiter tous les recoins de leur mignonne impasse.

Ne nous y trompons pas, car le but du labyrinthe est avant tout d'en sortir ...

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Samedi 25 avril 2009

Voici maintenant le premier conte d'un tryptique qui comporte :

- Les oubliés

- La sorcière écarlate

- Oltarion 

A l'origine, chaque conte devait correspondre à chacun des trois cercles de l'inconscient selon Lacan (à savoir, l'imaginaire, le réel et le symbolique). 
Le conte "Les oubliés" correspond donc au premier cercle, celui de l'imaginaire et des représentations psychiques qui se jouent sur un plan intime, par opposition aux codes symboliques qui se jouent sur le plan collectif... Notons au passage que ces trois cercles sont nécessairement imbriqués, combinés les uns aux autres, interdépendants. C'est toujours la scission qui génère le problème, et pourtant on les croise souvent isolés les uns des autres, coincés dans les limites d'une bulle artificielle.
Je n'ai pas eu la place de mettre en ligne les trois contes à la suite. Je verrai ça plus tard... peut-être...

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                                                            LES OUBLIES

 

 

                                                                      I

 

 

  Au dix huitième jour du neuvième mois de l’année des serpents, naquit un petit garçon qui fut nommé Julius. En ce temps là, les fées avaient coutume de se réunir autour des berceaux des nouveaux nés et de leur faire des dons en rapport avec leur destinée. Elles visitaient aussi bien le palais des rois que la chaumière des pauvres gens, et chaque enfant recevait un don particulier.

Le petit Julius était fils de berger et, quoique sa condition fût des plus humbles, un grand nombre de fées se pressèrent autour de lui, le jour de sa naissance. Les parents de l’enfant furent fort impressionnés lorsque la doyenne des fées leva sa baguette magique en déclamant une prophétie.

-     Cet enfant sera appelé le grand Julius, dit la fée. Et grand il sera par la taille et l’intelligence. Rien n’échappera à son regard. Aucun mystère ne résistera à son habileté, si bien que les rois de ce monde en feront leur guide et leur conseiller.

Après que la doyenne ait parlé, les jeunes fées s’approchèrent du berceau et lui firent toutes sortes de dons.

-          Il aura du charme et de l’aisance, dit l’une.

-          Il saura gagner l’amitié et la confiance des princes, dit l’autre.

-          Il se fera aimer de tous les peuples, dit une troisième.

Quand les fées eurent parlé, elles se retirèrent de la demeure et s’évanouirent dans l’atmosphère.

Les parents de Julius restèrent abasourdis par tant d’honneurs mais après quelque temps, la vie reprit son cours.

Ainsi grandit le jeune garçon, comblé de talents et de grâces. Rien n’échappait à son œil sagace ou sa présence d’esprit, de sorte que son intelligence fut rapidement remarquée.

Le seigneur d’un royaume voisin, qui avait fort à souffrir des maléfices d’un sorcier, entendit parler de la sagesse de Julius et lui offrit de grandes richesses pour qu’il le débarrasse du mauvais génie. Julius se rendit donc sur les terres de Valdek et visita la forêt que hantait le sorcier. Il observa celui-ci pendant plusieurs jours sans se faire voir de lui. Il observa également l’attitude des villageois à son égard, et aussi celle du roi. C’est ainsi que Julius démêla les craintes et les rancoeurs qui furent à la source du conflit. Il joua en quelque sorte un rôle diplomatique, et tout rentra dans l’ordre.

Le roi Valdek garda Julius auprès de lui en tant que conseiller. Plus tard, il le nomma Grand Sage, et son influence ne cessa pas de croître sur les esprits.

 

                                                                        II

 

Quand le grand Julius atteignit sa pleine maturité, la guerre faisait rage au pays de Lobka, par delà les marais. A cette époque, les ogres avaient étendu leur domination sur la moitié des cités du royaume. Chaque jour, les chevaliers allaient combattre pour la libération des terres de Lobka, mais rien ne venait à bout de la violence des ogres.

La fille du roi déchu entreprit de se rendre sur les terres de Valdek et de lui demander son aide, car depuis que le souverain gouvernait selon les avis de Julius, le royaume prospérait et rayonnait de paix.

Lorsque la princesse pénétra dans la salle du trône, elle marcha tout droit vers le roi et s’agenouilla devant lui.

