Le mythe a coutume de glisser sur la fine lame du rasoir, entre mensonge et vérité. En somme, c'est une vérité signifiée
par un artifice. Une habile machinerie dont chacun des rouages participe d'un symbole révélateur... C'est une vieille manie, toute personnelle au genre humain.
En premier lieu, il y a le mythe de l'Eternel retour, cher aux stoïciens et à Nietzsche. En somme : le mythe agraire
du retour à la vie, du cycle des saisons et du passage à travers la mort. Ce mythe englobe tous les autres en lui-même, mais il ne revêt jamais la même forme. En effet, qu'y a t'il de commun
entre la fête du printemps, la descente aux enfers, la nuit des morts, ou la traversée du désert ?
L'ultime tentation de l'homme, c'est d'en fabriquer un. Un mythe. Or, le mythe ne se fabrique pas. Il jaillit tout armé, tout beau et tout brillant, sans prévenir de son entrée en scène. Ses armes sont d'une autre nature que les nôtres. Pendant longtemps, on ne le perçoit pas... Bien sûr, il appartient toujours aux premiers qui le flairent et qui s'en emparent. C'est d'ailleurs là qu'il se pétrifie, car il ne brille jamais tant que lorsqu'il a cessé de vivre.
Aujourd'hui, il convient de fabriquer son propre mythe. En d'autres termes, il convient de mentir. Et même, disons franchement qu'il convient de pourrir (pourrir vivant, comme dirait l'autre). Faisons une minute de silence, puis ouvrons grands les yeux. Car, où est il passé ? Le mythe. Le significatif... Il est partout, oui. C'est donc qu'il n'est nulle part. Il emprunte des formes successives, certes. Il s'habille du flux des temps. Oui mais...
Le mythe n'arrive pas n'importe comment, et il ne revêt pas n'importe quelle forme. Parmi tant d'imageries diverses, tant de masques enchevêtrés, il commence toujours par venir nu. Nu et seul. Sans autres échos. Infiniment lointain de tout ce qui braille. Voilà sur quoi je médite en ce moment. Je tends l'oreille et les narines. Probablement... sans doute... après la longue parade des mythomanes en lunettes noires, quelque chose va jaillir, comme Vénus surgissant de l'écume.
Simple intuition.
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Je ne parle que par images... Il faut chercher le fil d'Ariane. Humm oui, le retrouver, ce n'est pas gagné. Mais enfin, bonne route ! S'il en est ...
Visages mythiques et têtes de morts... Mythologies... Femmes fatales et vilains
messieurs... Textes sacrés et chants profanes...Lègendes vivantes et moribondes... Icones passées, présentes, à venir...
Mirages... Envers des décors... Eden celeste et Stars terrestres... Schizophrènes et
déesses reptiliennes... Energies fossiles et âmes fossilisées...
Oeuvres divines et mortelles...
La beauté est une chose étrange... L'autre jour, je
suis tombée sur Mythologies de Roland Barthes. Et plus exactement sur le chapitre qui porte sur le visage de Garbo. En voici un extrait : "Garbo appartient encore à ce moment du
cinéma où la saisie du visage humain jetait les foules dans le plus grand trouble, où l'on se perdait littéralement dans une image humaine comme dans un philtre, où le visage constituait une
sorte d'état absolu de la chair..."
Une nymphe s'appelait Echo.
Echo aimait Narcisse... Narcisse aimait Narcisse... Echo était captive de l'écho d'autres voix ; Narcisse était captif de son propre reflet. Tel est le mythe. Il faut saluer les grecs antiques
pour leur génie de la personnification. Pour chaque recoin de l'âme humaine (tendance, complexe, passion, haine, jusqu'aux névroses mêmes...) ils surent trouver un personnage illustrant
"dans sa chair" l'état d'âme en question. Mais qu'en est il de nous aujourd'hui ?
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