-          Seigneur Valdek, dit-elle, je suis la fille du roi Lobka que les ogres ont mis à mort. Mes frères combattent pour libérer notre royaume, mais la situation est désespérée. Je suis venue jusqu’à toi parce qu’aucun maléfice ne semble pouvoir t’atteindre. On dit que ta sagesse est sans égale. Révèle moi le moyen de vaincre les ogres qui infestent mon royaume, et ma reconnaissance sera infinie.

Le roi fut ébloui par l’intensité du regard de la jeune fille. La prenant par la main, il lui fit signe de se relever.

-          Princesse, dit le roi, ta douleur m’a ému, mais sache que ce n’est pas par ma sagesse que prospère mon royaume. N’as-tu jamais entendu parler du grand Julius ? Cet homme est mon fidèle conseiller, et son habilité est sans pareille. J’ordonnerai qu’il t’accompagne au pays de Lobka. Lorsqu’il aura étudié la situation, je suis sûr qu’il vous fournira le moyen de vaincre les ogres, à toi et tes frères.

 

Ainsi parla le roi Valdek,  et ainsi partit Julius vers le pays de Lobka. Le sage demanda à la princesse de bien vouloir lui expliquer les coutumes et les croyances de son royaume. La princesse le fit de bonne grâce et lui révéla tout sur l’émergence des ogres. Lorsque Julius entra dans le royaume de Lobka, il avait déjà bien compris la nature du problème.

-          Comment allons nous procéder ? demandèrent les fils de Lobka.

-          Je souhaite avoir une confrontation avec le chef des ogres, répondit Julius.

 

Chacun laissa échapper un cri de crainte et de surprise, mais Julius eut un sourire avisé.

-          Je ne crains pas vos ogres, reprit le grand sage. Ils se servent de votre crédulité et de votre propre force contre vous. Mais vous êtes trop intimement concernés par cette guerre pour pouvoir y voir clair. Aussi irai-je seul.

-          Sans escorte ? s’étonna le fils aîné de Lobka.

-          Sans escorte, confirma Julius.

 

Il s’en alla donc seul vers la cité où siégeaient les six mille ogres. La fille et les fils de Lobka furent épouvantés de voir le sage pénétrer dans la forteresse sans armure ni épée. Un grand silence se fit. Une nuit profonde tomba sur le royaume. Cette nuit dura trois jours, et lorsque le soleil reparut, Julius sortit de la forteresse.

-          Vous êtes libres, dit le grand sage.

-          Mais que s’est-il passé ? demanda la princesse. Et où donc sont les ogres ?

 

Julius eût à nouveau un sourire avisé.

-          L’esprit de l’homme a de grands pouvoirs, répondit il. Il produit lui-même ses dieux et ses démons, mais prenez garde que vos croyances ne viennent à vous dominer… Vos ogres ne sont rien. Je les ai renvoyés au néant dont ils étaient sortis, car c’est à la sagesse qu’appartiennent les puissances de l’esprit.

Ni les princes, ni la princesse ne comprirent les paroles du sage, mais tout le monde put constater que les ogres avaient disparu du royaume. Dès lors, Julius fut tenu pour un grand magicien. Une foule de gens se pressa autour de lui, et les peuples des royaumes à l’entour accoururent pour le voir.

-          Délivre nous du dragon de la grotte rouge ! criaient les uns.

-          Délivre nous de la sorcière du lac ! criaient les autres.

-          Protège nous des maléfices et deviens notre roi ! hurla la foule entière.

Julius accepta la couronne que les peuples lui offraient, et c’est ainsi qu’émergea un nouvel empire sur les anciens royaumes.

-          Ce monde est plein de chimères, pensa le sage couronné. Je vais enseigner à mes peuples la mesure et le bon sens. Je viderai leur esprit et je remplirai leur ventre, afin qu’ils soient repus.

Petit à petit, tous les peuples du monde se rassemblèrent autour du trône de Julius, et leurs terres s’uniformisèrent. Il n’y eut bientôt plus de dragons, plus d’ogres, ni de sorciers. Les sirènes et les elfes disparurent également. Enfin, les fées ne furent plus appelées auprès des berceaux…

L’empereur Julius en était fort satisfait et se promenait fièrement sur ses terres. Chaque jour, il allait visiter ses ministres, ses courtisans, ses domestiques, ses chenils, ses écuries, ses poulaillers, et tout ce qui lui appartenait.

Un jour qu’il avait rassemblé ses ministres dans la salle du trône, Julius leur demanda un compte rendu du comportement des peuples.

-          Les hommes de ton empire sont lucides et droits, Seigneur Julius, répondirent les ministres. Ils choisissent des tâches à leur mesure et leur esprit n’est point troublé par la superstition.

-          Fort bien, dit Julius, mais combien de royaumes reste t’il en dehors de l’empire ?

-          Seigneur, il n’y a pas de royaumes à l’extérieur de l’oekoumène. Ton empire est le seul lieu habitable. Nul homme ne pourrait survivre en dehors.

-          C’est juste, dit Julius. Mais je sais qu’il existe encore deux royaumes aux extrémités de la terre : le royaume des sommets, et celui des profondeurs. La reine Milséah règne sur les glaciers et les sommets inaccessibles. Quant au roi Morovos, il règne sur les brûlants magmas des profondeurs. Je veux m’assurer qu’ils n’aient jamais d’influence sur mon empire.

Les conseillers hochèrent la tête avec incrédulité car ils ne croyaient plus aux anciens royaumes et ne pouvaient pas imaginer qu’il y ait une reine des sommets, ni un roi des profondeurs.

-          Tu te moques de nous, Seigneur, répondirent ils à leur empereur.

-          Peu importe, dit Julius, je m’en chargerai moi-même.

Sur ce, il se leva de toute sa haute taille, rejeta sa chevelure en arrière et quitta la salle du trône, sa longue cape traînant après lui.

 

                                                                       III

 

Au fur et à mesure du temps, les peuples de l’empire commencèrent à s’ennuyer. Les sorciers et les enchanteurs avaient quitté les forêts ; les sirènes avaient déserté les mers ; les mauvais génies ne hantaient plus les palais ; et les jeunes gens ne trouvaient plus de cause à servir, ni de quête, ni de rêve... Certes, l’empire vivait en paix, mais toutes les terres se ressemblaient. Les hommes n’avaient plus qu’un unique langage, et leur désir d’inconnu ne trouvait plus où s’assouvir. Le grand Julius eut donc l’idée de divertir la foule avec des comédiens, des clowns et des danseurs. Malgré tout, il demeurait toujours de petits groupes rebelles, aspirant secrètement à des terres inconnues ou des mondes interdits… Un vieillard racontait à qui voulait l’entendre la légende de Milséah, reine des glaces et des sommets.

-          Sa beauté est sans égale, disait il, et aucune volonté n’est plus forte que la sienne. Cette reine veille à l’équilibre du monde, et ceux qui peuvent l’atteindre deviennent des immortels.

A la même époque circulait une autre légende, celle du roi Morovos.

 

-          Ce roi vit au cœur d’un feu dévorant, racontait-on. Aucun guerrier ne peut s’y mesurer. Il est le maître des volcans et des grands cataclysmes. Nul ne saurait dompter sa violence lorsqu’il entre en fureur.

Beaucoup de jeunes gens étaient séduits par ces royaumes car rien ne se passait plus dans l’empire. Le grand Julius craignait fort que les anciennes croyances ne viennent à troubler l’esprit des peuples. C’est pourquoi il entreprit de neutraliser les deux derniers royaumes. Il réfléchit longuement au moyen de déchoir Morovos et Milséah, mais la tâche s’annonçait difficile.

-          Je ne connais aucune force qui puisse surpasser la leur, pensa Julius. Et comme ils demeurent légitimement dans leurs propres royaumes, je ne puis retourner leur force contre eux. Que faire ?

Après réflexion, il décida de les monter l’un contre l’autre, afin qu’ils s’anéantissent mutuellement. Julius leur envoya donc une fausse déclaration de guerre à tous les deux, et organisa leur confrontation. C’est ainsi que le roi Morovos se rendit lui-même chez la reine des glaces. Tous les peuples de la terre virent une traînée de feu monter de bas en haut, aussi longtemps que dura son ascension vers le palais de Milséah. Lorsque le roi des profondeurs arriva devant la reine des sommets, la terre entière trembla, car jamais rien de tel ne s’était produit.

A l’abri dans son empire, la grand Julius se frottait les mains à l’idée de leur combat. Après que les fracas aient retenti sur la terre, le calme et le silence s’étendirent sur l’empire. Ainsi l’oubli gagna-t’il définitivement les esprits.

 

 

 

                                                                         IV

 

 Ni les peuples de l’empire, ni le grand empereur, ne surent exactement ce qui s’était passé. Julius s’imaginait que les deux souverains s’étaient entretués et que leur destruction était la cause de l’oubli. Mais il n’en était rien… En vérité,  le roi Morovos et la reine Milséah s’étaient épris l’un de l’autre. Certes, une telle union exigeait qu’ils renoncent à leur immortalité, mais un fils leur naquit : le prince Mérovis.

Dès la naissance de cet enfant, les fées accoururent des quatre coins des mondes perdus et le comblèrent de dons.

-          Ton pouvoir sera plus grand que celui de tes deux parents réunis, déclara la doyenne des fées. Et tu rétabliras ce qui a été détruit.

-          Le renégat qui abusa de son pouvoir sur les peuples deviendra ton valet, ajouta la plus jeune des fées.

Lorsqu’elles eurent toutes parlé, elles s’évanouirent dans l’atmosphère.

 Mérovis ne passa qu’une année auprès de ses parents, après quoi il fut élevé parmi les hommes, au centre de l’empire.

Julius ignora pendant longtemps l’existence de ce prince, mais au bout de quinze années, il constata l’émergence de phénomènes inexpliqués et convoqua ses ministres dans la salle du trône.

-          La superstition est de retour dans l’empire, déclara Julius. Surveillez les comportements de ceux qui la diffusent, et punissez les sévèrement s’ils viennent à semer le trouble.

-          Seigneur, répondirent les ministres, il ne s’agit pas de superstition mais de simples divertissements. Tes peuples ont besoin de voyages imaginaires et c’est pourquoi ils s’adonnent à ce genre de spectacles. Faut-il leur interdire ?

Julius se tut un instant et réfléchit.

-          S’il ne s’agit que de divertissements, reprit le grand empereur, alors je n’ai rien à redire. Mais on m’a rapporté que les fées se réunissaient chaque année au centre de l’empire afin d’y préparer une mystérieuse action.

-          Les fées ? s’étonnèrent les ministres. Comment ta seigneurie peut-elle prendre cela au sérieux ?

-          Je ne le prends pas au sérieux, rectifia l’empereur. Je constate la rumeur. Veuillez vous rendre dans ce lieu et rapportez moi tout ce que vous y verrez.

Les ministres s’inclinèrent devant Julius et exécutèrent son ordre. Au centre de l’empire, ils trouvèrent une chaumière. Un jeune homme de seize ans y vivait seul, mais un grand nombre de gens le visitaient chaque jour. Les ministres de Julius remarquèrent que l’adolescent était paré de toutes les grâces et rapportèrent à l’empereur ce qu’ils virent en ces lieux.

-          Un très jeune homme, dirent ils, vivant dans une chaumière. Un enfant plein de charme, d’esprit et de finesse, comblé de grâces et de talents, d’une grande intelligence, digne et altier comme la glace, mais vif et ardent comme un brasier. Son nom est Mérovis. La fascination qu’il exerce ne peut que s’accroître.

-          Impossible ! hurla Julius. Il est pauvre, dîtes vous ? Il vit dans une chaumière ? D’où lui viendraient son esprit et ses habiletés ? Je suis le seul à pouvoir façonner les hommes ! Je décide de leur poids, de leur mesure et de leur prix ! Je les conditionne dès la naissance par la nourriture que je leur donne, et j’interdis que quiconque sorte des limites que je trace !

Les ministres et les conseillers de l’empereur furent fort étonnés de sa colère. Ils se regardèrent entre eux et commencèrent à penser qu’il se faisait vieux.

-          Seigneur, dirent il, tu devrais te reposer. N’aie aucune crainte pour les affaires de l’empire, nous y veillerons.

Julius remarqua le mépris de ses ministres et ne répondit pas. Il comprit qu’il allait bientôt perdre la confiance de ses sujets et décida de se rendre dans la demeure de Mérovis par ses propres moyens.

 

 

 

                                                                         V

 

Tout au long de sa vie, le grand Julius avait vaincu des ogres, des charmeuses, des sorciers et mille et une créatures fantastiques. Il avait conquis les terres des anciens rois et fondé son empire. Tous ses succès passés l’assuraient de venir à bout du petit Mérovis. L’empereur était persuadé que cet adolescent avait une mauvaise influence et qu’il s’en débarrasserait comme d’une pauvre chimère.

Lorsqu’il arriva aux abords de la chaumière, il aperçut le jeune homme coupant du bois devant la porte. Dès qu’il vit son visage, il y décela les traits de Morovos et Milséah.

-          Je sais qui tu es, Prince hybride ! s’écria le vieil empereur. Tes parents furent les derniers monstres d’un monde révolu, mais je ne te laisserai pas propager tes croyances barbares dans l’esprit de mes peuples !

Le jeune Mérovis regarda Julius avec des yeux ronds d’étonnement.

-          Pardonne moi l’ami, dit le garçon, mais je ne comprends rien à tes paroles. Pourquoi m’appelles-tu Prince hybride ? D’une part, je suis menuisier sculpteur, et d’autre part, je suis orphelin. Mes marraines m’ont élevé ; je n’ai point d’autres parents.

-          Tes marraines ? répéta Julius. Je ne connais que trop l’identité de tes marraines ! Sorcellerie que tout cela !

 

Or, le jeune Mérovis ignorait tout de son destin, de sa lignée ou de l’identité de ses marraines. Le garçon prit Julius pour un clown itinérant, de sorte qu’après avoir bien ri, il lui jeta quelques pièces et reprit son travail.

L’empereur s’irrita beaucoup de l’attitude du jeune homme. Il imagina de faire brûler sa chaumière mais alors qu’il reprenait le chemin du palais, les fées lui barrèrent la route, jaillissant de nulle part, auréolées de lumières pâles.

 

-          Où vas-tu, Julius ? demanda la doyenne. N’as-tu pas de mémoire ?

-          Les fées n’existent pas ! s’écria le grand sage. Absurdités ! Inepties !

-          Allons Julius, reprit la fée. Au dix huitième jour du neuvième mois de l’année des serpents, nous sommes venues t’offrir la clé de ton destin. Mais tu n’aurais pas dû te substituer aux rois que tu guidais, car tel n’est pas le rôle des sages. Cela nous a déçues, Julius. Tu as rompu l’ordre du monde et détruit le chemin qui mène à ses merveilles.

-          Je ne me suis pas emparé des palais des rois, protesta Julius. Je n’ai fais qu’accepter la couronne que m’offraient les peuples. Ils m’ont eux-mêmes supplié.

-          Il est inutile d’user de tant de finesse avec nous, répondit la fée. Tu avais suffisamment d’intelligence pour connaître tes limites. N’accuse donc pas les peuples de ta propre ambition. Il y a longtemps que ta sagesse s’est flétrie.

-          Taisez-vous, maudites femelles ! hurla Julius. J’ai délivré ce monde des monstres et des démons. J’ai établi la Raison à la base de mon empire. Disparaissez de ma vue, chimères !    

-          Ce monde est sur le point de se retourner contre toi, poursuivirent les fées. Ta science ne saurait embrasser la source des destinées. Prosterne toi devant celui dont le pouvoir te dépasse et implore son pardon.

Sur ce, les fées disparurent, et le grand Julius courut dans son château.

 

 

 

                                                                           VI

     

Les portes du palais claquèrent avec fracas, et l’empereur ordonna que ses vingt quatre ministres se rassemblent dans la salle du trône.

-          L’empire est en danger, déclara la grand Julius. Les chimères et les vieilles croyances vont renaître de leurs cendres. Néanmoins, il nous reste un espoir car je n’ai pas oublié les failles des créatures que j’ai naguère vaincues. C’est pourquoi je vous commande  d’étudier les cartes des mondes passés. Je vous enseignerai les coutumes des royaumes de Lobka et de Valdek, le chemin des glaciers et celui des profondeurs. Je connais le point faible des ogres, et aussi le moyen de faire taire les sirènes. Armons nous de sagesse contre ses créatures et nous préserverons l’empire.

Les ministres de Julius se regardèrent les uns les autres avec un vague malaise.

-          L’empereur devient fou, murmurèrent ils entre eux. Voilà qu’il s’amuse à débiter des contes de fée…

-          Pourquoi ne répondez-vous pas ? demanda Julius.

-          Seigneur, dit un ministre, les choses que tu nous décris n’ont aucune consistance. Que veux tu que nous te répondions ? Ne suffit il pas de les nier pour les renvoyer au néant ?

-          Certes, dit Julius, ces choses n’ont pas de consistance propre, mais leurs effets sont véritables. Pourquoi hésitez vous à exécuter mes ordres ?

-          Nous ne saurions les exécuter, répondit le ministre. Puisque tu viens d’admettre que les créatures dont tu parles n’ont pas d’existence propre, nous n’y ajouterons pas foi. Cet empire n’est pas en danger, Seigneur. Nous le gouvernons lucidement, et rien ne nous menace.

-          Imbécile ! s’écria l’empereur. Où étais-tu quand la guerre faisait rage ? As-tu jamais vaincu le moindre maléfice ? Que sais-tu du danger, toi que es né en temps de paix ? Vous tous qui êtes ici, de quel droit remettez vous mes ordres en question ?

-          Le temps a passé, dirent les ministres. Avec tout le respect que nous te devons, nous voyons que tu n’as plus l’âge de gouverner l’empire. Comme tu n’as point laissé d’héritier, nous choisirons parmi nous un nouvel empereur pour défendre les intérêts des peuples.

-          Ingrats ! hurla Julius. Vos cheveux tomberont de vos têtes, vos chairs tomberont en pourriture et vos ossements tomberont en poussière ! En vérité, ce sont vos vies qui sont sans consistance ! Les chimères font de nous leurs propres instruments et accroissent leur pouvoir, même après notre mort. Ignares ! Que votre aveuglement soit votre punition ! Je trouverai d’autres hommes pour me venir en aide.

Ainsi Julius sortit du palais.

 

Le vieil empereur tenta de rassembler un groupe de jeunes gens qu’il espérait former selon ses vues, mais il ne trouva partout que des êtres amorphes.

-          N’y a t’il personne qui veuille défendre une juste cause ? demanda Julius.

-          Finissons d’abord notre partie de cartes, répondirent les hommes. Ensuite, nous irons voir la belle Margot danser. S’il nous reste un peu de temps avant le souper, nous visiterons peut être les endroits dont tu parles…

Julius fut horrifié de l’esprit de ces gens.

-          N’êtes vous que du bétail ? s’écria le vieil empereur. Savez vous seulement ce que représente une quête ? Comment osez vous me parler de l’heure de votre soupe ou de vos jeux de cartes ! Si ce monde est celui des médiocres, c’en est trop pour moi…

 

Le grand Julius se retira alors dans un lieu désert, s’agenouilla et pleura. Lorsqu’il n’eut plus de larmes, il demeura immobile, étendu sur le sol, les yeux fixés au ciel. C’est à cet instant que les fées apparurent en tournoyant autour de lui.

 

-          Julius, dirent elles, tu es bien le seul responsable de l’abrutissement des peuples. N’as-tu pas décidé de vider leur esprit et de remplir leur ventre afin de mieux les contrôler ?

-          Je n’ai pas besoin qu’on me fasse la leçon, répondit Julius.

-          Souviens toi simplement d’où te vient ton pouvoir, dirent les fées. Crois-tu vraiment l’avoir tiré de toi-même ? Incline toi devant ce mystère éternel. Rends toi auprès de Mérovis et révèle lui son destin. Apporte lui les cartes des anciens mondes et les chroniques des royaumes perdus. Nul autre que lui ne saurait recevoir tes paroles.

-          Je ne vais tout de même pas l’aider à recréer les monstres que j’ai vaincus ! protesta le vieux sage.

-          Tu détiens à la fois le poison et le remède, dirent les fées. La sagesse harmonise les plus divers éléments sans les détruire. Ne te trompe pas là-dessus… Quoi qu’il en soit, tout homme est libre de refuser le destin qui lui est imparti et de se perdre sur d’autres voies.

Julius se releva et les fées disparurent.

 

Après quelque hésitation, le vieil empereur se rendit dans la chaumière de Mérovis et le trouva dehors, occupé à travailler le bois.

-          Bonjour l’ami ! lança le garçon en apercevant Julius. Avec quelles histoires vas-tu me faire rire, cette fois ci ?

-          Bonjour Seigneur, répondit Julius en s’agenouillant devant le prince.

Le jeune homme éclata de rire et le pria de se relever.

-          Non Prince, je resterai à genoux tout le temps de mon discours, dit Julius. Je me prosterne devant toi, Mérovis : fils de Morovos et de la reine de sommets. Permets moi de te transmettre les chroniques qui sont ton héritage. Lis les attentivement, afin que s’accomplisse l’ordre des destinées. J’implore ton pardon pour les richesses que j’ai détruites, mais rien ne meurt vraiment ici bas, et je ferai en sorte que les mondes disparus acquièrent de nouvelles formes.

Le jeune Mérovis resta sans voix. Le grand Julius se releva et plaça les chroniques qu’il avait préparées à l’intention de ses ministres, entre les mains du garçon.

-          Accepte mon présent, dit Julius. Tu as suffisamment d’esprit pour en déceler l’usage. Crois-moi, ceci n’est pas un conte de fée.  

Par Elisabeth - Publié dans : Dossiers privés
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